[1369] Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Le temps est une matière malléable ; on ne peut pas en faire tout à fait ce qu’on veut, l’étirer à loisir, le faire boucler sur lui-même, en faire disparaître des morceaux qu’on recollerait ailleurs ; mais on peut le malaxer, le travail, en extraire tous les sucs ou, a contrario, n’en faire tristement rien.
Ayant l’opportunité, fort rare – et donc précieuse –, de disposer d’un mois complet de vacances ce mois de mars, alors que femme et enfants travaillent (comme la grande majorité de mes concitoyens), j’ai décidé de faire en sorte que chaque jour soit l’occasion de réalisations, de rencontres, de découvertes : ainsi, chaque journée passerait peut-être trop vite, mais dans le rétroviseur, ce mois de mars restera d’une densité extraordinaire.

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

— Profite ! me lance ma compagne, quand je lui parle de mon projet de voyage.

Je n’ai pas la possibilité de m’éloigner durablement (comme par exemple un voyage de trois semaines en Thaïlande) car des contingences familiales me contraignent à être à la maison juste au milieu du mois. Je décide donc de découper ce mois de mars en trois phases : en premier lieu, un road-trip me conduisant de Paris à l’Italie du Nord en passant par le Sud-Est de la France, ensuite un peu de temps à Paris (où les loisirs ne manquent pas) pour passer du temps en famille et accomplir aussi la liste de trucs-en-retard-et-autres-bricolages que M*** a bizarrement inclus dans le mot « Profite ! » (on n’a pas tout à fait la même définition de l’hédonisme elle et moi, mais ce n’est pas nouveau).

De ce mois de mars, je ferai ici le récit. Prêts à l’embarquement ?

Toillette_de_Circé_pour_reçvoir_[...]Lequeu_Jean

[1368] Se plier en quatre

Ces deux-là s’aiment, c’est une évidence ! Regardez-les, quand elle lui bande les yeux et qu’elle immobilise ses poignets sans même l’attacher, en les posant au sommet du lit, on les voit se consumer de désir. Sa bouche court le long de son corps tandis qu’il gémit (un murmure entre le rire et le soupir) de contentement. Elle le suce pour bien le faire bander et je me mêle à eux. Ma main caresse son ventre, ses cuisses et sa bite. Puis c’est le moment. Je prends un préservatif que je déroule sur le sexe de Jules, je m’agenouille au dessus de lui et je maintiens son sexe dressé tandis que je m’empale sur lui. Je prends appui sur mes mains et mes jambes pour faire coulisser son sexe en moi.

Je bande à peine à ce moment. Il me semble que Louize est en transe devant ce qui se passe. Elle se jette férocement sur mon sexe, le prend flacide en bouche et ses incantations humides ont vite fait de me rendre turgescent à mon tour. Ni une, ni deux, ma queue se trouve capuchonnée et sans perdre un instant, voici Louize qui vient se loger entre nous deux, ventre contre son homme, fesses contre mon ventre, jambes glissées là où elle peuvent, sexe qui s’imbrique sans faille sur le mien.

Chacun de nous deux ondule pour donner la cadence, tandis que notre prisonnier se délecte d’une scène aussi belle sous ses paupières closes que pour le regard de Camille qui nous regarde, désolée de ne plus avoir d’interstice où se glisser à son tour.

Dessin d'une femme chevauchant un homme, magie de leurs sexes imbriqués
Illustration non contractuelle : Alphachannelling – New kind of science

 

[1365] Au gui, les bons tuyaux

Que 2017 vous apporte renouveau et bonheur
Ulf Trotzig – Arbre / rouge, ocre

L’année 2016 a été pour moi une année en demi-teinte et je crois que mon burp en a pâti. Pas beaucoup d’inspiration, pas beaucoup d’énergie pour écrire, mon élan sans doute détourné par ce que j’ai pu vivre par ailleurs, en particulier côté professionnel (qui est un sujet que j’évite autant que je peux sur ces pages). (suite…)

[1364] Aventwitter – jour 25 (la clôture vous est offerte par @moilautrefemme)

Avent  - 25 décembre 2016
Certains puristes vous diront qu’un calendrier de l’Avent n’a que 24 cases. Bon. Amis lecteurs, il est temps que je vous révèle la lourde vérité : ce calendrier de l’Avent n’est pas un calendrier puriste. Joyeux Noël à tous !

[1359] La plaisanterie

J’avais pu dire, dans quelques commentaires sur le site NXPL, tout le bien que je pensais du projet « Hysterical literature » de Clayton Cubitt, même si je n’en ai vu que quelques exemplaires et que je n’ai pas cherché à les voir tous.

Le principe en est simple : assise à une table recouverte d’une nappe noire dans un décor dépouillé, une femme lit un passage d’un livre de son choix. Elle est filmée de face, en plan fixe, cadré suffisamment large pour que l’on voie entièrement la table et la femme.
Après quelques minutes de lecture, la protagoniste (initialement, une actrice de porno, je ne sais pas si le casting s’est élargi par la suite) semble d’un coup troublée et, progressivement, on découvre qu’elle tente tant bien que mal de résister au plaisir qui l’assaille pour rester concentrée sur sa lecture, mais c’est peine perdue, la Magic Wand, c’est plus fort que toi ! (puisque c’est effectivement le dispositif : entre ses cuisses, la baguette vibrante qu’on ne voit pas – on ne sait d’ailleurs pas comment elle est activée – provoque inexorablement l’orgasme).

Comme spectateur, je ne suis frustré ni par la sobriété de la mise en scène, ni par le fait qu’aucune chair n’est exhibée. Tout au contraire, je suis infiniment troublé par les vacillements de l’intonation, la chorée qui anime la belle lectrice, le plaisir qui, littéralement, la secoue. Au contraire de la pornographie, c’est un spectacle érotique où l’explicite fait place à l’implicite, rien n’y est simulé et mon voyeurisme est comblé par les simples contorsions de la pépée sur sa chaise, son sourire, ses grimaces, ses râles ou ses cris de plaisir.

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Nous sommes une centaine de personnes, de chair et d’os, massées autour de la petite estrade qui sert de scène. Dispositif scénique d’une grande sobriété, une planche et deux tréteaux faisant office de table, une grande nappe volée à quelque magicien, elle s’assoit et commence la lecture. Elle a choisi un passage du King Kong Theory de Virginie Despentes. Je ne l’ai pas lu, mais je devine quand même de quoi il s’agit sans avoir vu la couverture. C’est un passage assez virulent. Les mecs en prennent pour leur grade. L’audience est attentive. Moi-même, qui avais cru reconnaître une reconstitution live de cette Hysterical literature, je me laisse happer par l’écoute du texte qui concentre toute mon attention.
Le premier tremblement est à peine perceptible, mais ceux qui sont bien en face, pas trop loin, l’ont remarqué. Le second ne tarde pas à suivre. Notre belle lectrice commence à bafouiller, sa lecture se fait moins fluide et au fur et à mesure que le plaisir l’envahit, elle, le public, lui, s’esclaffe.
Ainsi donc, le même spectacle (ou quasi), trouble, sensuel devant une caméra, était réduit à sa dimension burlesque devant un public présent. De mon côté, j’étais très frustré par l’expérience. Non seulement je ne partageais pas l’envie de rire, mais ce rire généralisé m’empêchait, moi, de glisser du côté de l’émotion. Je voulais entendre dans sa voix les modulations incontrôlées du plaisir, je voulais lire sur son visage son trouble à se donner ainsi en spectacle devant toutes ces personnes – mais elle aussi en riait, car c’était finalement la seule réaction possible, acceptable, dans cette dynamique de groupe.
Nous étions pourtant une centaine de personnes, réunies par notre goût pour une sexualité solaire, créative, ardente, mais devant l’inattendu, nous avons pris le parti d’en rire.

Un vibromasseur caché dans une banane

Cela m’a fait penser aux ateliers d’écriture de Flore Cherry, où il s’agit d’écrire en quelques dizaines de minutes un texte sous contraintes. Quasiment systématiquement, j’écris un texte humoristique, car c’est ce qui est le plus impersonnel, le plus fédérateur. Il est très difficile de créer dans ces circonstances de l’émotion érotique (mais certaines personnes talentueuses y arrivent, j’ai pu le constater).