À l’occasion d’une discussion de fin de repas avec une demoiselle versée dans les pratiques D/s, je me suis fait cette réflexion que j’étais étranger (sans chercher à dire si cette position est définitive – il me semble au contraire que la position du curseur dont je vais parler par la suite n’a rien de figée) à certaines formes de sexualité dès lors qu’elles étaient particulièrement cérébrales.
Pour moi qui me revendique esprit ouvert aux différentes formes de sexualité, de plaisir, de désir, il m’a semblé que j’étais, sur ce sujet, limité, puisqu’étanche à certaines pratiques qui devraient justement continuer à enrichir une sexualité que je qualifie (peut-être pompeusement – mais j’adore qu’on me pompe) de solaire. Je ne me souviens plus où (il me semble que c’était dans Psychologie Magazine ou ailleurs, peu importe), j’avais lu une psy qui parlait de « sexualité génitale », et bien que le propos paraisse un peu réducteur, je m’y étais retrouvé, et je m’étais dit que j’avais une sexualité plutôt génitale. Pour moi, faire l’amour, c’est, à un moment ou un autre, et même autant que possible, exposer mon sexe (mon organe génital, donc – mais je pense que tout le monde avait suivi) à divers stimuli dans le but d’en éprouver du plaisir. Je ne pourrais vraiment pas me contenter d’un plaisir purement cérébral, comme, par exemple1 un pur plaisir voyeuriste, ou mettre une couche et recevoir une fessée, ou me travestir, ou ligoter, ou être ligoté, ou être tenu en laisse, etc. J’en arrive très souvent aux pratiques BDSM, qui sont pour moi (chez certains intégristes – du moins c’est ainsi que je les qualifie) l’illustration parfaite de la sexualité cérébrale, une pratique qui serait au sexe ce que le jazz est à la musique, un truc trop intello pour moi qui sais m’extraire des charts mainstream pour aller jusqu’à la musique indies, mais pas aller plus loin dans « l’élitisme » (avec tous les guillemets qu’il faudra).
Pourtant, je ne saurais me contenter vraiment d’une sexualité purement génitale. On s’amuse souvent à dire que la première zone érogène, c’est le cerveau, et la construction érotique est avant tout cérébrale. Rien que le fait de se projeter dans une rencontre qui va suivre, l’imaginer, ça y est, le cerveau carbure déjà à fond ! J’ai coutume de dire que j’ai une sexualité « classique » que j’agrémente de petites touches de sexualités « spécifiques ». Un zeste de domination, un doigt2 de bondage, un soupçon de voyeurisme et d’autres ingrédients encore qui me permettent de m’éloigner de la sexualité (supposée) de ce pauvre monsieur tout le monde. Par exemple, j’ai l’impression que la sexualité de ma femme est vraiment éloignée de toute cérébralité (c’est certainement faux, mais c’est ce que je ressens) dans la mesure où elle se revendique insensible à la littérature érotique (alors que, par ailleurs, c’est une liseuse insatiable, c’est donc plutôt louche, cette défiance affichée), et semble ressentir l’envie de sexe comme un besoin naturel à assouvir périodiquement, de même qu’il faut manger et boire (hélas, question cul, ce n’est pas trois repas par jour), sans nécessiter la moindre mise en scène.
J’en arrive donc à la conclusion que nous avons tous une sorte de curseur, dans notre tête, qui définit (ou plutôt qui qualifie – définir, ce serait trop réducteur) notre sexualité entre sa composante génitale (la plus charnelle, qu’on peut découper en zones érogènes et stimuli) et sa composante cérébrale (intellectuelle, basée sur toutes les représentations qu’on peut se faire de sa sexualité, de son rapport à son propre corps et à l’autre/aux autres en s’abstrayant autant que possible de notre nature charnelle). Par exemple, le fait de « punir » son/sa partenaire en le/la faisant rester X heures dans une position de soumission, ce plaisir me paraît un cran au dessus, cérébralement parlant, qu’une autre pratique BDSM consistant à fesser son/sa partenaire, où le corps est bien mis à contribution (la main, les fesses) même si les organes génitaux ne sont pas impliqués.
Pour ce qui me concerne, je règlerais le curseur vers un peu plus de cérébralité que ma femme (allez, 60 % cul/40 % cerveau ?) mais par exemple, quand je pratique le bondage, je n’ai pas envie comme les puristes de m’en tenir à l’émotion visuelle (qui suit toute l’émotion de l’acte d’attacher lui-même et de l’interaction qui en résulte entre le lieur et le lié), j’ai envie ensuite de pénétrer ma proie ligotée !
Et vous, vous le placez où, le curseur ?
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Illustration : Muppet Show / Nikolaï Fomin – Bear
On peut voir dans le titre un clin d’œil à la série algébrique de M. Chapeau.



