Je sors relativement tôt du travail aujourd’hui. J’ai ma fille à aller chercher à la sortie de l’école et il n’est pas question d’être en retard. Un premier ascenseur m’a fait dévisser de 25 mètres pour arriver au rez-de-dalle (La Défense, ses rez-de-dalle [RD], rez-de-rue [RR], rez-de-chaussée [RC], ses ascenseurs plus stressants que le RER A…). Je me dirige ensuite vers la batterie d’ascenseurs qui desservent les parkings.
La première chose que je remarque chez elle, ce sont ses escarpins en daim gris souris. Ses talons aiguilles doivent la hausser de dix bons centimètres, au bas (sic) mot. La deuxième chose que je remarque, c’est que la femme qui s’est installée dans ces deux souliers est plutôt charmante et plutôt jeune (une petite trentaine ?) ; ce qui est une bonne surprise car j’ai remarqué que la majorité des femmes croisées à La Défense avec de hauts talons était plutôt âgées, comme si cela faisait partie de l’uniforme de la business woman d’hier mais plus d’aujourd’hui.
Les portes s’ouvrent et nous entrons tous les deux dans la cabine de l’ascenseur. J’avais lu un jour un truc sur le fait que, dans un ascenseur rempli, les gens restaient souvent silencieux car la distance entre les personnes était trop faible ; en deçà de cette distance de sécurité (environ 30 ou 40 cm, de mémoire), on entre dans la sphère de l’intime, dans laquelle on ne peut « naturellement » qu’être dans un registre intime, et du coup, avec des inconnus : mutisme.
Là, en l’occurrence, nous n’étions que deux, à distance raisonnable, intimité respectée. Ouf !
Mais la voilà qui ouvre, à ma grande surprise, spontanément la conversation. Pour ce premier échange, on s’en tient à quelques banalités météorologiques. Paris a été envahi par vive vague de froid. Fait pas chaud, hein ? Ah ça non, et puis ça va durer, hein. Tout ça. Notre voyage n’était pas très long et nous arrivons à destination. Même étage. Je me dirige vers mon scooter, elle me suit, me dépasse et s’arrête un mètre plus loin, à côté de son scooter. What a coincidence! que je me dis in petto. Et à nouveau là où je me tais timidement, elle relance la conversation et nous voilà à parler scooter, parking et antivol… Si j’avais eu un peu plus d’à propos, j’aurais pu lui parler de ses jolis souliers, disserter sur le mélange scooter & escarpins, j’aurais pu lui proposer de boire un verre au café des motards un prochain soir, j’aurais pu, j’aurais pu… Quand c’était trop tard, je me suis dit que le lendemain, j’allais glisser sur son scooter un petit mot, pour lui proposer de poursuivre cette conversation que je n’avais pas su nourrir le premier jour. Et puis je n’ai pas revu son scooter le lendemain, ou je ne l’ai pas reconnu, et elle, je ne l’ai pas revue.
Foutu esprit d’escalier, même dans l’ascenseur.
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Illustration : Julie Becker par ???



