[1310] Sexpol @ Sexcity : la dernière sera la première

Une photo extraite du film Shortbus, utopie dont l'esprit planait sans doute sur cette soirée.
Une photo extraite du film Shortbus, utopie dont l’esprit planait sans doute sur cette soirée.

Je me dis souvent que Paris a une capacité à me décevoir tout comme à me prendre par surprise. Je ne compte plus les personnes ayant annulé des dîners ou des rendez-vous le jour même, je ne compte plus également les soirées qui se sont présentées au débotté, de celles qui vous font sauter dans le dernier métro en ayant juste pris le temps de se brosser les dents et rajuster son maquillage.

Quand CUI m’a proposé trois jours avant le jour J de venir à sa soirée présentée selon ses mots comme « une petite fête délicieuse [avec] une vingtaine de personnes », je me suis trouvée face à un dilemme : j’avais booké mon vendredi pour un homme que je désire et dont je suis amoureuse depuis plus de six mois et comptais bien finir la nuit dans ses bras. Je déclarais donc à CUI qu’il me serait impossible d’être présente à la soirée… tout étant très intriguée par le principe et ce qui était prévu. Il se trouve qu’avant cette date, le dit-homme tant convoité, torturé par de multiples raisons extérieures qu’il serait trop long et indiscret de résumer ici, a maintenu le dîner tout en annonçant que ce n’est pas cette fois-ci que nous irions enfin au bout des attentes charnelles respectives quelle que soit leur impériosité. Ravalant ma tristesse de ne pouvoir me donner corps et âme à cette personne, j’annonçais peu après à CUI que je pourrai finalement venir, mais cela ne serait pas avant la toute fin de soirée, me donnant comme simple limite d’arriver à attraper le dernier métro : la Toulousaine que je suis ne savait pas encore que cela me laissait une bonne marge pour arriver TRÈS tard si je le souhaitais.

Un apéro, un restau, beaucoup de vin et des baisers échangés à l’échangeur de Bastille me vit filer en direction du lieu de rendez-vous vers 1 h 30, amusée de partir habillée comme une fille sage et bien comme il faut (petite robe noire, cardigan bordeaux, collants opaques, bottines et petite veste en cuir, ponctuée de mitaines fourrées pour me protéger de cet air dont la consistance rappelle celle d’une chambre froide à ciel ouvert) à cette soirée que j’avais désigné à mon mari resté à Toulouse comme une « orgie kink ». Les choses étaient bien faites puisque je trouvais la rue à la sortie immédiate du métro – un miracle quand on connaît mon sens de l’orientation ! – et suivant les instructions très précises données en amont, je tapai le code, montai à l’étage annoncé, appuyant enfin sur la sonnette. Au bout de quelques secondes, j’ai entendu des éclats de rire nourris et le tap-tap-tap caractéristique de qui descend un escalier à la volée. CUI m’ouvre alors, regard brillant, simplement vêtu d’une chemise rouge entièrement déboutonné et affichant une superbe érection. « Désolé, on était un peu occupés ! » J’abandonne mon sac à main, ma veste, mes gants et mes chaussures au cellier, remontant les escaliers encore très habillée. Les lits des chambres du rez-de-chaussée étaient investis d’un enchevêtrement de corps que je distinguais dans une pénombre aux pointillés de soupirs et de râles ; CUI me chuchota « A*** est là, mais occupée comme tu peux le voir… » En effet, les mains plaquées au mur, à califourchon au-dessus d’une bouche avide, elle se laissait aller à un léchage en bonne et due forme avec beaucoup d’abandon.

Le reste des lieux était à l’avenant, une merveilleuse bulle à la température idéale, tout en lumière tamisée, musique soyeuse, à la cuisine se trouve une table en forme de corne d’abondance avec ses multiples bouteilles de champagne, douceurs sucrées et amuse-bouche, un salon transformé en immense lit et une mezzanine faisant office d’espace BDSM à l’étage. A*** s’amusait de me voir arriver seule. « Comment, tu n’as pas pu convaincre ton amant de venir ? » Je lui répondis en substance que c’était trop tôt… Mais qu’il y viendrait peut-être un jour au vu des mots que nous avions échangés avant de nous quitter. De fait, tout le monde savait que j’avais quitté un rencard pour arriver ici même tardivement, appâtée par la promesse de luxure ambiance Shortbus. Je pris une coupe de champagne à l’étage et bavardai avec les hôtes du salon dont P***, moi-même toujours très vêtue quand Thomas vint nous voir, un peu embêté… En effet, le niveau sonore des chambres atteignait son paroxysme quand il avait été demandé de réserver cela plutôt aux étages supérieurs afin de ne pas déranger les voisins. P*** et moi-même descendirent en espérant réussir à remonter la petite troupe à l’étage, ce qui pour lui représentait une sacrée expédition, l’homme étant corseté et chaussé de hautes cuissardes en vinyle rouge, sa tenue contrastant avec son air sage et sévère cheveux courts, petites lunettes rondes, barbe de trois jours. Pourtant une fois en bas, difficile d’arracher les kinksters à leurs jeux et finalement, je me retrouve, debout près du lit caressée par P***, à genoux devant moi. Ce qui me fit bien plaisir, puisque dès mon arrivée, quand je l’avais aperçu aux pieds de Garance, c’est lui que j’avais élu comme target potentielle. Sensible aux odeurs, j’aimais la sienne immédiatement, piquante et chaude à la fois, une véritable émanation brûlante sous mes narines et mes doigts. Sans l’avoir décidé et alors que je me trouvais en position qu’on aurait pu qualifier de dominante (mes ongles le griffaient, mes doigts investissaient sa bouche), il flaira très vite ma nature plus bottom que top. Et très vite, il coinça mes cheveux au creux de son poing avant de s’en servir comme d’une laisse pour me traîner, obligée de garder mes mains dans mon dos jusqu’à la mezzanine.

Comment a-t-il compris sans dire un mot que c’était ça que je voulais? En vérité, je n’ai aucune réponse à cette question. P*** est un dominant non pas brutal, pas même réellement autoritaire, mais il est très directif et le ton qu’il emploie pour donner ses indications quant à ma pose ou mes gestes ne souffre aucune contestation. Il prit son empire sur moi sans presser, assis dans un grand fauteuil en cuir, ce type de fauteuil qui semble indissociable de tous les dominants. J’enlevais mon cardigan, ma robe et mon sautoir. À genoux devant lui, je dus ouvrir la bouche toute grande et rester dans cette position ridiculement offerte, le regarder dans les yeux, tandis qu’il se délectait du spectacle. Puis il plaça la cravache dans ma bouche, il me fallut la mordre pour ne pas qu’elle tombe ;  je me fis reprendre plusieurs fois quand je prenais l’initiative d’un geste qu’il n’avait pas ordonné. Avant de continuer, il me demanda mon safeword (« J’en ai deux » lui dis-je et leur consonance édénique lui plurent fort). Il changea de place, s’installa dans la canapé, me dit tourner et tourner encore sur moi-même, il voulait me voir m’exhiber pour lui, il me fit baisser mon collant sous la naissance des fesses pour l’admirer et me fit le remettre en place. Et après ? J’ai un peu perdu le fil. Il me laissa mon collant sans que je sache si c’était par clémence pour ma peau ou pour son simple plaisir visuel. Je me suis retrouvée penchée sur le fauteuil, jambes tendues, coudes sur l’assise, les cheveux étalés sur le cuir ; les coups commençaient au martinet, aussi doux que des caresses au début, puis plus précis, plus forts. Il frappa sur l’intérieur des cuisses pour me les faire ouvrir largement, et quand je m’effondrais à cause de la tension, impossible à attendrir, il me fit reprendre ma position initiale.

Et puis je suis passée à genoux sur le canapé, les mains à plat sur le dossier puis sur le mur, très cambrée, et il y veillait « Cambre-toi ! Donne-moi ton cul. » ordonnait-il au moindre fléchissement. Il vint même se coller à moi alors que je gémissais, pour me dire « Tu sais que t’as un très joli cul ? Tu vas me le dire à voix haute. » Je dus le répéter deux fois, à la troisième il précisa « Maintenant tu vas le redire mais avec conviction. » Je pensais alors que le matin même, j’étais avec un couple et que j’avais déjà les fesses bien échauffées suite à une gradation paddle/cravache/single tail, j’ai eu l’image furtive de mon cul se couvrant de bleus qui allaient passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Il continuait à frapper dosant la douceur ou la sévérité des coups, mais j’étais tellement à fleur de chair après avoir passé une soirée à désirer quelqu’un qui m’avait laissée partir avec le feu au cœur et au ventre que j’étais répandue sur le cuir, ahanant, soupirant, gémissant, bavant sur ce canapé, la chatte enfermée dans le coton et le nylon mais ruisselante d’envie. Il y eut un moment où l’effet fut si intense que je poussais un long gémissement qui n’avait rien d’humain, comme une bête aux abois. « Que c’est beau ce son qui sort de toi… » dit-il, très admiratif. Il m’a semblé que de temps à autre, l’un des convives montait à l’étage pour observer en silence ce qui se passait, mais j’étais tellement perdue que je ne distinguais pas de qui il s’agissait. Et puis est venue la fin quand il a dit à voix basse tout près de mon oreille « Tu vas compter les dix derniers coups. Et tu ne compteras que ceux que tu estimes être de vrais coups. » Au cinquième, j’ai fondu en larmes, secouée de tremblements qui me faisaient griffer le mur. Cela dura, parce que je ne savais plus quel coup il fallait compter, si le suivant serait plus fort que le précédent. Au dernier, je finis effondrée, larmoyante, et après m’avoir félicité, il vint s’asseoir et me prit dans ses bras, mon dos reposant sur sa poitrine, son bras passé en travers de ma gorge alors que je sanglotais encore. La redescente n’était pas tout à fait amorcée que c’est Thomas monté entre-temps à l’étage qui vint à moi pour me demander s’il pouvait me lécher. Bien sûr qu’il pouvait : il m’a enlevé mon collant et mon string, j’ai eu la sensation de littéralement couler sur ce canapé. Je me faisais lécher suavement puis très fermement en entendant d’autres gémissements, d’autres mouvements en bas, des exclamations « C’est toi qui as fait le gâteau ? Il est vraiment super bon ! » Et puis il y a eu ce moment où je dois arrêter le tout ayant le clitoris trop sensibilisé pour poursuivre… Mais rien de grave dans l’absolu. Je ne me sentais ni lésée, ni frustrée. Même si je regrette après coup de ne pas avoir demandé à P*** de me baiser après cette séance de flagellation !

Et puis il était plus de 4 heures et la plupart des invités étaient déjà partis. Les derniers survivants et moi-même mangèrent ce qui traînait encore sur la table ou dans le frigo, je me jetais sur les gâteaux restants, quand l’une tua les Babybel dans une fringale complètement régressive. C’était le moment où les discussions traînent, où tout le monde commence à avoir la voix fatiguée, où il faut se reprendre avant de savoir si on dort sur place ou si on se bouge et on rentre chez soi. Moi je voulais rentrer et profiter du pied-à-terre qu’on m’avait laissé à disposition tout le weekend pour aller m’écrouler dans mon pyjama, sous deux épaisseurs de couette et m’endormir en écoutant l’album In distance de Bitcrush. J’ai donc profité du fait que CUI rentrait en scooter pour me greffer à son départ, après avoir embrassé tout le monde, de jolis baisers très doux, très bienveillants. Dehors, il faisait un froid affreux suite au cocon du Sixième Ciel. Après avoir enfoncé mon casque et retroussé entièrement ma robe pour enfourcher le scooter d’un arc de cercle, nous voilà repartis à travers les rues de Paris. CUI m’a déposé au pied-à-terre vers 5 h 30 : je le remerciais encore de m’avoir invitée, d’avoir accepté que j’arrive aussi tard et presque les mains dans les poches, pour cette soirée en forme de parenthèse enchantée, et de m’avoir permis de rencontrer des personnes aussi gentilles et érotiques. Nous nous embrassâmes une dernière fois sur ces bonnes paroles.

Plus tard dans mon pyjama à carreaux, tout près d’une tasse de tisane brûlante, j’envoyais un message à celui avec qui j’avais dîné en début de soirée, promettant à nouveau de lui raconter ce qui s’était passé durant la nuit comme il me l’avait demandé avant de nous quitter. En fait, je fantasmais, songeant combien il aurait été plaisant de l’amener avec moi au Sixième Ciel, qu’il joue les voyeurs à défaut d’être acteur, de rentrer ensuite très tard ici et nous endormir épuisés dans les bras l’un de l’autre pour se réveiller alanguis et faire l’amour, comme ça rien que nous deux, laissant l’après-midi filer dans une béatitude de plaisir. C’était le petit miracle de ces trois heures dans cette bulle hors du temps : réussir à transformer la frustration envers lui en énergie porteuse d’espérance. :)

 


Suggestion d’illustration sonore :

 

7 gazouillis sur “Sexpol @ Sexcity : la dernière sera la première”  

  1. #1
     
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    Audrey et Cristophe a gazouillé  :
    Avec tout ça, on n’a pas su qui a fait ce gâteau si bon !
  2. #2
     
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    Marietro a gazouillé  :
    Putain ! *bave*
  3. #3
     
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    Ellie C. a gazouillé  :
    MIAM !!!! :D
  4. #4
     
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    Brigit a gazouillé  :
    il y a souvent une certaine grâce à arriver la dernière…
    bel érotisme dans ce texte, on perçoit mieux l’atmosphère de cette soirée.
  5. #5
     
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    dita a gazouillé  :
    j’aime beaucoup la douceur de ce récit.
  6. #6
     
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    Plume d'Envies a gazouillé  :
    Je me suis délectée de ce récit simple et si évocateur. Merci ;-)
  7. #7
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    La réponse à cette question se trouve… un peu plus loin dans un autre récit :)
    Et ce sans bâillon-boule, c’est prometteur !
    Oui, les Babybel, qui peut résister ?!
    Louée soit Sexpol pour son talent à retranscrire l’atmosphère délicieuse de cette soirée !
    Oui, moi aussi, et j’y aime bien d’autres choses encore.
    Il est simple dans le sens où il ne s’embête pas de circonvolutions… mais il est finement ciselé !

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