[1373] Quand reverray-je, hélas, fumer la cheminée ?

Jeudi 2 mars.

Ma valise bouclée, un dernier baiser à ma femme, je rejoins le parking pour m’installer dans ma Jazz (106 is dead) qui sera le fidèle destrier compagnon de mes aventures à venir. Comme je voyage seul (même si j’ai prévu de covoiturer autant que faire se peut), je n’ai pas lésiné sur les bagages : outre les vêtements en q.s.p…..12 jours et mon « sac à malice », de la taille d’un gros sac de sport, qui contient tout mon attirail de sport… en chambre (demandez la visite guidée !), j’ai pris mon appareil photo reflex, un pied photo dans l’éventualité de prise de photos où j’apparaîtrais (je laisse faire votre imagination) et mon sac informatique.

J’optimise la place dans le coffre avant de prendre la direction de ma première destination, modeste : la Porte d’Orléans.

Où m’attend mon tout premier covoiturage.
Ennui soporifique, elle n’ouvrira quasiment pas la bouche du trajet ; ce fut même assez compliqué de décider avec elle de l’endroit où j’allais la laisser. J’étais prêt à faire un détour, mais il ne fut quasiment pas nécessaire, puisqu’elle rejoignait quelqu’un situé à quelques centaines de mètres de la sortie d’autoroute.
Mais la fadeur de ce trajet n’allait pas altérer ma bonne humeur car, ce jour, je rejoignais Thyia.

Thyia fait partie des amantes dont je n’arrive pas à me défaire du désir que je leur porte. Cela fait plus de trois ans que nous n’avons plus fait l’amour mais je ne me résous pas à ce que cette histoire appartienne au passé. Il y a des ruptures sur lesquelles on ne revient pas, il y en a d’autres qui sont plutôt de doux éloignements provoqués par d’autres rencontres ou de « circonstances de la vie » qui font qu’aucun adieu n’a été prononcé. Je veux réentendre le rire de Thyia quand elle jouit, je veux sentir encore sa peau contre la mienne, ma queue dans sa bouche, mes mains posées sur ses seins, nos deux corps qui s’endorment l’un contre l’autre…

Avant le rendez-vous de ce soir, j’ai pu revoir Thyia après une longue parenthèse à l’occasion d’un de ses déplacements à Paris, à la fin de l’année dernière. Nous devions coucher ensemble, c’était convenu explicitement et puis, quelques jours avant, elle m’a fait savoir qu’elle ne serait plus « in the mood for sex ». J’avais évidemment trop envie de la revoir pour me froisser de sa décision, mais je l’accueillis quand même avec un pincement au cœur. Il y eut de la tendresse, mais son rire de plaisir n’a pas résonné à nouveau dans mes oreilles.

Pour ce soir, rien n’a été promis de façon explicite. Implicitement, nous allons dormir ensemble dans l’hôtel (une maison d’hôte, plutôt) campagnard que j’ai réservé, mais même sur ce point, l’accord donné n’était qu’implicite et je n’écarte pas la possibilité que j’aie pris mes rêves pour la réalité.
Après avoir déposé ma covoitureuse, il me reste une toute petite heure de route pour rejoindre Thyia dans la résidence artistique où elle a pris, depuis quelques mois, ses quartiers. Nous nous retrouvons avec un grand sourire et Thyia réprime mon enthousiasme quand j’accompagne mon baiser de retrouvailles par une main au cul. Oups !

Nous choisissons le restaurant où nous irons dîner ce soir, puis, la réservation faite, Thyia me fait faire le tour du propriétaire de la résidence ; le timide soleil printanier ne transperce pas les murs épais de la belle demeure et il faut quelques bûches dans les poêles ou les cheminées des pièces où nous séjournons pour ne pas avoir la chair de poule.

Puis Thyia, qui m’a reçu dans une tenue assez négligée, va prendre une douche et s’habille pour notre dîner. Nous allons dans un restaurant plutôt chic des environs, et comme nous sommes en Bourgogne, la carte des vins qui accompagne la carte des menus est plus épaisse que le bottin téléphonique du département. Nous choisissons notre menu parmi une liste de plats pleine de promesses qui seront tenus, et nous discutons.

Une femme élégante se fait saluer par une tête de nœud (littéralement)J’aborde la question qui me taraude : dormirons-nous ensemble ? Elle me répond alors (et j’essaye de réprimer une grimace de tristesse et de frustration) que nous pourrons, éventuellement, dormir ensemble, mais pas coucher ensemble ! Et elle me fait alors la révélation qu’elle est enceinte ! Fichtre ! Je ne l’avais pas vue venir, celle-là ! Bien que le père ne soit pas du tout dans les parages, ni géographiques ni sentimentaux (il faudrait nuancer, mais je simplifie), elle n’a pas envie de s’envoyer en l’air avec un autre homme le temps de sa grossesse. Me voici donc doublement frustré, puisque ce vieux fantasme que je traîne, depuis cette fois où j’ai désiré L*** alors qu’elle portait son enfant, de faire l’amour avec une femme enceinte ne s’est toujours pas concrétisé.

Thyia accepte tout de même que l’on dorme ensemble moyennant certaines règles que je devrai respecter (je ne la touche pas, mais j’ai le droit de me masturber – ce que je ne ferai pas) et vous imaginez la frustration de cette nuit que j’ai passé à effleurer aussi respectueusement que possible le corps voluptueux qui dormait à mes côtés dans mon pyjama tandis que j’étais nu (et essentiellement en érection !).

Revenons-en à ce dîner : la révélation faite, je comprends pourquoi je suis, évidemment, le seul à boire de l’alcool (un apéritif et une demie bouteille de blanc) pour accompagner le très bon repas à l’Auberge du Pot d’Étain. Il s’agit d’un restaurant bourgeois, ambiance feutrée et cosy (« notables de province » avec ce soir des médecins pour épouser le rôle), service appliqué avec une cuisine traditionnelle s’autorisant quelques raisonnables éclats créatifs. Nous arrivons à courageusement finir nos desserts ainsi que les petits fours qui viennent clôturer le repas (mais Thyia n’est pas moins gourmande que moi !).

Nous regagnons la voiture et je conduis donc ma belle compagne dans le gite que j’ai réservé : « Chez Virginie ». Dans une ferme rénovée, une chambre à la décoration moderne et légèrement tarte-à-la-crème nous attend. J’offre à Thyia, qui est partie les mains vides, de quoi se brosser les dents et le pyjama que j’ai emporté avec moi en prévision de mon séjour chez ma mère. Quant à moi, je dormirai nu, après la longue discussion qui s’est poursuivie et les heures à guetter le sommeil, troublé que j’étais par l’Ophélie à mes côtés que je ne pouvais prendre dans mes bras.

Demain sera un autre jour.

À suivre…

3 gazouillis sur “Quand reverray-je, hélas, fumer la cheminée ?”  

  1. #1
     
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    MarieO a gazouillé  :
    C’est mignon touchant. J’ai toujours autant de plaisir à lire ces tranches de vie. Bon, c’est frustrant aussi, une belle érection sans utilisatrice ;)
  2. #2
     
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    Miss A a gazouillé  :
    Je suis très curieuse de savoir ce que contient le sac à malice …
    Est ce qu on peut avoir une photo ou un descriptif ?

    Enceinte avec cette fantastique profusion hormonale je n aurais pas pu rester sage mais nous sommes toutes différentes…

  3. #3
     
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    Mesmots Malangue a gazouillé  :
    «Il y a des ruptures sur lesquelles on ne revient pas, il y en a d’autres qui sont plutôt de doux éloignements provoqués par d’autres rencontres ou de « circonstances de la vie » qui font qu’aucun adieu n’a été prononcé. »

    Il y a des ruptures DESQUELLES on ne revient jamais complètement, ou si l’on en revient, jamais complètement le ou la même… Ces histoires dont on ne met pas le point final planent un peu dans nos vies, comme une image que l’on aperçoit quand on tourne la tête rapidement et qui nous rappelle que peut-être, un jour… L’univers des possibles, dans un soupir…

    Je me rends compte que je me suis ennuyée de vos mots. Je passerai plus souvent…

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