[64] Le bar à côté de la mairie

Il y a un bar à côté de la mairie du *** arrondissement qui m’a, par deux fois, accueilli accompagné de J***.

La première fois, c’était en octobre 2005, il était à peu près minuit. Nous venions de dîner J*** et moi dans une pizzeria banale, à proximité. Nous avions passé un repas agréable ensemble, et nous eûmes tous les deux l’envie de prolonger le tête à tête.

Ce point, déjà, n’avait rien d’évident a priori. Je dois préciser que nous nous voyions alors pour la toute première fois. Nous nous étions croisés sur un site de rencontre, nous avions rapidement poursuivi sur MSN, et après avoir très peu échangé, elle m’a rapidement invité, à l’improviste, pour dîner. J’eus à peine le temps de lui indiquer que je n’étais pas célibataire. Je déteste faire une rencontre sans en informer ma partenaire, je ne suis pas de ceux qui mentent à tout bout de champ pour arriver à leurs fins (i.e. coucher) ; j’attends juste le moment où je juge mon interlocutrice disposée à entendre cette effroyable vérité. J’imagine que ça ne doit pas être facile non plus pour les contrôleurs budgétaires ou les Villieristes de s’ouvrir à l’autre en toute transparence. Quand je le lui ai annoncé, elle a mis un vingtaine de secondes à encaisser le choc, mais, très fair-play, a maintenu l’invitation.

Nous nous sommes donc rencontrés devant la mairie, nous avons hésité un instant sur le choix du restaurant (après tout, c’était son quartier, je me laissais guider), et une fois assis, nous y avons commencé à discuter. Nous ne connaissions rien de l’autre, ou presque. Nous nous imaginions probablement juste quelques affinités possibles autour de la musique, de notre orientation politique et — en tout cas je l’espérais — un certain hédonisme.

Le temps passait agréablement en sa compagnie, la conversation était déliée, sans silences embarrassés ; mes yeux plongeaient parfois dans un décolleté qu’elle n’hésite pas à mettre en valeur quand elle est en mode séduction (et moi qui aime plutôt les petits seins, je me laissais pourtant émouvoir !). Le moment était agréable, donc, et nous n’avions pas envie de nous séparer si vite. Ma maison m’attendait, avec femme et enfants. Son dispositif anti-homme-marié était prêt à s’armer, mais elle souhaitait attendre encore un chouïa avant de l’activer.

Elle m’invita donc à boire un verre (après une courte pause à discuter avec des connaissances de son quartier — c’est une célébrité locale, peu de rues dans Paris où elle peut se promener sans risquer d’être alpaguée par un de ses camarades) dans ce bar où elle avait ses habitudes. Je pris une bière, elle une eau minérale (si ma mémoire ne me joue pas de tour). C’était le mois d’octobre, mais il faisait encore doux. Nous étions en terrasse, la conversation continuait de se dérouler bon train, nous étions face à face, je commençais à regretter d’avoir promis de rentrer chez moi ; en même temps, je ne pouvais pas vraiment me permettre de rentrer à une heure indécente et peu avant une heure du matin, nous nous séparâmes.

J’envoyai de ma voiture le SMS qui tue, vous savez, celui qu’il ne faut jamais envoyer, l’aveu de faiblesse, Vercingétorix déposant ses armes aux pieds de César, le SMS qui raconte combien on a passé une bonne soirée, et qu’on aimerait qu’il y en ait d’autres.
Elle me répondit du SMS qui assassine, vous savez, celui qui fait regretter amèrement à celui qui a envoyé le SMS qui tue de ne pas avoir respecté la règle d’Or. Un soufflet. Un camouflet.
Je regagnais mes pénates tout déconfit.

Neuf mois plus tard…

La deuxième fois, c’était en juillet 2006, nous étions en terrasse à nouveau, ce qui est moins inhabituel en juillet. Nous n’étions plus face à face mais côte à côte. Cette fois, c’est elle qui sirotait une bière ; j’avais moi pris un Coca pour essayer de faire passer le steak tartare qui ne passait pas (il doit y avoir un truc lacanien là-dedans, J*** ! désolé pour cette private joke). Nous étions tout près de son appartement qui m’était désormais zone interdite. Elle avait encore un joli décolleté, mais mon regard à moi était tourné vers mes chaussures. Elle avait l’air triste, je ne devais pas non plus être jovial. Nous eûmes droit au quota habituel de connaissances venues la saluer. Il fut temps vers une heure du matin de nous séparer à nouveau. Je n’envoyais pas de SMS pour lui hurler mon désespoir. Je me contentais de relâcher un peu les vannes des larmes que j’avais coupées à coup de chimie pendant une semaine.
Je regagnais mes pénates tout déconfit.

medium_max.jpg

Les jours étaient comme des semaines,
les semaines comme des mois,
mais au bout d’un an et d’un jour
il accosta enfin
en pleine nuit,
dans sa propre chambre
où il trouva son dîner
qui l’attendait

— tout chaud —

in Max et les Maximonstres, de Maurice Sendak

[63] In cauda venenum

medium_img_1070463024510.jpgDepuis un peu moins de 20 ans, je donne régulièrement mon sang.
Enfin, régulièrement, disons quelques fois par an, bien en deçà du maximum autorisé. Mais malgré mon assiduité de seconde zone, avec une certaine fierté du devoir citoyen effectué.

La toute première fois, j’ai saisi l’occasion d’une collecte effectuée sur mon lieu de travail (j’étais alors stagiaire). Avec, je ne vous le cache pas, une certaine appréhension, mais que j’ai assez facilement surmontée. D’autant plus facilement qu’à part le moment désagréable de la piqûre proprement dite, tout se passe assez rapidement et simplement. Quand j’ai donc pu me rendre compte que ce n’était pas toute une montagne, j’ai essayé d’en donner plus régulièrement. D’abord en profitant de chaque passage sur les lieux de travail (mais qui restent rares : une à deux fois par an), puis en fréquentant un établissement hospitalier proche de mon nouveau domicile, qui se trouvait également être centre de transfusion.

So far, so good.

À chaque don de sang, on vous pose toujours les mêmes questions préalables, autour de vos récents événements médicaux ou sexuels. On apprend rapidement qu’il n’est pas judicieux de candidater pour un don de sang si l’on est allé chez le dentiste récemment, ou si on vient de se faire tatouer, ou si on a eu un accident de capote, etc.

Je réponds toujours scrupuleusement aux questionnaires de santé, sans dissimuler les réalités de ma vie sexuelle légèrement plus « débridée » que celle du citoyen lambda monogame et fidèle. Je ne suis pas non plus un habitué des coups d’un soir, a fortiori non protégés ; je pratique un safe sex avec des partenaires avec qui j’essaye en général de m’engager dans une certaine durée, même dans le cadre d’une relation adultère. Je zappe beaucoup moins que bien des célibataires que j’observe autour de moi. J’ai conscience toutefois que ces activités me classent dans une catégorie « à risque », aussi j’évite d’aller donner mon sang quand je démarre juste une nouvelle liaison, et je ne confonds pas « don de sang » avec « test de dépistage » (même si, évidemment, chaque don est contrôlé).

Tout se passait donc à merveille, et même on me félicitait pour mon excellent taux de globules rouges, allant même jusqu’à me proposer une érythrophérèse (c’est à dire un don spécifique de globules rouges, comme il existe également le don spécifique de plaquette, pratique généreuse qui vous demande plusieurs heures de votre temps, contrairement au don total, assez rapide). Je n’ai pas eu l’occasion de la faire pour des raisons organisationnelles : je donne mon sang le week-end, et en semaine je bosse — loin de l’hosto. Et pas d’érythrophérèse le samedi. C’est comme dans Alice au Pays des Merveilles: « la règle est “ Confiture hier, et confiture demain, mais pas confiture aujourd’hui ” ». Déconfiture, donc.

Tout se passait donc à merveille jusqu’au jour où le médecin qui m’interrogeait (et que j’avais déjà vu plusieurs fois) me posa une question différente de celles que je recevais habituellement. Au lieu de me demander si j’avais eu une relation homosexuelle au cours des X derniers mois, il me demanda si j’avais eu une relation homosexuelle (tout court). Alors j’ai répondu oui, que ça remontait à plus de 5 ans. Il m’a demandé jusqu’où c’était allé, alors je lui ai dit qu’il y avait eu pénétration, que j’avais pénétré mon partenaire, dans les règles du safe sex, donc avec préservatif. «  Ah oui ! me dit-il, vous n’avez pas seulement joué à touche-pipi… » (et je cite ses mots qui m’avait choqués — dans la bouche d’un médecin qui devait en avoir vu d’autres). Je lui ai dit, qu’effectivement, non, mais que ça avait été fait sans contamination, que j’avais fait depuis un test HIV, etc.

Ça a déplu à ce médecin qui n’a pas voulu de mon don, a prétexté je ne sais plus quoi pour le repousser à plus tard, et curieusement, alors que j’étais régulièrement relancé par téléphone pour venir donner mon sang, depuis cet incident, je n’ai jamais plus reçu ni courrier ni appel.

Si vous crevez un jour parce que vous manquez de sang ou de globules rouges (en plus je suis donneur universel !), pensez à me blâmer d’avoir, à 32 ans, voulu aller un peu plus loin que lors de mes jeux adolescents.

[58] méli-mélo

… sans queue ni tête ?

medium_a_014.jpg

 

Une jolie petite image sur le site d’une artiste à l’imagination plaisante. Site déjà référencé sur d’autres burps, mais c’est pas grave. Si vous tombez ici par hasard (ou non) et que vous ne connaissiez pas, ça sera une occasion de plus de découvrir…

Elle s’appelle Colette Calascione et son site se visite .

 

Le titre du tableau que j’ai réduit en vignette (pour respecter les droits d’auteurs – comme je suis vertueux !) est Boudior et j’ignore s’il s’agit d’une faute de frappe ou d’une astuce volontaire (qui m’échappe un peu).

 

Mots-clés :

[54] Par un éclatement rugueux

L’érotisme selon Systran™ 

Je reçois chaque mois la newsletter de Mobipocket qui tente vainement de me faire acheter des ebooks (des euh-livres, en french). Il y a d’une part des grands classiques de la littérature française, tombés depuis des lustres dans le domaine public et à ce titre trouvables relativement facilement gratuitement sur le Web (par exemple au sein du projet Gutenberg).

Et puis, comme, comme chacun sait, le cul fait vendre, on tente aussi de me racoler en me proposant divers opuscules érotiques. Pendant quelques mois, j’ai reçu des propositions à la fois alléchantes & intriguantes, comme suit. Cette époque est hélas révolue, désormais je ne reçois que des accroches standard du genre : « On ne connaît pas l’auteur (ni l’éditeur, bien entendu) de ce mystérieux roman érotique qui ne figure pas à la Réserve de la Bibliothèque nationale, et n’est pas cité dans la grande bibliographie de Pascal Pia, Les Livres de l’enfer. On n’en a recensé que deux éditions, toutes deux supposées venir de « Montréal », l’une datée de 1957 (peut-être antidatée), l’autre de 1960, (…) »
Nul doute qu’il s’agisse là d’un délicieux petit roman érotique, mais je préfère le contact charnel du papier et j’aurais peur de provoquer quelques faux contacts si par mégarde du sperme venait à gicler sur mon Palm™ (Palm, comme la paume de la main, NDLR). Au prix que ça coûte ces saletés.

Quant aux accroches dont je pleure la disparition (sans doute quelque grincheux qui aura eu la bête idée de se plaindre auprès de Mobipocket sur le mode « mais on comprend rien à votr’ machin, c’est même pas bandant » ou encore « c’est chouette, l’érotisme selon Systran™ » – ah merde ! c’est le titre de ma note justement. Mais je ne me suis pas plaint, justement), en voici un florilège :

Apprécier !

I – Le Sexe de Noyau Dur de XXX Derrière les Portes de… by Naughty Ameroca – $2.39

A la fin du regarde/télécharge d’images le vidéo pour votre plaisir de vue.
Le professeur Lea au gingembre a enseigné Vincent tout il sait de l’orientation du couple. , Au moins qu’est bien qu’il a pensé parce que quand il diminue de son bureau pour un petit cours d’honoraires supplémentaires sur les morales et l’éthique il se trouve dans une position More…

 

II – Le meilleur Sexe Jamais by Naughty America – $2.39

A la fin du regarde/télécharge d’images le vidéo pour votre plaisir de vue.
Le vidéo est dans l’anglais – Désolé. S’il vous plaît être patient comme il peut prendre une minute ou deux charger. Si vous avez besoin de lui dans un codec différent me permets de sait s’il vous plaît :
Si vous voulez plus More…

 

III – Andrew et le sien Meilleur Mère-Vous de l’Ami Veut… by Naughty America – $2.39

A la fin du regarde/télécharge d’images le vidéo pour votre plaisir de vue.
Le Chasseur de Cheyenne est l’Enfer aider l’ami de son fils résolu à, Andrew, par un éclatement rugueux. Comme hésitant et naïf comme Andrew joue il n’est pas d’allumette pour la prouesse de telle une femme expérimentée et excitée. Juste le mensonge de retour, Andrew, et laisser l’orage More…

 

IV – Mme Monroe Trompe L’Ami Meilleur de Son Fils Avec … by Naughty America – $2.39

A la fin du regarde/télécharge d’images le vidéo pour votre plaisir de vue.
Quand Mme Monroe Chant de noël découvre son fils et son ami, Anthony, accueilli un kegger chez elle elle peut garder à peine de souffler son sommet. Et une fois Mme Monroe allume son charme séduisant pour forcer la vérité de lui son tout Anthony peut faire pour garder de sauter qu’elle More… 

 

 


Post Scriptum :

 

Si vous faites confiance aux systèmes de traduction automatique qu’on peut trouver çà et là sur internet, je vous invite à faire l’exercice de la double traduction. Vous prenez un texte. Vous le traduisez, mettons, en anglais. Puis vous transformez à nouveau la bouillie de mots ainsi obtenue en français. Contemplez le résultat. Des heures d’amusement en perspective pour les longues soirées d’hiver. La preuve par l’exemple avec ce paragraphe-ci mouliné : 

Si vous rendez la confiance avec les systèmes de traduction automatique qu’on peut trouver cela et là sur l’Internet, je vous invite à faire l’exercice de la double traduction. Vous prenez un texte. Vous le traduisez, avez mis, en anglais. Alors vous transformez encore la pulpe des mots obtenus ainsi en Français. Contemplent le résultat. Heures de récréation dans la perspective pour les longues soirées pour l’hiver. La preuve pour l’exemple avec ce paragraphe écrasé. 

[52] Gogooooooaaaaaaaal !

La note inutile du jour

Vous aurez remarqué que j’aime à l’occasion jouer les maîtres Capello (Capelli ? Capellos ?). Alors, hop, une petite leçon vite fait bien fait, histoire d’être moi aussi référencé dans Google sur les mots clés Mundial Fifa 2006 prostitution.

Q : Faut-il écrire « Vive les Pays-Bas » ou « Vivent les Pays-Bas ».

R : Faut écrire « Vive la Hollande » et pas faire chier, de toute façon ils se sont fait battre par le Portugal.

[49] Avec un mois de retard

Avril, une production Haut et Court (ça change de Haut et Fort, amis burpeurs), est un bel exemple de film qu’on aurait aimé aimer, mais auquel il manque un peu de finesse pour qu’on soit réellement séduit. En dépit d’un point de départ pourtant assez originale (la découverte du monde extérieur par une jeune femme n’ayant connu que le couvent où elle fut accueillie – bébé abandonné – et élevée.

Sur les conseils d’une soeur émancipatrice, elle osera toutefois faire une parenthèse de 20 jours, à la recherche de son frère jumeau dont on lui avait jusqu’à ce jour caché l’existence.

Avril (c’est le prénom de l’héroïne, incarnée par Sophie Quinton pour laquelle je dois avouer un petit faible – j’étais allé voir Qui a tué Bambi pratiquement pour la seule présence de cette jeune beauté plantureuse qui m’avait rappelé Juliette Binoche à ses débuts : joues rebondies, charmantes rondeurs, air innocent et mutin à la fois) tombe donc avec beaucoup de chance, ou l’aide de Dieu, ou l’assistance du scénariste, c’est selon, sur un jeune garçon beau et sensible qui l’accompagnera dans sa recherche … et qui à la fin, devinez-quoi ? Non je l’dirai pas.

medium_avril7.jpg
Avril et son jumeau (si, si) de frangin beau et sensible – Photo ©DR 
 

Avril finit par rencontrer son frangin (beau et sensible) dans un petit logement de fortune en bord de mer (indépendant et rock’n roll), lequel est avec son copain beau et sensible, car ce frère se révèle beau et sensible et homosexuel. Ah non pardon, sensible et bisexuel. 

Bon, au début, tout les sépare. Et puis à la fin ils sont soudés comme les doigts de la main.

Je vous laisse deviner si c’est Avril qui réussit à attirer les trois garçons vers le chemin de la stricte obédience aux commandements de Dieu, ou si les efforts conjugués des trois garçons beaux et sensibles réussiront en 3 semaines à transformer Avril qui n’avait connu pendant 20 ans qu’une petite dizaine de femmes et 3 hectares de terrain en hédoniste de première bourre.

Je ne vous dirais rien du final mélo & manichéen qu’on dirait une grosse merde holywoodienne comme dirait une commentatrice de ce burp. Encore que dans une grosse merde holywoodienne, on aurait présenté cette œuvre à un public qui se serait empressé de faire changer cette fin.

Bref, on a vraiment un peu de mal à croire à cette évolution à vitesse grand V, et c’est dommage parce que la Sophie Quinton reste furieusement mignonne (avec ou sans robe de bure), avec un jeu un peu hébété charmant mais qui n’atteint pas la luminosité de Catherine Mouchet dans le Thérèse d’Alain Cavalier.
Par contre, le choix de Miou-Miou dans un des rôles me paraît tout à fait judicieux.

 

Message personnel : 

Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu’un meilleur Avril

[44] Sélavy (pas toujours très Rrose)

Le crapaud

Sur les bords de la Marne,
Un crapaud il y a,
Qui pleure à chaudes larmes
Sous un acacia.

– Dis-moi pourquoi tu pleures
Mon joli crapaud ?
–  C’est que j’ai le malheur
De n’être pas beau.

Sur les bords de la Seine
Un crapaud il y a,
Qui chante à perdre haleine
Dans son charabia.

– Dis-moi pourquoi tu chantes
Mon vilain crapaud ?
– Je chante à voix plaisante,
Car je suis très beau,
Des bords de la Marne aux bords de la Seine
Avec les sirènes.

Robert Desnos – Chantefables et chantefleurs

[40] Il y a plus d’apprêts…

À Saint-Germain-des-Prés…
J’ai choisi un banc libre, encore baigné des rayons du soleil de cette journée finissante. L’air était tiède, j’imaginais que cette lumière sècherait les larmes qui coulaient encore sur mes joues. Je sortais de mon premier rendez-vous avec elle. Premier rendez-vous depuis notre séparation, on avait des choses à se dire, voyez-vous. Un joli passé derrière nous et un futur à imaginer.

J’ai tenté un moment de lui donner le change, je n’étais pas à l’aise, il y avait mes silences, mon regard qui fuyait, on dressait un peu le constat… J’essayais d’évoquer les discussions qu’on n’avait pas eues, les chemins différents que nous aurions pu tenter d’emprunter… Les mots s’accumulaient, devenaient chacun de plus en plus lourds, et la digue a bien entendu fini par péter, larmes, répit, puis un flot violent qui m’empêchait de penser à quoi que ce soit hormis l’abîme dans lequel son départ m’avait précipité. Quelque chose de pas très constructif, donc. Il fallait couper court.

 

 

J’étais donc assis sur mon banc, hésitant à lire le journal que je m’étais mis sous le nez, pensant que ça pouvait être une diversion, mais elle était trop grossière. J’ai plutôt choisi de faire confiance au soleil comme cicatrisant. Je levai la tête, regardai les gens passer – je les regardais sans les voir, je cherchais en moi l’apaisement – et puis j’ai vu passer cette femme devant moi, et elle, je l’ai regardée. Elle devait avoir dans les quarante ans, un peu moins, un peu plus. Elle portait une ample robe, légère, claire, qui ondulait harmonieusement au rythme de ses pas déterminés. Elle avait un sourire plein de confiance, qui disait « je suis belle » ou peut-être « je suis heureuse »,  « il fait drôlement beau », « je viens de me faire baiser comme une déesse » ou encore « je ne vais pas tarder à me faire baiser comme une déesse »… Elle marchait d’une allure altière, le port droit, la tête regardant droit devant, le torse bombé. J’ai pensé un instant qu’elle avait une allure de cowgirl, je n’aurais pas été étonné d’entendre le tintement de ses éperons scander ses pas. Sa tenue aurait pu avoir le ridicule de l’extravagance, elle était belle.

Je l’ai regardée, et elle aussi m’a regardé. Elle souriait toujours, voyant pourtant mes yeux rougis de larmes – d’autres auraient plus rapidement détourné le regard – ma bouche fermée et mon air de chien battu. Nos regards se quittèrent, puis, un instant plus tard, nous nous fixâmes à nouveau. Et là, son sourire me fut communicatif. Je lui ai souri alors que d’ordinaire, quand une femme me sourit sans que je m’y attende (dans le métro par exemple), je me fige, je détourne le regard, honteux et rougissant d’imaginer que je pourrais avoir l’audace de lui rendre un sourire.

L’histoire s’arrête là. Son pas n’a pas ralenti. Je ne me suis pas précipité sur elle « ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ».

Non, juste, son sourire avait été comme une piqûre de rappel que le bonheur peut exister. Un signal que la vie reprendrait tôt ou tard le dessus.

[39] Film X (soyons racoleur)

X-men 3, l’ultime affrontement est le troisième volet d’une série qui, so far, m’avait plutôt séduite dans le genre risqué de la transposition cinématographique d’un comic.
Pas la peine d’énumérer ici tous les précédents, les réussis, les inégaux, les foireux, « il y a des maisons pour ça » (de Première aux Cahiers du Cinéma, en passant par Positif, Studio et UGC-Magazine) et toi, ami lecteur, tu n’es pas là pour ça, tu es là pour lire ce que moi j’en pense (si un burp ne peut pas être égocentré, alors à quoi bon ?).

medium_JeanX3.jpgLa série des X-men vaut surtout pour le sex appeal redoutable de deux de ses principaux protagonistes : Wolverine (toi et moi c’est quand tu veux mon loup) et Jean Grey (pas besoin d’être grand clerc pour lire mes pensées). Pour ça et également pour quelques scènes d’une beauté graphique époustouflante (la scène d’ouverture de l’épisode 2, avec Diablo s’introduisant à la Maison Blanche, ou encore la séquence d’évasion de Magneto dans ce même épisode 2, pour ne citer que ces deux exemples parmi les plus éloquents).

Je me rends donc pour visionner ce troisième épisode, ayant entendu quelques bonnes critiques, plusieurs moins enthousiastes (ce qui m’inquiétait d’autant plus qu’elles venaient de personnes prétendant avoir aimé les deux premiers), mais l’envie de me faire ma propre opinion n’allait pas s’évanouir pour si peu.

medium_WolverinePose.jpgAlors bon, j’en pense quoi de ce numéro 3 ?
Humm… D’abord que le scénario est un peu moins bien branlé que les précédents.
Que la réapparition de Jean Grey, censée être morte à la fin de l’épisode 2, est un peu tirée par les cheveux rouges. Je n’allais pas particulièrement m’en plaindre, vu ce que je viens d’écrire plus haut. Même si la Famke Janssen a pris un léger coup de vieux, elle reste quand même délicieusement bandante (bien plus que Hal Berry mais ça n’engage que moi). Que Wolverine est lui aussi toujours aussi … roaaaarrrr

Que le manichéisme forces du bien/force du mal est décrit avec la lourdeur pataude des films américains s’adressant à un public abruti (toi bon : blancheur angélique [le petit garçon enfermé, Angel…], toi méchant : tatoué tribal, dans une église mal éclairée, regard torve).

Que la prétendue schizophrénie de Jean soigneusement dissimulée dans les deux premiers épisodes (même pas une allusion, ou j’ai rêvé ?) surgit comme un deus ex machina et que, comme c’est bizarre, quand elle devient méchante, elle devient vilaine, avec ces vilaines veines qui la défigurent. Quand télépathe en colère, télépathe toujours faire ça.

Sinon, le final avec ce je t’aime, je te tue, que voulez-vous, ça m’a tiré quelques larmes, évidemment.

 

En conclusion : à voir si vous avez vraiment aimé les deux premiers épisodes et que votre niveau d’exigence n’est pas au plus haut. Ou éventuellement si vous n’avez pas vus les deux premiers, ça pourrait vous donner envie de les voir. 

 

En exclusivité mondiale pour vous, le logo du prochain
X-Men 4, le définitif dernier extrême final

medium_Fourchette.jpg

… parce que si, comme moi, vous n’êtes pas du genre à vous lever avant la toute dernière note de musique et le tout dernier mot du générique de fin, vous verrez qu’une petite surprise vous attend.

Tu parles, Charles. 

[35] La vie, la vraie (coôôôt ?)

medium_poulet.jpgDéniché dans un prospectus Auchan© cette alléchante publicité pour un poulet végétal qui n’est pas sans m’évoquer une célèbre séquence du film de Claude Zidi L’aile ou la cuisse.


Je précise à l’attention des documentalistes qui passeraient par ici que le prospectus en question date de 2004 et que je le conservais depuis précieusement dans l’attente de la naissance de mon burp, heureux événement survenu le 24 mai dernier.

[34] Connaissance du monde (un rebond)

Je suis tombé vraiment par hasard sur le burpzine de Frantico (à propos d’une histoire d’oiseaux qui gazouillaient, pour tout vous dire), et je me suis rendu compte que son mystérieux auteur (mais sur ce sujet-là, je reviendrai, je n’en dis donc pas plus) s’était préoccupé de questions proches des miennes.

Je vous laisse donc vous-même juger ici et encore .

Un jour où je serai dans de meilleures dispositions, je vous raconterai ma méthode alternative à celle présentée par Frantico, et qui me semble à la fois plus efficace et plus hygiénique – encore que ce dernier point soit probablement sujet à controverse.

[29] Connaissance du monde

Prologue

La première fois que je suis allé en Bretagne, c’était avec mes grands-parents. Ils m’emmenèrent, ma sœur et moi, dans leur Peugeot©, au Village Vacances Famille de Beg Meil.
Vous imaginez un Paris-Beg Meil en Peugeot ©1974, avec des gamins, un pur bonheur que mes grands-parents devaient savourer, pas mécontents d’enfin être à la retraite pour bien profiter de leur petits-enfants.

— C’est bientôt qu’on arrive en Bretagne ?
— Pas encore les enfants, un peu de patience…
— Ça y est, on est en Bretagne ?
— On est encore sur le périphérique, les enfants…
(Quelques heures plus tard…)
— Quand est-ce qu’on arrive en Bretagne ?
— Ben on est en Bretagne déjà !
— Ah bon ? Et pourtant, les publicités sont toujours en français !

Voilà, j’avais 7 ans, et allant à Beg Meil, je pensais que les Bretons parlaient breton.

Propos

Ceci n’est qu’un préambule au sujet que je voulais vraiment évoquer. J’aurais pu titrer cette note « Les voyages forment la jeunesse » ou encore « qu’est-ce qu’on peut croire comme conneries sur l’Étranger » – et je mets une majuscule sur Étranger pas seulement pour souligner mon penchant maniaque pour les majuscules accentuées mais aussi pour signifier que mon Étranger recouvre tant les personnes que les lieux, de manière générale : ce qu’on ne connaît pas, qui est étrange(r).

Toilettes à la TurqueAinsi, lorsqu’à 20 ans, j’allais avec ma chérie d’alors en voyage en Turquie, j’avais un peu mûri, et je devais en principe être mieux armé pour appréhender l’étranger, sans trop d’idées préconçues idiotes. Pour autant, si je n’harcelais pas le conducteur de notre charter en faisant régulièrement demander à l’hôtesse si c’était bientôt qu’on décollait (question pourtant fort à propos vu qu’on est arrivés avec 5 heures de retard, et qu’on s’est retrouvés dans la merde pour trouver un hôtel – mais n’anticipons pas trop !), pour autant, j’étais persuadé que pendant ces trois semaines en Turquie, j’allais devoir me résoudre à déféquer systématiquement sur des toilettes à la turque.

Et bien figurez-vous que je fus doublement surpris. Même doublement agréablement surpris.

D’abord, parce que la plupart des WC sont à l’européenne, voilà, avec lunette et tout le tralala. On peut s’asseoir tranquillement et lire Le Guide du Routard – Turquie pépère, pour apprendre à compter en turc (fastoche), comme en France.
Je ne dis pas qu’on ne tombe pas parfois dans certains lieux sur les fameux WC à la turque, mais ma foi, cela arrive aussi en France et on s’en accommode.

Ma deuxième surprise fut de constater que ces WC différaient toutefois légèrement de ceux que j’avais la coutume d’utiliser dans mon pays natal, en cela qu’ils étaient munis d’un petit tuyau en plastique relié au réservoir et dotés d’un petit robinet. Je me suis d’abord interrogé sur l’usage de ce bitoniau : machin pour la vidange ? système anti-débordement ? avant de comprendre (ou d’apprendre) que les musulmans utilisaient de l’eau pour se laver le cul après avoir déféqué, plutôt que du papier, et que le bitoniau bricolé était donc une petite douchette de fortune prévue à cet effet.
(Pour info, un bon musulman se torche avec la main gauche et n’utilise donc la droite pour manger ou serrer la main. Je n’ai pas d’info sur les tolérances accordées aux manchots. Je recommande également de malgré tout se laver la main gauche après l’opération, ne serait-ce que pour manger des kebabs de la main droite et des frites simultanément de la main gauche. Burp.)

Il y eut donc la phase de découverte.
La phase de compréhension.
Puis vint donc la phase d’expérimentation : voyons donc voir ce que ça donne.

On prend le tuyau, on ouvre son robinet (faut se tortiller un peu pour ne pas foutre de l’eau partout) et puis on vise (à l’aveugle, précisé-je à l’attention des personnes ayant une mauvaise perception tridimensionnelle et des contorsionnistes) le trou du cul. Ouhhh c’est froid !
Bon… comme le jet n’a rien d’un Kärcher©, on est obligé d’y mettre du sien. En clair : se mettre le doigt dans le cul pour nettoyer. La toute première sensation du doigt rencontrant un peu de caca mou n’est pas forcément ragoutante, mais après tout, tant qu’à essayer, autant faire les choses jusqu’au bout, et ne pas tergiverser. Figurez-vous qu’une fois le gros de la merde enlevé (NB : les choses se passent probablement différemment selon qu’on fait plutôt caca mou – vous mangez trop gras – ou caca dur – vous ne mangez pas assez de fibre), l’anus étant une zone érogène, la pratique n’est pas désagréable – au contraire. Et puis reconnaissons également que quand on se lave sérieusement, le cul est bien propre, et le risque de marques jaunâtres au fond du slip est réduit à quasi nul, sauf si la nourriture turque vous file la tourista, mais c’est une autre histoire.

Le papier toilettes, fourni, ne sert plus qu’à se sécher les fesses, plus la peine d’en utiliser des tonnes, c’est écologique.

L’essayer, c’était donc l’adopter, et jusqu’à la fin de mon voyage en Turquie, je profitais donc pleinement des toilettes turques (les vraies), avec la satisfaction très bobo d’avoir, en touriste évolué, su adopter une coutume locale.

De retour en France, il m’arrive fréquemment de ne pas avoir à ma disposition cette petite douchette. Ayant eu l’occasion d’acheter pour mon chez-moi un nouveau chiotte, j’ai cherché à trouver un modèle similaire. Et bien si on recherche via Google des WC avec douchette, on ne tombe que sur des bolides japonais truffés de technologies qui soufflent de l’air frais, diffusent un programme radio, et calculent votre espérance de vie par IRM de votre étron.

Vous comprendrez dans ces conditions que je sois un farouche partisan de l’entrée de la Turquie dans la Communauté Européenne.

Épilogue – I

rouleau de papier toilettesMa connaissance sur l’art subtil de l’after-défécation a fait un progrès inattendu en lisant le résultat d’un étrange sondage dans un magazine, concernant la façon dont chacun avait l’usage de se torcher le cul. Une large majorité des sondés procèdent en allant de bas en haut (c’est d’ailleurs la méthode fortement recommandée pour toutes les femmes, afin d’éviter d’approcher de vilains germes de leur proche muqueuse vaginale, NDLR), puis se répartissaient – je n’ai plus les chiffres en tête – ceux qui procédaient dans les deux sens et ceux qui allaient de haut en bas.
Moi, à cet époque, je faisais justement partie de cette dernière catégorie, et un océan de possibilités s’est ouvert devant moi en un instant. Depuis, j’appartiens à la deuxième catégorie. Je me torche bi(-directionnel).

Épilogue – II

Sur mon lieu de travail, il y a quelques mois, se sont mises à apparaître dans les toilettes collectives de l’étage des bouteilles d’eau vides. Enfin, une bouteille d’eau vide. Je me suis d’abord dit « Tiens, la femme de ménage a laissé par inadvertance une bouteille de produit d’entretien » (mais c’était j’en conviens une hypothèse absurde) puis « Ça doit être quelqu’un qui était venu remplir sa bouteille au robinet qui l’aura oubliée » et puis un jour, la bouteille ne fut plus vide et ce n’est qu’alors que j’ai compris (je suis un peu dur de la comprenette, ami lecteur, toi tu auras sûrement déjà deviné de quoi il était question vu que mon billet ne parle que de ça) qu’il devait y avoir parmi nous un bon musulman qui tenait à se laver les fesses comme il est de coutume, et que faute de bitoniau, une bouteille faisait l’affaire.

Décidément, moi habituellement si imaginatif, il fallait vraiment qu’on me mette le nez dedans pour que je progresse dans ce domaine. J’ai donc à nouveau adopté l’usage de la bouteille d’eau, même si ce n’est qu’occasionnellement. Parce que je n’y pense souvent que trop tard. Si la bouteille est moins pratique que le petit tuyau, elle a l’avantage de pouvoir être préalablement remplie d’eau tiède, ce qui rend le contact sur les fesses assez plaisant.

J’ai notamment pris l’habitude de procéder ainsi tous les jours où je vais rejoindre mon amante, afin que mon cul soit propre si l’envie lui vient de vouloir l’embrasser. Et l’envie lui prend plutôt souvent. Et je m’en réjouis à chaque fois ostensiblement.