Pour prendre ce soir mon train de V*** à M***, je suis accueilli à l’entrée du passage conduisant à ma voie par deux épais (mais courts sur pattes) mastards étiquetés « SÉCURITÉ SNCF », lesquels invitaient les aspirants-voyageurs à présenter leur billet. Je ne sais pas ce qui justifiait cette inhabituelle mesure de sécurité (présence d’un VIP – genre candidat à la présidentielle en campagne –, recrudescence de colis suspects dans la paisible gare de V***, tentative de résorption du chômage dans le département, grève des contrôleurs à bord…), toujours est-il que je n’avais aucun billet imprimé à leur présenter, étant un usager heureux du billet électronique, qui n’est même plus une feuille de papier imprimée (à mes frais) sur mon imprimante, non non, qui est juste le code barre 2D de ma carte Grand Voyageur (je fais 1m80, faut dire). Trop moderne.
Je dis donc à mon interlocuteur, en lui tendant ma carte avec le justificatif Fréquence Plus1 :
— Je ne vois pas trop ce que vous allez pouvoir vérifier, j’ai un billet électronique.
Si son visage n’avait été de marbre, j’aurais pu voir un sourcil se relever mais un je-ne-sais-quoi dans son attitude me laissait penser – vraisemblablement à tort – qu’il était confronté à ce cas pour la première fois de sa carrière.
Il prit donc ma carte, la retourna, fit semblant d’inspecter un instant les documents qui l’accompagnaient pour se donner une contenance et essayer de me donner l’illusion d’un contrôle, puis me rendit le tout.
Je le sentis fort désappointé, tandis qu’un subtil sentiment de sécurité m’étreignait sur le quai de la gare où devaient marauder à mes côtés quantité de cadres dynamiques, VIP et autres Grands Voyageurs (je vous ai dit que je faisais 1m80 déjà ?) en goguette.
- Pour plus d’information sur tous ces machins, voyage-sncf.com, une bonne source d’économie pour les Bretonnes qui viennent régulièrement se faire maltraiter le fessier à Paris, par exemple.↩