[1480] Brève d’été (2) – Petit théâtre

Dans notre chambre estivale, les nuits n’apportent pas tout à fait la fraîcheur attendue après une journée de chaleur. Faible amplitude de température. Comme nous n’avons pas de climatiseur, le ventilateur est indispensable.
C’est notre premier été dans cette maison, nous en prenons la mesure au fil des jours paisibles que nous y passons, toi et moi, sans enfants et – ces premières semaines – sans amis.

Nous avons rapidement dû faire l’acquisition de ventilateur, donc, puisque cette maison en était dépourvue. J’achète pour notre chambre un ventilateur muy moderno, un de ces ventilateurs sans pales qui souffle l’air depuis une structure ovale ajourée. Laquelle est également agrémentée de LED qui diffuse une lumière dont la couleur peut être changée (une sorte de blanc légèrement bleuté, et un vert, un bleu et un violet, tous dégueulasses). On s’en tient au blanchâtre. Un gadget que j’ai d’abord considéré absolument inutile, puis, après réflexion (et surtout usage), je me suis rendu compte que cette lumière pouvait être utile pour servir de veilleuse et éclairer doucement la pièce quand nous n’avons pas besoin d’une lumière plus vive pour lire, par exemple.

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Ce soir, tu es d’humeur pour faire l’amour, alors je me réjouis car j’attends cela depuis quelques jours déjà. Ce n’est pas une nouveauté, en la matière ton appétit d’oiseau ne peut pas toujours répondre à mon humeur vorace. Mais j’accueille chaque opportunité avec une joie simple qui ne s’écorne pas avec les années qui passent. Aucune lassitude ne me guette.

Je ne me souviens plus de ce qui a précédé ni de ce qui a suivi, mais je me souviens de ce moment-ci. Tu t’es mise à quatre pattes sur le lit pour que je te prenne en levrette. Je me suis levé, je t’ai demandé de te rapprocher du bord du matelas pour pouvoir t’embrocher confortablement, moi debout, mains rivées sur les hanches, donnant la cadence – ferme.
C’est alors, sans aucune préméditation, que je remarque nos ombres. Au pied du lit, le ventilateur projette sur le mur d’en face nos corps emboîtés en ombres chinoises. Le spectacle n’a pas la crudité délicieuse du miroir (il y en a un, d’ailleurs, posé au sol contre un mur qui me servira un autre jour à observer ta bouche gobant ce sexe rattaché à un tronc qui pourrait, dans mon petit théâtre intérieur, appartenir à une autre personne, ou venir d’un autre temps, réminiscence ou prophétie). L’ombre est légèrement floue, d’ailleurs, puisque la source de lumière n’est pas un point concentré. Mais comme avec le miroir, ce théâtre des ombres est une opportunité pour mon imaginarium de nous fantasmer quatre, d’offrir un nouvel angle de vue sur notre coït, de le rendre encore plus obscène, de le magnifier (comme l’anglais traduit loupe en magnifying glass).


[1479] Wesh la musique t’es bonne !

Deuxième orgie électro organisée par Comme une image le dimanche 14 août 2022

Après la jolie fête de juillet 2020 (deux ans, déjà ! Tempus fugit…), j’ai l’agréable possibilité de remettre ça au plein milieu du mois d’août parisien.

J’envoie à ami·e·s des invitations comme des bouteilles à la mer vers des navigateurs possiblement en croisière à l’autre bout de la terre ou du département. Je t’ai oublié·e ? Fais-moi signe, nous verrons s’il reste encore un peu de place pour toi 😘

[1478] Brève d’été (1) – Sexe photovoltaïque

Je m’étonne de la vitesse à laquelle je me suis habitué à la sensation de nager nu. Jusqu’à présent, les occasions étaient plutôt rares et me procuraient une sensation d’intense liberté ; et plus précisément une sensation difficile à décrire de l’eau circulant autour de mon sexe sans la protection d’un maillot.
Que je plonge, que je fasse des longueurs, sur le dos comme sur le ventre, que je gigote pour grimper sur une bouée, rien de cela ne me procure de sensation remarquable (sinon le plaisir de jouer dans l’eau).
Il n’y a que quand je m’amuse à passer une ou deux « frites » (ces merveilleux trucs en mousse de plastique aux couleurs si délicates) entre les jambes que j’éprouve quelques stimuli érogènes, mais c’est principalement dû à la pression alors exercée sur mon périnée. Soit.

C’est en m’allongeant sur mon transat – toujours nu – pour exposer mon corps aux rayons vifs du soleil d’été (je profite d’une météo parfaite, le thermomètre rivé en journée autour de 30° C sans les excès caniculaires dont pâtit en ce moment la France et une partie de l’Europe) que m’est venue cette sensation délicieuse du soleil qui se concentrait sur mon sexe, comme si toute l’énergie que je recevais allait s’y accumuler.

D’eau et de feu.

[1477] De ce côté du miroir

Il n’y avait pas de miroir judicieusement placé dans cette chambre d’hôtel. Bien en face du lit, on pouvait tout juste espérer voir transparaître nos silhouettes floues se former sur l’écran noir du téléviseur. Pour trouver un grand miroir, il fallait aller dans le couloir de l’entrée, là où l’armoire, celle qui recelait deux peignoirs en nid d’abeille écrus, nous reflétait en pied. Nous n’y étions pas. En tout cas, pas pour nous regarder.
Ou alors il aurait fallu deviner que la table de cette coiffeuse, sous l’écran de télé, dissimulait justement un petit miroir relevable dans le tiroir qui contenait le sèche-cheveux. Mais qu’aurait-il fait apparaître de plus qu’une main, une hanche, un sexe en transit ?
Nous n’avions pas de miroir, rien que l’image directe qui se formait sur nos rétines, dans cette chambre dont nous n’avions pas trop réduit la clarté, afin de profiter de tous nos sens l’un de l’autre (même s’il est vrai que tu fus quelque temps privée de la vue – par mes soins).
Les deux scènes que je vais évoquer ici ont donc été enregistrées par mon cerveau comme dans un jeu vidéo en first personal shooter ; je n’avais pas d’arme ni intention de donner la mort, sinon la petite. La vie, quoi.

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Symétrie

C’est moi qui suis allongé sur le lit, sur le dos, légèrement décentré sur la droite. J’ai calé sous ma nuque un des oreillers moelleux de notre couche – peut-être même deux –, parce que je ne veux pas perdre une miette de ce que voient, à ce moment-là, mes mirettes grandes ouvertes. Toi, tu te tiens à quatre pattes au-dessus de moi. Je ne te touche pas, ou alors pas tout de suite. Tu t’es placée de telle sorte que mon sexe soit à la hauteur de ta bouche et tu n’en fais pas grand secret : tu vas me sucer. Tu te saisis de mon sexe encore mou et tu le places dans ta bouche. Il n’est pas tout à fait au repos. Il a l’épaisseur du sexe qui bandait il y a peu, mais sans aucune rigidité. Il s’était déconcentré, en somme, et tu réclames maintenant toute son attention. Tu ne le tiens pas entre tes doigts. Il n’y a que ta bouche qui le retient et ne le lâche pas. Tes lèvres enserrent ma verge et en faisant varier l’appui de tes bras, tu remontes la tête jusqu’à ne tenir plus que le gland, toujours calotté, dans cet écrin vermillon, puis tu redescends la tête jusqu’à ce que tu puisses embrasser mon pubis. Mon sexe, encore tendre, entre tout entier dans ta bouche, mais à chacun de tes petits coups de langue, tu sens mon cœur battre entre tes dents ; à chacun de ses battements, une giclée de sang vient envahir un peu plus le boudoir capiteux qui accueille ma queue.
Ma main vient parfois caresser ton sein, envelopper ta nuque et fondre mes doigts à la naissance de tes cheveux ; ainsi elle fait corps avec toi et participe aux oscillations qui gonflent mon sexe et le gonflent plus encore. Mais elle préfère rester posée sur le lit, le long de mon corps, comme sa sœur impassible, de telle sorte que je contemple ce spectacle hypnotique et merveilleusement symétrique dont mon sexe, qui éclot dans ta bouche, est l’axe.

Deux amants dans la jungle - dessin d'Alphachanneling

Rigueur

À deux reprises, la scène ci-dessus s’est produite, à quelques variations près. Mais lors de la deuxième, enivré du plaisir et de la rigueur de fer que tu viens de me donner, je suis pris de l’envie incoercible de t’empaler.
Je m’échappe donc de cette douce prison dont les barreaux sont tes membres, je t’invite surtout à rester à quatre pattes sur ce lit, mais à t’en rapprocher du bord où je me positionne donc, à bonne hauteur. J’empoigne tes hanches avec fermeté pour approcher tes fesses veloutées de mon pubis. Ma main s’assure que ta chatte gorgée de mouille n’aura pas besoin d’un complément de lubrifiant puis guide la tête rougissante et encore luisante de salive de ma bite à l’entrée de ta chatte et, sans plus attendre, d’un geste sec du phallocentrisme le plus désinhibé, je tire ta croupe contre moi pour planter mon dard dans tes chairs.
Pardonne-moi pour ces mots crus, mais ce que je fais à ce moment-là est assez trivial : je te tringle, je te baise, je te pilonne, je te bourre, je te culbute, je… (j’en ai encore l’écume aux lèvres…)
Mes mains s’agrippent à toi de différentes façons avec le même but recherché à chaque fois : donner le maximum d’impact au prochain coup de boutoir.
Un observateur bien placé (mais nous n’étions bien que tous les deux) aurait pu, en se plaçant judicieusement à l’aplomb de ton pubis, voir, métronome, mon sexe entrer et sortir du tien avec la même régularité et le même graphisme hypnotique que ce que mon propre regard captait il y a quelques minutes au niveau de ta bouche.
Mes mains, disais-je : tantôt les voilà qui s’accrochent fermement sur tes hanches, comme lors du premier assaut. Puis, plus tard, c’en est une qui vient se cramponner à ton épaule, pour ramener tout ton corps à moi quand, d’un mouvement synchrone du bassin, j’enfourne au plus profond mon sexe qui n’en peut plus d’être conquérant (comme s’il espérait que par quelque magie, une nouvelle percussion nous fasse fusionner puis exploser ensemble, plongeant dans l’embarras l’armée de physiciens atomistes chargés alors d’enquêter sur ce cas inédit de fission fusionnelle). Tu râles, tu cries même quand ces mêmes mains harponnent tes cheveux et considèrent que cette nouvelle poignée flexible vaut bien la prise rigide de ton bassin.
Puis-je te dire qu’au-delà de ce plaisir que j’avais à te posséder, je me repaissais du spectacle de ton corps nu, de la racine de tes cheveux jusqu’à tes orteils que j’avais suçotés un peu plus tôt, en passant par la ligne de tes épaules, la courbe de ton échine et la raie de tes fesses où, ce soir, je ne me suis pas enfoncé.

Mister Hyde dans son cœur
Prenait des notes pour le docteur…

Illustration : AlphachannelingFellow Pounced On By Wild Jungle Cat

[1476] Pornographie(s)

Avant-propos

Twitter me donne, de temps à autre, l’opportunité de relire quelques-uns de mes anciens textes. Par le truchement d’une petite extension que j’ai installée et qui tweete en mon nom un peu de pub pour une des notes publiques tirée au hasard du corpus. Je ne les lis pas systématiquement, plutôt quand ils font l’objet d’une réaction (le plus souvent : un simple « like ❤ », le temps où les gens avaient envie d’être diserts et d’échanger – le temps des commentaires à foison, quoi – semble, hélas, révolu) qui provoque une notification.

Et quand je relis ces textes, souvent anciens (pour des raisons purement probabilistes : plus je remonte dans le temps, plus j’étais prolixe ici), je replonge dans certains délices que la vie, généreuse, a su m’offrir. Récemment, je replongeais en 2006 dans l’évocation d’une soirée vraiment extraordinaire avec L*** (Too drunk to fuck). Un peu avant, la capsule spatiotemporelle me catapultait en plein confinement (BIT AND FUCK), j’ai eu envie d’en relater ici quelques-uns des détails pour qu’ils ne se noient pas dans l’océan de mes souvenirs (j’entendais récemment à la radio un neurologue expliquer qu’oublier était une des activités permanentes du cerveau : une évidence, mais qu’il fallait formuler – heureusement, je m’en souviens de celle-là). De faire ici mon travail de πορνο-γράφος (puisque γράφειν ne signifie pas seulement dessiner en grec, mais aussi écrire).

Mise en bouche

Un de mes amis parmi les plus chers m’avait, il y a plusieurs semaines de cela, confié la délicate mission de lui organiser une longue après-midi de débauche. Fâcheusement dévoré par son travail, le pauvre n’avait plus l’énergie ni le temps d’organiser quoi que ce soit. Il n’en restait pas moins homme de chair, animé de pulsions de vie : Έρως not dead! Je m’attelais donc à cette noble tâche, en tentant de dépoussiérer un carnet d’adresse vidé par deux années de pandémie et quatre années de favoritisme pour la merveilleuse Pascualina. Une première date est convenue, mais hélas annulée à cause d’un contretemps de mon cher commanditaire. Deuxième date, deuxième déconvenue (de mon fait, cette fois). Puis une troisième date avec, enfin, les astres qui semblent s’aligner. J’arrive à esquisser une possibilité pouvant, avec beaucoup de réussite, atteindre jusqu’à sept participant·e·s. En cette période où le tourisme a repris ses droits – et les chambres d’hôtels leurs prix exorbitants –, je dégotte même, juste avant l’échéance, un petit appartement parisien déjà empli de vibrations luxurieuses sous-loué à prix d’amie.

Au même moment, je m’enquiers auprès de mon cher ami pour m’assurer qu’il sera d’attaque pour les réjouissances.

Hélas ! Il m’annonce avoir un problème médical qui rend sa présence incertaine devra le matin-même du jour J se faire examiner aux urgences et espérer en sortir suffisamment en forme pour envisager un peu de gaudriole… Pour être honnête, quand il me dit ça, j’ai beau lancer des messages chargés d’optimisme, je suis presque convaincu que nous devrons nous passer de sa présence cette fois encore. Mais la location est engagée, ma RTT posée, Pascualina au taquet, Polymnie qui semble bien disposée à nous rejoindre quel que soit le sort de notre ami commun et moi bien décidé aussi à carper le diem. Que la fête advienne, qu’on soit deux, trois, quatre, cinq, six ou sept.

Coincé par une réunion incontournable, je suis contraint d’écorner un chouïa ma demie RTT mais cela n’entame nullement mon moral. Nos jeux qui auraient pu démarrer à quinze heures sont repoussés à seize heures puis dix-sept heures, quand Pascualina et moi posons enfin nos lourdes affaires (j’ai pris pas mal de matos) dans l’appartement de notre hôtesse qui décline mon optimiste proposition de se joindre à nous. Nous souillerons donc les draps loin de son œil inquiet !

Le temps de déballer quelques affaires, de prendre un premier verre et d’envoyer un message aux autres participants putatifs, je me retrouve étrangement tout nu avec ma queue enfoncée dans la bouche de mon amante. Sapristi !

C’est là que Pascualina a l’idée de repérer sa « zone de confort ». Et moi l’idée non moins incongrue d’immortaliser cette mesure.

Où le titre de cette note commence à prendre une autre dimension (sic).

En grignotant de temps à autre quelques noix de cajou (il fait faim), en buvant quelques verres d’eau (il fait chaud) ou de vin (il faut vraiment un prétexte ?), nous finissons l’après-midi en nous repaissant de sexe – du bon sexe qui nous avait manqué à tous les deux depuis un moment.

À 18 h 58, après un bel orgasme de ma belle et déjà plusieurs excès de ma part, dont un premier enculage de mon amante, je tire une dernière cartouche pour tenter d’attirer mon ami convalescent dans nos bras de miel : « Le cul de mademoiselle Pascualina est ouvert pour recevoir votre queue, Monsieur ! » mais je n’obtiens en retour, une vingtaine de minutes plus tard, qu’un déchirant soupir de frustration. La cause est définitivement perdue.

J’informe Polymnie de cette défection qui, ajoutée à celle de mon couple d’ami·e·s trop fatigué·e·s pour nous rejoindre, scelle donc la distribution de la soirée : nous ne serons donc « que » trois : elle, Pascualina et moi. J’ai abandonné la crainte que Polymnie ne se désiste en l’absence de notre ami commun ; elle semblait suffisamment motivée dans ces messages.
Te ferais-je croire, ami·e lecteur·rice, que je me suis désolé de cette partouze peau-de-chagrin qui put être septuor (surtout dans mes rêves) et, sans prompt renfort, se réduit en trio en arrivant au porc (gruik !) ?
Je n’aurai pas cette audace ; je me réjouissais, finalement, de la distribution qui, en plus de rassembler un nombre premier de participants contrairement au quatuor initialement supposé, avait un délicieux goût de reviens-y puisque Polymnie, Pascualina et moi nous étions déjà retrouvés à trois chez elle il y a trois ans, après une soirée qui nous avait mis en appétit – mais pas rassasié·e·s –, que ç’avait été délicieux, et que je trépignais de me retrouver enfin pour un trio avec Pascualina et une autre femme depuis celui, si incroyable, que nous avions vécu avec Daphné il y a plus d’un an : bien trop longtemps !

En attendant, avec Pascualina, nous (ne) sommes (que) deux (un nombre premier, je vous ferai remarquer), nous avons ouvert :

  • une bouteille de Côtes du Rhône,
  • un paquet de noix de cajou,
  • les hostilités,
  • nos culs respectifs,
  • notre appétit,
  • la porte à Polymnie qui finit par arriver peu avant 20 heures (je me suis habillé en vitesse pour aller lui ouvrir la porte d’entrée).

Le pied sur lequel danser

Tandis que Polymnie prépare la petite collation qui nous suffira amplement pour dîner (notre appétit étant concentré sur d’autres plaisirs de bouche), nous discutons paisiblement, elle habillée, et nous pratiquement nus. Je devine que Polymnie porte des dessous affriolants : je ne l’ai jamais vu venir à une soirée sans en porter. En outre, sous sa jupe crayon rouge se profilent deux jambes gainées de nylon : bien peu probable que ce soit, en cette saison, des collants. Ma main indiscrète palpe rapidement le relief d’une jarretelle qui confirme mon intuition.
Un long zip plus tard, la jupe vole à travers la pièce, rapidement suivie par sa chemise, dévoilent un bustier et un porte-jarretelle – et probablement une culotte dont je n’ai aucun souvenir : elle a dû être exfiltrée rapidement pour que ses seins ne soient pas les seuls à profiter de nos baisers gourmands.

Dans le salon, pendant que je montre à Polymnie le contenu du lourd sac à malice que nous avons amené aujourd’hui et qui ne peine pas à recouvrir les deux petites tables basses du salon, je me demande toujours sur quel pied danser avec elle. À ce jour, avec elle, je ne me suis jamais totalement laissé aller. Lors de notre toute première rencontre, dans une loge de l’Opéra, elle m’avait ébloui de sa présence et – déjà – de sa sublime parure de lingerie, elle m’avait aussi impressionné par la vitesse avec laquelle mon plaisir était venu entre ses lèvres (oui, les six), moi qui suis d’habitude un homme plein de retenue.

Plus tôt dans la journée, j’avais essayé de la sonder pour savoir ce dont elle avait envie ou, a contrario, les pratiques à éviter : elle m’avait répondu en citant quatre pratiques BDSM assez extrêmes (en tout cas à mes yeux et dont une seule fait l’objet, avec Pascualina, de quelques timides expérimentations), cela laissait le champ à pas mal de chose.

Une fois en sa présence, n’ayant entendu de sa bouche, que j’imaginais donc bien plus innocente qu’elle ne l’était, aucun cri d’effroi, j’essayais d’en savoir plus en posant quelques questions, par exemple si, avec ce beau martinet, elle se voyait plutôt du côté du manche ou des lanières lourdes et bicolores.

Toutefois, il y eut deux moments particulièrement décisifs qui m’ôtèrent toute réticence – et cette fois de manière définitive.
Le premier suivit l’échange amusé que nous avions eu tous les trois à propos de la « zone de confort » de Pascualina. Polymnie suçait à son tour ma queue et je lui demandai :

— Est-ce que je peux forcer ta gorge ?

Le oui qu’elle répondit à voix douce était accompagné d’un regard presque implorant. Que n’avais-je demandé plus tôt.

Le second vous sera conté un peu plus loin dans ce récit.

Plus profond j’irai

Il y a des choses qu’on n’a pas besoin de me dire deux fois. Mes deux mains bloquent la tête de Polymnie agenouillée et je force donc sa gorge, électrisé à chaque fois que mon gland gonflé franchit le seuil de sa glotte, ne retirant ma queue qu’à l’approche du haut-le-cœur, me délectant de la vision des filets de bave qui unissent fragilement mon sexe à sa bouche. Je lui laisse un instant reprendre son souffle et je recommence à l’identique. Puis je reprends le même petit jeu, mais cette fois c’est la bouche de Pascualina que je baise.

Voilà ce que tu as raté, Camarade, en restant chez toi !

Puisque mes deux partenaires ont choisi de concert le rôle de femelle soumise, c’est donc à moi de prendre celui de mâle dominant et donc d’orienter les jeux à ma guise.

Pascualina a gardé aux poignets et aux chevilles les menottes que je lui ai fixées tout à l’heure, avec le collier en cuir assorti, lorsque je lui avais fouetté le cul, histoire de tester la commodité du petit meuble qui s’ennuyait dans un coin du salon.

Pascualina agenouillée, le ventre sur le petit meuble d'appoint, enchaînée par une chaîne métallique reliant ses poignets en passant par son cou. Moi, je fouette avec mon martinet ses fesses déjà rougissantes.
Notre hôte était étonnée que j’aie trouvé une utilité à ce meuble et m’a demandé comment je m’y étais pris. J’ai donc dessiné à son attention ce petit croquis (en me plaignant au passage que son appartement ne comportât pas de point d’attache où fixer mes chaînes).

Je prends alors mon deuxième jeu de contraintes pour les attacher aux poignets et aux chevilles de Polymnie, attentive au bon serrage de l’ensemble. Puis je propose un assemblage qui me semble approximativement confortable, espérant qu’elles puissent, ainsi attachées, subir aussi longtemps que possible, mes châtiments espérés.
Polymnie est derrière Pascualina, ventre contre son dos, j’arrime ensemble les deux chevilles gauches, puis les droites. Tout en maintenant l’ensemble en fragile équilibre, je fixe ensuite les poignets à l’avenant, avant d’agenouiller à nouveau Pascualina, et dans le même mouvement sa compagne de douleur. Ça coince, ça grogne, j’en fais peu de cas et me débrouille pour dégager les quatre globes fessiers de ma composition, pour les honorer aussi égalitairement que possible, de la morsure de mon martinet (celui aux lanières lourdes et bicolores, t’en souviens-tu ?). De mon paddle. De ma main. De mon chat à neuf queues. De mon fouet, en y allant mollo avec ce dernier, parce que ce n’est pas la même limonade.

Ça coince, ça grogne.

Je manipule mes deux victimes avec la délicatesse d’un désosseur des Halles, mais pour la bonne cause : qu’elles puissent supporter plus longtemps leur inconfort. Les voici désormais de flanc et les sifflements du cuir reprennent.
Est-ce à ce moment, que m’approchant à l’oreille de Polymnie, tout en frottant son cul endolori, pour lui glisser quelques mots de plaisir, qu’elle prononça ces mots qui eurent l’effet d’une décharge sur mes neurones et me libérèrent d’une inutile gangue de prudence envers elle ?

— C’est bon d’être votre jouet à tous les deux ! 🔥

Jouons donc, sans retenue.

Ça coince, ça grogne, il fait chaud et, comme sur l’autorut, une pause s’impose. C’est le bon moment pour déboucher le champagne et rafraîchir nos gosiers.

Unité de temps, de lieu et d’action

Puisque j’aurais tort de réprimer mes envies et que j’ai des envies, puisque j’ai deux amantes toutes disposées laisser libre cours à mes envies et à en jouir, eh bien mettons donc en scènes lesdites envies. Depuis le salon, j’embarque les accessoires dont je vais avoir besoin et nous changeons de terrain de jeu pour rejoindre la chambre. Sur le lit, nous prenons pitié de Polymnie qui est encore bien couverte malgré la chaleur de nos ébats, alors que nous sommes nus (ou tout comme) : je lui ôte délicatement ses bas tandis que Pascualina la débarrasse de son bustier et de son porte-jarretelles.

Voici les ingrédients dont je dispose : quelques préservatifs, deux flacons de lubrifiant (dont le bien aimé Pjur backdoor – oui, c’est un indice de ce qui se profile), un harnais de cuir, deux godes, un grand lit, deux filles, un garçon. Je décide de tout, sauf du choix du gode : sera-ce le Share ou le Bouncer (tous les deux produits par Fun Factory) ? C’est Pascualina qui choisira le Share car c’est elle que j’ai désignée pour enfiler le harnais.

Acte I – le cul de Pascualina

Pascualina, dûment harnachée, se place au bord du lit, côté arrière. Devant elle, notre jouet, à quatre pattes, lui tend son cul et se fait prendre en levrette.
Ça glisse, ça grogne.
Ça gémit.
Je vérifie que tout coulisse bien, n’hésitant pas à envoyer une petite giclée de lubrifiant pour éviter toute surchauffe inutile. J’embrasse, palpe, mordille les deux corps en fusion, puis je me place, agenouillé, sur le lit, le sexe à la hauteur du visage de Polymnie qui ne se fait pas prier pour l’enfoncer dans sa bouche. Je profite des coups de butoir de Pascualina pour rythmer le va-et-vient de ma queue dans son fourreau. Que je force, à nouveau, à plusieurs reprises, jusqu’à ce que mon sexe soit vraiment bien dur, roide de plaisir, et plus roide encore à l’idée de ce qui va immédiatement suivre.
Je verse une noix de gel dans la paume de ma main et m’en enduis onctueusement la verge. Je verse une seconde noix de gel qui va, elle, se faire engloutir par l’œillet de Pascualina, débarrassé de son plug. Je suis contraint, un instant, de faire cesser les coups de rein de ma belle salope pour viser et m’introduire au fond de son cul qui n’offre aucune résistance. Ainsi inséré, je peux sentir l’extrémité du Share enfoncée dans son vagin. Ce sont désormais mes coups de bite qui donnent la cadence, mes mains arrimées à Pascualina, elle-même tenant solidement les reins de Polymnie.

Ça glisse, ça grogne, ça gémit, ça souffle.

Acte II – le cul de Polymnie

Après un petit tour à la salle d’eau, je réorganise mon petit théâtre lubrique. Toujours ceinte du harnais, Pascualina s’allonge et Polymnie vient, en amazone, s’empaler sur son sexe priapique de silicone noir. Debout sur le lit, je fléchis légèrement les genoux pour, à nouveau, servir mon sexe insatiable aux lèvres régénératrices de Polymnie. Sa gorge et mon gland se connaissent depuis si peu de temps et ont encore tant à se dire (un dialogue essentiellement à base d’onomatopées).
Bientôt, ma queue enfile sa tenue de rigueur (un préservatif, généreusement enduit de gel) et part, cette fois, à l’exploration des fesses de Polymnie que j’encule, je crois, pour la toute première fois. Après l’avoir, bien évidemment, libérée du petit plug que j’avais préalablement inséré (sans doute peu après qu’elle m’a dit aimer être notre jouet).

Ça glisse, ça grogne, ça gémit, ça souffle, ça jouit.

Acte III – et mon cul ?

Nous sommes de retour au salon. Mes deux bienfaitrices, enchevêtrées sur le canapé, se font du bien tandis que moi, accroupi devant elle, profitant du spectacle, je demande :

— Et moi, qui m’encule ?

Ma supplique n’entraînant aucun mouvement perceptible, au-delà du haussement de sourcil, je m’empare de mon bien-aimé Bouncer que j’orne d’une capote et que j’oins avant de l’enfoncer sans plus de manière entre mes fesses.
Ça glisse, je grogne, je gémis, je souffle, je râle, je jouis…

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Épilogue

D’autres moments, dignes de récits eux aussi, ont parcouru cette soirée et mériteraient quelques mots. Comme celui où j’ai montré à Polymnie cet engin de torture que j’avais amené et qu’elle a bravement enduré, lui laissant une étrange marque au visage heureusement vite effacée.
Ou encore…

Mais si je veux redonner à ce burp (qui a fêté silencieusement ses 16 ans le mois dernier) un peu de rythme, je dois renoncer aux articles fleuves qui mettent plusieurs jours, semaines, mois à sortir (j’ai actuellement vingt-sept textes à l’état de brouillon, dont une partie ne verra vraisemblablement jamais le jour : c’est moche).

Je vous laisse donc dessiner vous-mêmes les pièces manquantes de mon tableau licencieux, en vous offrant une dernière petite image – contractuelle – ravissant le fétichiste que je suis.

Façon puzzle, le pied de Pascualina et le pied, couvert de nylon, de Polymnie, réunis par le bracelet de cheville que chacune porte.

(Je vous rassure : Pascualina a été vivement punie pour avoir abimé de la sorte le bas de sa compagne de geôle.)

[1475] Deuxième carte postale d’Utopia

Deux pieds dans le sable, caressés par la mer. On distingue un bracelet qui ceint la cheville gauche.

Il est 18 heures et je décide avec gourmandise d’embrasser les derniers rayons du soleil qui dément en cette fin de journée les prévisions de météo médiocre. Je claque de façon légèrement trop démonstrative le clapet de mon ordinateur portable, mettant ainsi fin à ma journée de travail, je glisse à la hâte ma serviette, mon maillot et les papiers de la voiture dans mon sac à dos et je roule, une dizaine de minutes, en direction de cette belle plage découverte quelques jours plus tôt, pas tout à fait isolée, mais plutôt tranquille et sans immeuble de front de mer pour défigurer les lieux.

La plage est presque déserte, je m’y place au Nord pour que l’ombre dévorante de cette fin de journée ne croque pas trop vite les centimètres carrés de peau que j’espère faire réchauffer par la caresse du soleil. Je me mets rapidement en maillot pour prendre un bain et espérer sécher. La Méditerranée est encore fraîche en ce début mai, mais l’entrée dans l’eau et plus rapide à chaque bain – et c’est mon troisième.
Je fais mes quelques longueurs de brasse et je retourne à ma serviette. C’est pendant que je me sèche que je te vois arriver. Tu as une tenue de randonneuse avec une petite touche de « citoyenne du monde ». Tu te poses à quelques mètres de moi, mais suffisamment loin pour que je ne puisse pas prendre ça comme une proposition directe. Et puis tu sors ton portable et tu te mets à vérifier je-ne-sais-quoi dessus. Alors j’imagine que tu as la même application de rencontre que celle qui meurt d’inanition sur mon téléphone.

Je finis dare-dare de me sécher, je m’allonge sur ma serviette, sur le flanc, penché vers toi, et je me saisis à mon tour de mon téléphone. Je lance cette fichue application. Imaginons que le réseau capte. Je vois ton profil qui apparaît « à moins d’un kilomètre ». Toi et moi avons des photos sur nos profils respectifs qui permettent de dissimuler notre identité, mais qui laissent suffisamment d’indices pour que, face à l’individu en chair et en os, on puisse le reconnaître. Je m’empresse de cliquer sur ❤ et quelques secondes plus tard, je suis notifié : « it’s a match ». Pas la peine d’en dire plus. Je me tourne plus directement vers toi, je me lance dans un « Hello ! » international, parce que ta fiche est écrite dans une langue que je reconnais mais dont je ne parle pas un mot et je doute que tu parles la mienne.

La suite en quelques images : nos langues incompatibles qui trouvent un terrain d’entente, l’odeur sucrée-salée de ton sexe à la toison brune, le soupir que tu as lâché quand mon sexe impatient s’est enfoncé, doucement mais sans demi-mesure, au fond de ta chatte, mes spasmes de plaisir quand tes lèvres ont englouti une dernière fois – mais ce fut la bonne – mon gland tandis que ta paume enserrait vigoureusement mes couilles, la nuit agitée que nous avons passé ensemble, réveillés à tour de rôle par les ardeurs incoercibles de l’autre, ton regard surpris mais vite accompagné d’un sourire lubrique quand j’ai pris ta main et guidé quelques doigts dans mon cul, ton geste connaisseur et ferme autour de ma prostate qui ne s’est pas arrêté, Dieu merci, quand vinrent mes premiers râles qui se sont mués en une étrange mélopée, mon frisson quand ton autre main est venue caresser ma nuque, ton cri et tes mains qui viennent bloquer ma tête contre ton sexe quand mon ultime glissement de langue vint déclencher ton orgasme, ma mine de chien battu au moment où je dois vraiment vraiment vraiment repartir bosser chez moi, notre dernier baiser quand je sais que je ne poserai probablement jamais plus ma main sur ton sein vibrant. Tot ziens, Elke !