Sur les conseils de l’épicène Camille, je suis allé au théâtre voir les Rêveries d’une jeune fille amoureuse d’Arthur Vernon. La pièce s’annonçait comme pas banale, peuplée de jeunes filles donnant généreusement de leur personne et traitant d’un sujet pour le moins ambitieux : l’érotisme et le désir féminin.
Mais il ne s’agissait pas d’une pièce pornographique, comme on peut en trouver au théâtre Chochotte, non, il était question ici d’érotisme feutré avec une caution intellectuelle (la pièce avait été présentée à Avignon). La caution intellectuelle, c’est très important. Cela permet d’accéder au plaisir des masses tout en gardant son rang (j’avais fait cette expérience très étonnante en allant voir un soir un John Woo à la Cinémathèque, et j’avais été scié de voir le public enthousiaste applaudir à la fin ce – certes, bon – film d’action, alors qu’on peut s’offrir des sensations du même ordre en allant voir Cliffhanger à l’UGC Normandie1).
Je me suis demandé si c’était une pièce à voir avec une amante, comme amuse-bouche, ou avec ma femme, pour la titiller, l’emmener sur un territoire où elle ne se sent pas trop à l’aise, et qui sait, lui donner un peu plus de confiance. J’ai fait le choix du couple, en lui réservant la totale surprise sur ce qui l’attendait (j’aime bien lui organiser des soirées surprises clé-en-main). On a commencé par découvrir une excellente crêperie (vu qu’on avait peu de temps, une crêperie était plus pertinente qu’un restaurant traditionnel).
Et puis, plongée au théâtre. J’observe, avant que l’on entre dans la (petite) salle, le public, disparate. Un groupe de jeunes filles, des couples de tous âges, des hommes qui m’ont semblé seuls. Je me fais tout petit en apercevant un homme croisé la veille à La Musardine où Camille arrosait la sortie de son bouquin Sexe Libris alors que j’y étais, moi, au bras d’une autre femme que ma légitime.
Je n’étais pas loin de penser, en sortant de la salle, que l’argument le plus solide, pour aller voir cette pièce, était le plaisir de se rincer l’œil pour pas trop cher (on trouve des places à partir de 12 €). Mais ce serait faire un procès un peu trop expéditif à cette œuvre qui mérite une critique plus nuancée.
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Les actrices
Pour reprendre les propos de Camille, les actrices, sur scène, n’ont pas froid aux yeux. Camille ajoute « ni ailleurs », suggérant par là, je suppose, qu’elles sont également des chaudes du cul, mais c’est faire affront à leur travail d’actrices, il me semble. Certainement, il faut pour elles qu’elles soient à l’aise avec leur corps et leur sexualité pour représenter un tel spectacle2, mais je ne les ai pas senties vraiment vibrer des scènes érotiques mimées (les baisers sur la bouche étaient plein de retenue, et les tétons – si l’on peut s’y fier comme marque d’excitation – pas vraiment érigés). Je ne prétends pas que mon observation de spectateur vaille vérité, qui sait ce qui se passe dans leur tête quand elles miment un 69 lesbien sur scène ?
Je prends ici le parti de vous faire partager mon avis de spectateur sur leur performance, mais également mon avis de mâle sur le charme qu’elles dégagent à mes yeux. J’assume mon côté intello-voyeur, en quelque sorte. Dans l’ordre de l’affiche :
Julie Rihal joue la jeune fille rêveuse. Elle a un très joli visage, doux, qui correspond bien à son rôle d’ingénue (quoi que non dépourvue d’une imagination lubrique), un très joli corps (avec des petits seins comme je les aime) et elle ne rougit pas quand elle se retrouve crument exhibée entièrement nue, le sexe (presque intégralement épilé, Usclade, je m’en désole pour toi !) mis au centre de nos regards via un étrange bidule (je n’ai pas trouvé plus précis pour le décrire) métallique sur lequel elle est presque empalée. Son rôle est peu bavard ; pas facile, du coup, de transmettre les émotions, nombreuses, qu’elle est censée ressentir. Du coup, elle surjoue parfois et prend des poses qui m’évoquent les actrices expressionnistes du temps du cinéma muet. Elle est si séduisante qu’on lui pardonne tout.
Thaly joue l’idole. Un rôle entièrement muet, si ma mémoire est bonne. Danseuse de formation, c’est elle qui interprète donc l’essentiel des chorégraphies du spectacle. Disons-le franchement : ni la musique, ni ces danses ne m’ont transportées (globalement, j’ai trouvé les séquences musicales trop longues et un peu trop bruyantes). Superbe corps, mais qui n’a pas réussi à m’émouvoir (était-ce lié au creux de son personnage très « sois belle et tais-toi » ?)
Malgré la très jolie photo sur le site de LSF (cf. ci-dessous), je n’arrive pas à me souvenir des personnages que Clémence de Mey interprétait sur scène.
En revanche, je me souviens très fort de Kahina Tagherset (encore une jeune femme splendide) qui cabotine sur scène mais m’a tapé dans l’œil dans une séquence mise en musique par Gainsbourg, où elle interprétait une sorte de Jane Birkin avec un peu plus de seins, malmenée par une Gainsbourette très imaginative pour ce qui est de ruiner votre garde-robe.
Corinne Wellong est, indiscutablement, celle qui, sur scène, impose le plus sa présence. Charismatique, elle semble aussi être l’éminence grise de la troupe (j’ai lu qu’elle écrivait une partie des textes, mais je ne suis pas sûr qu’il s’agissait de textes de cette pièce). Que les autres me pardonnent, c’est surtout grâce à elle que je n’avais pas l’impression d’être à un spectacle de fin d’année d’une classe de terminale Bac Pro option cheerleaders. Maigre compensation, c’était celle qui cognait le moins fort sur mon cerveau reptilien d’érotomane.
Je n’identifie pas non plus Chloé Vegan (quand je la cherche sur Google, je tombe sur une chef cuisto végétarienne américaine) ni Anne-Fleur Saconney (mentionnée sur LSF – l’une a peut-être remplacée l’autre dans le casting). Était-ce la fée cochonnette (hélas, le rôle le plus ridicule de toute la distribution) ?
Il ne me reste plus qu’à parler d’Arthur Vernon, l’auteur de la pièce qui y joue aussi un rôle, outrancièrement grimé en femme, celui de la mère de la jeune fille amoureuse et de ses deux sœurs délurées, incarnant de façon résolument grotesque la prétendue vertu devenant plus perverse que la perversité qu’elle est censée débusquée. C’était drôle, mais ça manquait, comme l’ensemble de la pièce, de finesse.
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Et la pièce, dans tout ça ?
Je fais les choses un peu à l’envers, je parle des acteurs avant de parler de la pièce. C’est que ma pensée est à l’image du spectacle auquel j’ai assisté : confuse. Oniriques, érotiques, burlesques, les séquences se succèdent et font de la pièce un objet composite. Ce n’est pas cet aspect foutraque qui me dérange, plutôt le fait que dans la succession des saynètes, rares sont celles qui ont su exciter mon cerveau (et j’emploie à dessin le verbe exciter pour ses multiples connotations). Camille, dans sa chronique, indiquait qu’il/elle avait eu, comme d’autres spectateurs, à plusieurs reprises, envie de se masturber pendant le spectacle. Pour ma part, je veux bien croire que j’étais partiellement inhibé par la présence de ma femme à mes côtés, mais pas une seule fois, même dans les (trop rares) scènes que j’ai trouvées sensuellement réussies, je n’ai eu l’once d’une érection. C’est d’abord avec le cerveau que je bande.
Quant au message véhiculé, il est un peu lourd, Monsieur Vernon. Par deux fois, on nous assène que la jeune pucelle confond amour (ce qu’elle croit ressentir pour l’idole) et désir (ce qu’elle ressentirait effectivement). Ok. Pour le reste, le message « la sexualité, c’est pas sale et c’est ludique » mérite peut-être d’être répété (« Je pense qu’environ un quart du public ressort du spectacle en ayant un peu ouvert ses perspectives sur la sexualité » déclare Arthur Vernon à Camille ; si c’est vrai, c’est tant mieux) mais ne me semble guère plus élaboré que « pas beau la guerre ».
Quand même, j’ai aimé cette mise en scène d’un passage d’Hernanie avec une double interprétation : d’un côté, un couple en costume dans une interprétation digne du Français, de l’autre, un couple nu donnant une interprétation beaucoup plus charnelle (et, finalement, réaliste), des propos amoureux tenus par les personnages.
Une mention spéciale pour les costumes, tous très réussis, de la chemise de nuit sage aux tenues « d’époques » en passant par les tenues fétichistes (dont une panthère zentaï très … miaouuuu).
Mon bilan, plus que mitigé, vous l’aurez compris : j’ai un peu de mal à me départir de l’idée que ce spectacle est d’abord une belle occasion de se rincer l’œil (et ça me semble, en soi, un motif suffisant pour faire le déplacement). Pour ce qui est du message, en revanche, j’aurais apprécié des prétentions un peu plus hautes.
Effet retard ? Le lendemain, toutefois, le souvenir diffus de ces corps voluptueux, pour certains désirables, me hantait doucement.
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Références complémentaires
Vous trouverez des informations sur le spectacle, les actrices (et même un interview radio) sur le site de LSF-radio.
J’ai trouvé aussi une page de présentation de Thaly (l’idole) et de ses diverses activités (modèle, danseuse…).
- Cliffhanger est quand même un assez médiocre film mais là n’est pas mon propos. J’en profite pour vous recommander Skyfall qui est une excellente cuvée de James Bond.↩
- J’ai lu je ne sais plus où, peut-être sur la note d’intention du spectacle, que leur troupe – les filles d’Ève et du Serpent – était une troupe de féministes pro-sexe.↩