Le plus difficile aura été de trouver un prétexte pour échapper à la surveillance de ma femme pour ces quelques heures que j’allais passer en ta compagnie. Oui, c’était ça le plus dur, parce que l’envie, ça, l’envie, elle n’avait pas eu de mal à se faire sentir. Elle s’en fout pas mal des 800 km de distance, de nos situations respectives, avec toutes les contraintes qui les accompagnent, elle naît, et une fois qu’elle est là, c’est trop tard pour l’Interruption Volontaire de Désir. Se dire « je ne t’aurais pas eu(e), toi, mais j’en aurais bien d’autres », même si on y croit à cette phrase, elle n’empêche pas de se dire que chacun est unique et qu’on aurait perdu la connaissance de cette spécificité, ce truc qu’on aurait vécu avec l’autre et avec personne d’autre. Nous avions chacun nos promesses de plaisir tendues à l’autre, tu m’avais dit « je suis particulièrement (…) [ici je laisse le lecteur faire parler son imagination, NDLA] » et moi, que t’avais-je dit qui t’avait touchée, tentée, mon cul (oui, je sais qu’il te plaisait, mon cul) ou autre(s) chose(s). Il fallait donc que l’on s’ait, et nous nous sommes eus, dans cette chambre d’hôtel, pour ces quelques heures arrachées à nos chemins, pour ce petit détour dont on ne sait pas aujourd’hui s’il sera unique ou renouvelé.
À de nombreuses reprises ici j’ai tenté de disséquer la façon dont nait le désir, comment deux êtres finissent par nourrir le dessein conjoint de baiser ensemble (même parfois sans vrai désir). Oh ! je ne prétends certes pas avoir une vision exhaustive sur le sujet, d’autant que mes histoires ont tendance à trouver leur source au travers de ce canal unique qu’est Internet. Mais cette seule source ne rend pas pour autant les rencontres identiques. De la confidente à qui l’on raconte tout, des semaines, des mois durant, sans n’échanger que des bises polies jusqu’à ce, soudain, nos langues décident de ferrailler, à la lectrice discrète qui d’un coup assènera un « viens et prends-moi ! », du rendez-vous sage dans un bar, pour faire connaissance, au rendez-vous aveugle dans une chambre d’hôtel, testostérone à bloc, de celle qui vous dit « non » quand tout vous pousse à croire qu’il y a une grande complicité à vivre, que vous mettrez des mois à courtiser et des mois à vous remettre du départ à celle que l’on croise un jour et à qui l’au revoir qu’on échange n’est qu’un adieu, il y a de quoi faire de chaque histoire ce qu’elle est : quelque chose d’à la fois unique et si banal. Boy meets Girl1. Te voilà, presque, face à moi, victime consentante pour entrer dans mon tableau de chasse. Me voici, presque, face à toi, prêt à devenir une de tes conquêtes (qui a attrapé qui ?). Presque. J’ai frappé à la porte et j’attends que tu m’autorises à entrer.
Bien que l’on ait pu échanger plusieurs photos avant cette rencontre, que nos visages, et plus loin encore, nos corps dénudés, n’aient presque plus de secret l’un pour l’autre, tu as choisi de me recevoir aveuglée. Le temps que tu mettes en place sur tes yeux l’écharpe que tu as choisie comme bandeau et j’entends le déclic de la clenche de la porte que tu entrouvres avant d’aller lentement te poser, agenouillée, sur le lit. J’ouvre plus largement la porte pour pénétrer la chambre 215 avec vue sur rien, et si tu ne vois pas le sourire qui se dessine sur mon visage, je pense que tu l’entends. Pour le bandeau, tu m’avais dit, mais pour ta tenue, c’était motus ; je la découvre donc. Tu portes une guêpière noire et crème, une petite culotte assortie, de vrais bas accrochés aux jarretelles. Touché ! en plein dans le mille de mon érotisme mainstream, parce que ce que j’aime dans les classiques, c’est que pour moi, ils ne le sont pas, habitué que je suis au pyjama en flanelle. Il ne manquait que des escarpins à bride pour que mon sourire se transforme en moue, bouche bée, filet de bave s’en échappant. Mais tes pieds ne sont gainés que de nylon noir. Je ne crois pas avoir vraiment matière à râler. Je m’approche de toi, ton bonjour hésitant répondant au mien, lubrique. Mes mains se posent sur tes hanches, mes lèvres sur les tiennes. Nous échangeons ainsi notre premier baiser. Tes mains, qui s’étaient naturellement posées sur mes épaules, se meuvent. Tu t’apprêtes à déboutonner ma chemise mais je ne te laisse pas faire et je m’échappe. Je passe derrière toi, embrasse tes épaules, mes mains encore sur tes hanches, plus caressantes. Je vois le haut de tes bras se hérisser, ce n’est pourtant pas l’air glacial qui souffle dehors qui en est la cause dans cette chambre où règne une douce tiédeur. Dans mon pantalon aussi, quelque chose se dresse et c’est au poil ; je choisis de te faire part de mon émotion en collant mon bassin contre le bas de tes reins. Tu te cambres un peu pour mieux évaluer la situation, et comme en mécanique quantique, l’observation modifie les résultats, je bande deux fois plus et j’ai déjà envie de te pénétrer mais je dois prendre mon temps, je dois…
Je m’écarte un peu et caresse ton corps de dos : je remonte depuis tes poignets jusqu’à tes épaules où ma caresse se mue en début de massage. Je redescends par tes flancs, pelote tes fesses et laisse glisser mes doigts sur la piste de nylon jusqu’à tes chevilles. Je me remets face à toi et te laisse la main : je m’en remets à tes mains, en somme. Les voilà qui, guidées un cerveau aveugle, prennent connaissance du terrain. Se posent sur mon torse, le parcourent, comme pour jauger l’animal. Se font plus hardies, descendent ; en voilà déjà une qui se pose sur la bosse formée par mon sexe raide. Je te chuchote quelque chose à l’oreille. Je glisse une main dans la corbeille de ta guêpière pour y cueillir un sein ; il est ferme et j’ai envie de le mordre à pleines dents. Tes deux mains pendant ce temps essayent de crocheter ma ceinture, un modèle spécial qu’il n’est pas évident d’ouvrir sans le voir, mais par hasard ou habileté, tu réussis à faire sauter le verrou. Le bouton qui suit, ainsi que la braguette, sont dès lors un jeu d’enfant. Ta main s’engouffre, mes lèvres rejoignent les tiennes au moment où tes doigts se referment sur ma queue encore protégée par le mince coton qui la couvre. Ma main se glisse entre tes jambes et remonte l’intérieur d’une cuisse : nylon, chair, dentelle… dentelle… dentelle humide… dentelle, chair frémissante, nylon… Je poursuis mes aller-et-retours mais difficile de ne pas faire comme si tu n’avais pas baissé mon boxer et empoigné mon sexe que tu branles doucement.
Tu as bien fait les choses : tes jarretelles passent sous ta culotte, si bien que je peux la faire glisser sans avoir à les défaire. Tu m’aides, en te tortillant, à te l’enlever complètement. Je profite de ce mouvement pour te plaquer sur le dos et ma bouche vient se coller à ton sexe odorant ; je lape ton jus, je l’aspire, je communie avec ta chatte et tes gémissements s’ajoutent à ma psalmodie. Venez à moi les petits han-han. Tu avais remonté tes pieds, écarté tes cuisses, mais maintenant tu les enroules autour de ma nuque et tu me presses contre toi ; mon nez collé contre ta vulve, je te lèche en apnée. D’un coup tu te cabres, foudroyée par un orgasme que tu n’avais pas imaginé si rapide. Tu as envie de ma queue, maintenant et tu me le dis exactement comme ça. « J’ai envie de ta queue ! Maintenant ! » Je ne suis pas un goujat, je n’ai aucune envie de ne pas satisfaire ton désir. Pendant que je déroule autour de ma queue impatiente un préservatif, tes mains déboutonnent ma chemise, baissent un peu plus mon pantalon. Tu es toujours sur le dos quand je pose mon gland à l’entrée de ton sexe, j’entre à peine mais d’un coup de rein doublé d’un mouvement de tes jambes, tu transformes mon approche de gentleman en coup de bélier. Du bout des pieds tu repousses mon pantalon maintenant sur mes mollets, je me tortille pour m’en débarrasser complètement tout en te pistonnant. Je soulève une de tes cuisses gainée par ton bas, mon autre main caresse ta poitrine. Il est presque furieux, le geste avec lequel tu arraches ton bandeau, pour, éblouie par le soudain afflux de lumière, fixer l’homme qui te baise. Tes baisers se font mordants, sur mon visage perlent quelques gouttes de sueur ; c’est que je ne manque pas de cœur à l’ouvrage.
Oui, il y aura de la baise à Noël, et ça vaudra bien une séance de gym.
Illustrations : Titre inconnu par Краюшкин Сергей / Dark Christmas Wishes par Jenni Tapanila
- Pour ceux qui ne connaîtraient pas la fameuse anecdote à ce sujet qui donna son titre à un film de Léos Carax, la voici. Hitchcock, las d’oublier toutes les idées formidables que son cerveau produisait pendant ses rêves se conditionna à écrire ses idées endormi. Un matin, certain d’avoir eu une idée géniale pendant la nuit, il consulte sa feuille de papier où il lit, griffonné : « boy meets girl » (i.e. « garçon rencontre fille » pour les nullités vraiment crasses en anglais).
Notez que c’est une reformulation personnelle, de mémoire, de l’anecdote est qu’elle est probablement déformée par rapport à la réalité. Pour une information plus précise, Google est votre ami.↩