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24 heures chrono

9 h 10 – J’émerge du lit conjugal (c’est bon les vacances). C’est déjà foutu pour faire tout ce que j’imaginais faire aujourd’hui où, pour bien faire, il aurait fallu que je sois dès 9 heures dans le sud de Paris. Il y a des choix plus facile à faire que d’autres. Celui de ce matin, c’était roupiller.

9 h 18 – Je mets à tiédir au four (à 100°C) ma demie portion de Kouign-Aman pour le petit déjeuner tandis que je file prendre ma douche. Moment de méditation rituel indispensable à mon réveil. J’adore plaquer le pommeau de douche sur mon visage et sentir l’eau chaude ruisseler sur tout mon corps. J’aime aussi passer mon savon (j’utilise un savon simple, pas de gel) sous mes aisselles, sur mes épaules, entre les orteils, sur mon sexe (plus ou moins érigé au gré de mes rêveries) que je lave avec application, ainsi que toute la zone désormais douce et lisse qui l’entoure.

9 h 26 – Aujourd’hui sera une journée glabre : je rase ma barbe de quelques jours avec un rasoir à trois lames, effectivement plus efficace qu’un rasoir à deux lames (je sais qu’on en trouve désormais à quatre lames – quo non ascendam ?). En revanche, je ne passe pas la tondeuse dans mon bouc pour que les poils restent doux.

9 h 44 – Après m’être habillé, je me régale de mon Kouign-Aman fondant que j’accompagne d’un verre de jus de fruit (indispensable) et d’un bol de Tonimalt.

10 h 16 – J’extrais du box où je le tiens au chaud (disons, « au moins froid ») mon scooter et roule prudemment sur les premiers mètres du parcours, entre neige et verglas. Plus loin, les routes sont sablées et ne glissent pas, ce qui ne dédouane pas d’une conduite sage. J’arrive donc sans encombre à la trésorerie de ma ville où je dois régler le solde de ma taxe d’habitation (suite à notre PACS l’an dernier, il y a eu quelques erreurs de rapprochement des différents contrats de mensualisation). Je prends un ticket dans le distributeur et – ding ! – je suis immédiatement pris en charge par un agent qui règlera la situation en moins d’un quart d’heure. Ça, c’est fait.

10 h 37 – Je prends la direction de Paris. Ça roule bien sur le périph’.

11 h 05 – J’arrive à l’Institut Alfred Fournier pour un dépistage IST (je n’oserai dire « périodique », vu que le dernier commence à dater sérieusement) ainsi qu’une sérologie Hépatite B que je dois faire depuis plus d’un an. « C’est complet pour ce matin, repassez dans l’après-midi » m’indique-t-on. Je ne suis pas surpris, on m’avait prévenu d’arriver en début de matinée (cf. 9 h 10) vu que la majorité des médecins ont été réquisitionnés pour le vaccin H1N1. Je doute d’avoir le temps de passer l’après-midi et repousse donc sine die.

11 h 18 – Je me gare devant les Galeries Lafayette de Montparnasse où je finis par dénicher les cadeaux de Noël qui me manquaient pour ma chère et tendre.

12 h 10 – J’appelle C*** pour lui dire que je serai en avance au rendez-vous que nous avons ensemble, à 13 heures, au restaurant T***. Il essaye de m’y rejoindre dès que possible.

13 h 01 – J’arrive sans aucune avance devant le restaurant. Il faut dire que j’ai parcouru la (longue) rue Saint-D*** dans les deux sens avant de trouver le restaurant que j’avais loupé, fasciné par la devanture de la boulangerie qui lui faisait face. Je suis néanmoins le premier sur place et je patiente en feuilletant Libé.

13 h 10 – Quand C*** fait irruption dans le hall du restaurant, je découvre que la troisième personne avec qui nous allons déjeuner était également déjà présente elle aussi. J’aurais sans doute pu la reconnaître à son arrivée, avec la description que m’en avait faite C***, si je n’avais pas été plongé dans mon journal. I*** est une brune charmante. « Trouve-moi un mari » avait-elle demandé à C***. « Un mari, je ne sais pas, mais un amant, je peux », lui avait-il répondu, et ce rendez-vous était donc sa tentative d’entremise.

15 h 24 – I*** s’éclipse au terme de ce long et agréable déjeuner. Qui voit se confirmer que le lièvre à la Royale est meilleur que le cheeseburger, fussent-ils cuisinés par le même chef. Un peu plus cher, aussi ! Au débrief qui suit, je demande à C*** jusqu’à quel point I*** est au courant de mes turpitudes. J’avais senti que ce point était assez réduit, ce que C*** me confirma. J’avais quand même glissé au court du repas que j’avais récemment participé à un trio, et quelques autres allusions lui permettant de se faire une idée de l’oiseau (sic) qui lui faisait face. Au finale, je ne crois pas lui avoir inspiré quelque chose qui aille au delà de la curiosité bienveillante. À suivre ?

15 h 50 –Toujours pas de nouvelles de V*** à qui j’ai proposé cette après-midi un petit dépannage informatique (« Tu la sens ma grosse barrette mémoire ? »), et manque de chance, mon téléphone déchargé n’est plus en mesure de recevoir un appel ou un SMS de sa part. J’interromps donc momentanément mon marathon parisien pour un retour à la case « maison » où je vais recharger mon portable et vérifier que je n’ai pas reçu un courriel ou tout autre signe de vie de V***. Pour gagner du temps pour la suite de mes activités, je laisse mon scooter stationné dans la rue.

17 h et des brouettes – Là, j’avoue que c’est un peu flou : pas de nouvelles de V***, j’en profite pour surfer un peu et prendre contact avec les personnes avec qui je poursuivrai, dans deux heures, ma soirée. Je me fais notamment préciser le point de rendez-vous. Je fais également causette avec N*** en lui proposant, notamment, de démarrer sa soirée avec nous. Elle décline, ayant d’autres engagements. Ça m’énerve un peu, car j’aurais bien aimé la rencontrer en 2009 et ce soir semble le dernier créneau dans l’année.

17 h 25 – Je reçois un SMS de V*** qui me confirme son indisponibilité. Pas de regret à être rentré à la maison, du coup.

19 h 02 – J’enfourche mon scooter pour rejoindre à 19 h 30 mes compagnons de soirée. Il y aura É***, C*** (pas celui de tout à l’heure, une autre), V*** (pas celle de tout à l’heure, une autre) et F***.  Il faut que je fasse le plein donc, direction la station essence la plus proche.

19 h 18 –Houston, we’ve got a problem! Après avoir fait le plein, mon scooter redémarre mais ses roues restent bloquées. Un frein qui a dû se bloquer à cause du gel. C’est ce que je suppose, mais je suis incapable d’établir un diagnostic plus précis et, a fortiori, de le réparer. L’employé de la station service ne se révèle d’aucun secours. En forçant sur l’accélérateur, j’arrive à déplacer laborieusement mon scooter de quelques mètres dans une odeur de caoutchouc brûlé et à le mettre dans un endroit « sûr » où je le cadenasse. Un motard en scooter vient faire son plein. Je lui demande quelques conseils mais il s’avère aussi impuissant que moi devant la situation. J’ai la réflexion suivante : « Considérons le scooter indéplaçable sans l’intervention d’un dépanneur. Si je l’appelle maintenant, je risque d’être immobilisé une heure ou deux et de ne pas être en mesure de croiser V*** qui ne sera là qu’en début de soirée à qui j’ai promis une disquette 5″¼ (un collector) et ça me gave aussi de rater le repas. J’appellerai donc l’assureur en fin de soirée en espérant que personne n’ait la pénible idée de me voler mon scooter d’ici là. » Le motard accepte de faire un petit détour pour moi jusqu’à mon garage où je récupère ma chère 106 Kid, compagne de tant de turpitudes et pourtant quelque peu reléguée à l’arrière plan depuis que je suis équipé d’un deux roues (un trois roues, en fait, puisqu’il s’agit d’un Piaggio MP3).

20 h 07 – J’ai prévenu mes compagnons de mon infortune et du retard résultant. Je sors prudemment du box mon véhicule de la dernière chance et prend la direction du 10e arrondissement, moins rapide, mais plus au chaud !

20 h 31 – Je n’ai qu’une heure de retard à notre rendez-vous du soir. Les embouteillages étaient raisonnables et j’ai trouvé à me garer sans souci (sur une place réservée aux transports de fond, certes). En fait, j’arrive le dernier mais les autres viennent à peine d’arriver. C’est le temps de commander les cocktails. À la bataille mojito vs. Cointreaupolitain, j’appartiens au clan des perdants à 2 contre 3.

22 h 45 – La discussion a défilé à bâton rompu, légère, joyeuse. Mais l’heure est venue de passer à d’autres plaisirs. Dans le grand cirque libertin, V*** est une contorsionniste de renom, mais elle n’est pas montreuse d’ours. Elle nous tire donc sa révérence nous laissant tous les quatre poursuivre notre soirée entre huit z’yeux.

23 h 01 – Après une petite marche, nous rejoignons la confortable chambre d’hôtel de F***. Çà et là, quelques stigmates de la soirée de la veille qui a laissé É*** sur sa faim. La barre est posée, et avec É*** en forme, elle est posée haut !

23 h 01′ 35″ – É*** est à poil et nous demande pourquoi on traîne.

23 h 02 – F*** relève le gant avec courage et détermination tandis que je démarre un peu plus en douceur avec C*** qui a fait l’effort de mettre des bas dans la nuit glacée parisienne ; autant ne pas les enlever en huit secondes. Mes mains s’activent à frictionner ses fesses fraîches.

23 h 33 – F*** et É*** s’agitent à côté de nous. Le lit couine, É*** gémit, F*** ahane. Boum boum boum ! Le voisin de la chambre d’à côté n’a pas l’air d’apprécier le programme qu’on lui offre (ça change pourtant du porno à péage généralement proposé dans les hôtels). Le pauvre n’est pas au bout de sa peine. Il a surtout déclenché nos rires !

0 h 12 – C***, à quatre pattes au bord du lit, me tend ses fesses généreusement. Son œil sombre cligne à mon attention et je ne résisterai pas longtemps à son appel.

0 h 30 – J’envoie un petit SMS à N*** pour lui demander des nouvelles de sa soirée (et me rappeler à son bon souvenir). Elle me répondra par deux fois mais je ne découvrirai ses messages que plus tard. Je suis déjà reparti au charbon.

1 h 24 – É*** finit par trouver le chemin de l’orgasme et se met à chanter comme une alarme de voiture. Bizarrement, aucune réaction de notre voisin. Il se sera endormi, ou résigné, ou bien aura trouvé le trou dans le mur lui permettant de ne pas se contenter de la bande son et de son imagination.

1h 58 – Nouvelle permutation des partenaires (à 4, cela a vite tendance à tourner à 2 + 2, surtout quand les partenaires ne sont pas tous bi). Je m’enfonce en C***, couchée sur le flanc, une jambe relevée.

2 h 15 – Tout le monde est un peu en fin de batterie. É***, même pas sous la torture, avoue être rassasiée. L’événement, historique (cela se produit deux ou trois fois par an), est immédiatement consigné. (On hésite à réveiller le voisin pour l’en notifier.)

2 h 22 – Je me prends une bonne douche avant de me rentrer chez moi. Quoi que… N*** m’a laissé plusieurs messages, et j’y réponds.

2 h 30 – J’abandonne avec les salutations d’usage (incluant la langue dans la bouche) l’aimable assemblée qui va finir sa nuit avec Morphée (remplacé au réveil par un autre larron hémisélénophore).

2 h 55 – Après radio-guidage par SMS, j’arrive rue *** où j’enlève N*** à l’affection des siens. Pour la rassurer sur mes intentions pacifiques, je colle mes lèvres sur les siennes en caressant ses seins.

3 h 38 – Nous sommes chez N*** qui a mis de la musique douce (erreur fatale ?), nous a servi un ti-punch où je n’aurai que trempé mes lèvres, étendus sur son lit, sous sa couette car il ne fait pas très chaud.

4 h 20 – Au vu de nos états respectifs, nos jeux érotiques sont sur le registre doux et caressant (pas le genre à susciter des boum boum boum ! chez un voisin aigri, quoi). Une érection finit par survenir, qui retombe le temps que je trouve un préservatif dans une de mes poches.

4 h 23 – J’entends la respiration lourde de N*** qui s’est endormie dans mes bras. Je me demande ce qu’elle va penser de moi après cette prestation médiocre. J’ai péché par excès d’orgueil, mais je me dis que N*** a aussi surestimé ses forces. Je ne m’abandonne pas totalement à la douceur du moment même si je serais tenté de m’endormir aussi sous cette couette chaude et parfumée.

4 h 45 – J’entends un bruit de clé dans la porte, et un couple qui entre. Heureusement, j’avais été prévenu de leur arrivée probable ! Leur arrivée donne le signal de mon départ, il est temps pour moi de filer après quelques civilités d’usage (sans langue dans la bouche).

5 h 07 – J’arrive à la station service où j’avais abandonné mon scooter qui a le bon goût d’être toujours là (mais toujours aussi bloqué). J’appelle le service d’assistance de mon assurance qui prend mes coordonnées et m’annonce que le dépanneur arrivera … d’ici deux heures (seulement !). Il a mes coordonnées et m’appellera avant d’arriver sur place. Du coup, je rentre chez moi pour me coucher, sachant qu’il faudra que je me relève rapidement.

6 h 00 – Mon téléphone portable, laissé en évidence près du lit, nous réveille ma femme et moi. Je lui explique la situation (je ne l’avais pas réveillée à mon arrivée), me rhabille dare-dare et retourne à la station service.

6 h 23 – Le dépanneur n’en a pas pour longtemps à diagnostiquer (et réparer) la panne : câble du frein de parking gelé. Si j’avais garé mon scooter dans son box, tout ça (enfin, non, pas tout ça) ne serait pas arrivé. Je gare ma 106, ramène mon scooter à la maison, retourne récupérer ma 106 en footing, la range idem dans le box et retourne chez moi pour, enfin, pouvoir dormir.

7 h 03 – Je crois que la journée a été bien remplie ! Elle n’a pas trop le temps de défiler devant mes paupières vite closes. Repos, enfin !

9 h 10 – Dans un état de demi-sommeil, je profite d’une fellation offerte par ma compagne. Trop à la masse pour atteindre l’orgasme, je l’invite à renoncer et je replonge dans mon coma.

Un bon réveillon à vous tous et à l’année prochaine !


Illustration pas plus contractuelle que d’habitude : Sienna Miller et Filippa Hamilton, par Bruce Weber pour le calendrier Pirelli 2003.

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