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Le désir poisseux

Vivons heureux en attendant la mort ! Tel était le mot d’ordre de Pierre Desproges, empreint certes d’un scepticisme sombre qui eut sis à Cioran, et si je ne partage pas celui-ci, je fais tout de même mien celui-là.

Je cours, je cours, je cours, en ce moment, je cours comme un dératé le guilledou ; je cherche celle qui, un instant, un long instant, et si possible aussi celui d’après, me fera oublier que je suis mortel, ou plus précisément me rappellera que je suis vivant, et que la baise étant à ce jour mon plus fiable et régulier apport en vives exaltations identifié dans cette vallée de larmes, c’est aujourd’hui et non demain que je veux danser.

Je baise, donc je vis.

Je suis peut être un monstre, un extra-terrestre, mais je ne mets pas de hiérarchie dans mes souvenirs émerveillés entre l’accouchement et la naissance de ma première fille, la lecture du sublime Maus d’Art Spiegelman et la baise de cette jolie salope de F*** bottée, enculée très inconfortablement mais fort orgasmiquement dans le coffre de sa voiture. Rien, dans cette courte liste, n’est comparable à rien, et aucune émotion ne peut se substituer à l’autre. Elles sont, et elles perdurent.

Je cours, je cours, je cours, à la recherche de la prochaine qui écrira avec moi, en lettres vibrantes de foutre et de mouille, le prochain fait d’arme au panthéon de mes mémoires lubriques.

Je cours, je cours, je cours aujourd’hui, car je ne sais pas si demain je pourrais baiser encore. Un jour, peut-être, je courrai avec une béquille chimique, mais maintenant – oui, là, maintenant – je cours à perdre haleine et je suinte un désir poisseux dont aucune douche ne me débarrasse, et sur lequel, avec délectation, je vous regarde vous engluer, ô ma semblable !

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