[1078] Le désir poisseux

Vivons heureux en attendant la mort ! Tel était le mot d’ordre de Pierre Desproges, empreint certes d’un scepticisme sombre qui eut sis à Cioran, et si je ne partage pas celui-ci, je fais tout de même mien celui-là.

Je cours, je cours, je cours, en ce moment, je cours comme un dératé le guilledou ; je cherche celle qui, un instant, un long instant, et si possible aussi celui d’après, me fera oublier que je suis mortel, ou plus précisément me rappellera que je suis vivant, et que la baise étant à ce jour mon plus fiable et régulier apport en vives exaltations identifié dans cette vallée de larmes, c’est aujourd’hui et non demain que je veux danser.

Je baise, donc je vis.

Je suis peut être un monstre, un extra-terrestre, mais je ne mets pas de hiérarchie dans mes souvenirs émerveillés entre l’accouchement et la naissance de ma première fille, la lecture du sublime Maus d’Art Spiegelman et la baise de cette jolie salope de F*** bottée, enculée très inconfortablement mais fort orgasmiquement dans le coffre de sa voiture. Rien, dans cette courte liste, n’est comparable à rien, et aucune émotion ne peut se substituer à l’autre. Elles sont, et elles perdurent.

Je cours, je cours, je cours, à la recherche de la prochaine qui écrira avec moi, en lettres vibrantes de foutre et de mouille, le prochain fait d’arme au panthéon de mes mémoires lubriques.

Je cours, je cours, je cours aujourd’hui, car je ne sais pas si demain je pourrais baiser encore. Un jour, peut-être, je courrai avec une béquille chimique, mais maintenant – oui, là, maintenant – je cours à perdre haleine et je suinte un désir poisseux dont aucune douche ne me débarrasse, et sur lequel, avec délectation, je vous regarde vous engluer, ô ma semblable !

Buste de femme nue couvert de saleté, une inscription en “négatif” : WASH ME (lave-moi).

11 gazouillis sur “Le désir poisseux”  

  1. #1
     
    gravatar
    M é a gazouillé  :
    Mouhahahaha !!! tu prépares un marathon ?
    Attention à ne point trop courir, tu vas finir par t’essouffler :-p
  2. #2
     
    gravatar
    coccinelle a gazouillé  :
    ça m’évoque une chanson : “je cours tout seul, je cours et j’me sens toujours tout seul”. c’est ça le nœud du problème : baiser pour se sentir moins seul ?
  3. #3
     
    gravatar
    Cristophe a gazouillé  :
    Pierre Desproges disait exactement : “Vivons heureux en attendant la mort”. (J’avais mis cette phrase en tête d’un blog que je tenais il y a quelques années.)
    Une différence entre un alcoolique et toi, c’est que pour l’alcoolique il y aura toujours le lendemain au moins un bistro ouvert, et il saura toujours lever le coude.
    Blague à part, je comprends ton acharnement, j’ai un peu le même mais j’ai la chance de le partager avec toujours la même personne, c’est moins compliqué.
  4. #4
     
    gravatar
    Dandyjoueur a gazouillé  :
    Que ces mots résonnent à mon oreilles !!! Je vous comprends tant. Plus de temps avance, plus nous voudrions courir vite… peut-être pourrions nous courir mieux?
  5. #5
     
    gravatar
    Comme une image a gazouillé  :
    M é » C’est bien possible que ça ne dure pas, mais en tout cas, pour l’instant, je me sens une super forme ;-)

    coccinelle » Je ne crois pas que je me sente seul. Mais baiser pour me sentir plus aimé, c’est possible.

    Cristophe » Oui, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas cité le titre correctement (j’ai corrigé) que je connais pourtant par cœur.
    Elle me paraît un peu étrange, ta comparaison ; je veux dire que l’alcoolique, un jour, il peut se retrouver à la rue, ou avec une cirrhose ; enfin bref, l’alcoolique ne me paraît pas plus à l’abri du besoin que le sexaholic (à supposer que j’en sois un, comme, je le reconnais, cette note peut le laisser imaginer ^^).

    Dandyjoueur » Il me semble justement que je cours de mieux en mieux. En tout cas, je n’ai pas encore remarqué de point d’inflexion, mais ça viendra sûrement…

  6. #6
     
    gravatar
    mimilette a gazouillé  :
    Je découvre un Cui-Cui bien sportif. Tu sais où tu vas, c’est l’essentiel !
    Beau texte, plein de sensibilité :)
  7. #7
     
    gravatar
    Comme une image a gazouillé  :
    mimilette » Je ne sais pas si c’est comme ça que j’aurais qualifié mon texte. Je le trouve nerveux, sous pression, sensuel plus que sensible.
    Mais c’est le sort de chaque « auteur » que d’abandonner à ses lecteurs la tâche de faire vivre à leur façon les mots écrits.
  8. #8
     
    gravatar
    mimilette a gazouillé  :
    Les kilomètres qui défilent, suffisent pour illustrer cette soif, cette quête, cette nervosité !! C’est visible …
    Tu excuseras ma compassion … Et mon humeur maman-poule de ce soir, qui a plus lu entre les lignes une certaine sensibilité, à l’évocation des souvenirs et des larmes, de toute cette course.
    C’est fou, comment on oublie cela quand on s’arme de tant de mots, de violence pour livrer son corps, l’apaiser, quand la réalité, la routine, nous mortifie parfois. Livrer son corps, coûte que coûte !!!
  9. #9
     
    gravatar
    Marie a gazouillé  :
    Spontanément j’aurais interprété ce texte d’une façon un peu similaire à celle de coccinelle – et donc, visiblement, tout aussi à côté de la plaque. J’y perçois moins de désir qu’un besoin de s’étourdir. Ce qui fait que je le trouve plutôt déprimant. Autant de lecteurs que d’interprétations!
  10. #11
     
    gravatar
    Comme une image a gazouillé  :
    mimilette » Comment ne pourrais-je pas excuser la compassion ?!
    Sinon, je ne comprends pas tout à fait le sens de ton dernier paragraphe, tu peux m’expliquer doucement, je me sens un peu dur de la comprenette ;)

    Marie » Oh, je ne crois pas que ce soit « à côté de la plaque » que de l’interpréter comme ça. Je crois qu’il y a aussi dans cette frénésie un besoin d’ivresse. Mais je ne le sens pas « glauque » en moi (même si j’utilise le terme “poisseux” qui est un peu connoté négativement) (finalement je sais ce que je fais quand j’écris ;-).

    Froggy » J’ai vu ! Y en a qui ne connaissent pas leur chance ;-)

Laisser un gazouillis

  • (ne sera pas publié)

Balises XHTML autorisées : Vous pouvez utiliser ces balises : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>