[1390] Faire CRA(C)-CRA(C)

Ami lecteur, que sais-tu de l’enfer, si tu n’as jamais dû « remplir un CRA » ?
Un CRA, c’est un Compte Rendu d’Activité, jadis souvent une feuille Excel ou, plus couramment aujourd’hui, un formulaire web, où chaque employé d’une société est censé détailler l’ensemble des sujets sur lesquels il a travaillé sur la période écoulée (une semaine, un mois).

Le CRA n’est pas seulement un enfer pour le salarié qui doit transformer en bloc de temps d’une taille figées les treize minutes et demie passées au téléphone à répondre aux questions pénibles de ce crétin de client Trucmuche et la nuit blanche passée à corriger les bugs du logiciel1 livré à l’arrache à la compagnie Machin (parce qu’évidemment, ces bidules-là ne prévoient pas – à dessein – la saisie d’heures supplémentaires), surtout s’il essaye laborieusement de se rappeler, le 27 du mois, ce qu’il à fait 26 jours plus tôt, et de deviner ce qu’il va faire le lendemain, le 29, le 30 et le 31 (parce que, pour être bien pénible, le CRA doit réclamer une part d’anticipation), (…)

Dans votre saisie, vous n’oublierez pas de compenser les imputations incorrectes du mois précédent sur le mois en cours.
— Bien saisir son CRA, art. 27, alinéa 3.

Le CRA n’est pas seulement un enfer pour le salarié, disais-je, c’en est également un pour le manager qui doit systématiquement aller fouetter ses équipes pour qu’elles saisissent leur CRA en temps et en heure, un enfer pour les équipes administratives qui doivent s’assurer que tous les CRA ont été saisis dans tout l’entreprise, envoyer les rappels (« Attention, en raison de la conjonction Mars-Saturne en Poissons et de l’audit de la maison-mère, vos CRA devront exceptionnellement être saisis avant le 15 pour ce mois-ci ») avant la date maudite, et les immanquables relances une fois la date passée.

Ami lecteur, je viens de démarrer un nouveau boulot et je replonge dans les joies du CRA qui m’avait tellement manqué (ou pas).
Et toi, raconte-nous ton enfer au boulot !


  1. Oui, le CRA est particulièrement répandu dans les sociétés de services informatiques.

6 gazouillis sur “Faire CRA(C)-CRA(C)”  

  1. #1
     
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    Cristophe a gazouillé  :
    J’ai connu le CRA. J’avais demandé à pouvoir saisir dans le CRA le temps passé à remplir le CRA, je n’ai jamais obtenu satisfaction.
  2. #2
     
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    M. Chapeau a gazouillé  :
    Je n’ai jamais connu les joies du CRA, par contre je reconnais la photo ! Ca vient de The Apartment / La Garçonnière, un film de Billy Wilder que j’ai justement essayé de regarder la semaine dernière. Le début est assez marrant, mais je n’ai pas tenu sur la durée…
  3. #3
     
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    Brigit a gazouillé  :
    Connais pas le CRA mais ça fais §§ ans que je remplis des feuilles de temps/utilise un logiciel ad hoc par 1/4 d’heure ou 1/10e d’heure selon les dossiers. avec de la discipline ça se fait très bien quotidiennement.
    Justement faut jamais attendre la fin de mois, on ne se rappelle pas de la moitié de ce que l’on a fait et ça demande 2 fois plus de temps à remplir avec la pression des emails de relance avec copie au sous-chef, chef, n+1 du chef et jusqu’au grand manitou.

    effectivement, ce n’est pas non plus un truc à faire mécaniquement. la bonne intelligence est de faire une appréciation subtile entre le temps réellement passé et la valeur “effective/facturable” (même si le terme est impropre – et je ne vois pas appliquer ce système à une infirmière ou un enseignant par exemple). pour les heureus sup, faut voir votre représentant syndical…

    ce que j’apprends (depuis des lustres) aux nouveaux venus est de noter régulièrement durant la semaine sur un même support qui “vous convient à vous” les actions/dossiers ou types d’activité, puis d’estimer le temps à allouer à chaque tache/dossier le lundi suivant. bref de prendre un peu de recul. (oui, j’aime assez guider les nouveaux vers l’enfer)

    le plus simple support est une feuille excel mais des tas de gens utilisent encore des feuilles préimprimées, un cahier, voire un truc qui ressemble à un bullet journal, en moins girly, bien sur. avant de reporter sur le logiciel ad hoc qui n’est jamais bien adapté et facile d’usage. c’est dingue comme il y a de la résistance à cette technologie depuis des années et quel que soit l’age, la compétence ou l’expérience de la personne. mais je ne doute pas qu’on va nous concocter une application géniale à la place (zut, j’aurais du déposer le brevet)

    au début, je ne lache pas les stagiaires ou jeunes collabs sur cette corvée – car au début c’est difficile d’estimer entre le temps “réel” et ce qui est du temps de travail effectif, de la formation, de la prise de connaissance de dossier, du business development avec le client, etc. ça s’apprend et ça demande de la rigueur. de la déontologie aussi mais c’est un autre débat.

    ensuite, ça devient une routine. (ou pas) encore une fois, rendre de compte de son activité avec des rapports heures/descriptif des taches, c’est spécifique à certains métiers et heureusement. et le but essentiel est de facturer, bien évidemment

    fouetter… il y en a qui voudraient bien. mais l’expérience tend à enseigner que ce sont toujours les mêmes qui sont soit incapables de se plier à ce système, et ce peu importe leur excellence professionnelle. soit qui font de la chaptalisation (augmentent grossièrement leur degré d’activité -mais pas l’intensité ou la qualité)

    plus sérieusement, s’il est effectivement pénible d’avoir à relancer les gens pour la saisie de leurs temps passés, on ne peut nier que c’est un outil très utile en plus d’être indispensable pour la facturation. par exemple, quand je prépare un appel d’offre, je n’ai pas trop à calculer en homme/jour pour budgeter un dossier, suffit de consulter les stats.

    ha, un dernier point, nous on utilise “wip”, work in progress pour désigner ces rapports. wip comme… enfin à vous de trouver ;)

  4. #4
     
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    Amandilh a gazouillé  :
    Chez nous ça s’appelle “feuille de temps”. Comme le dit Brigit, l’essentiel est de ne surtout pas le remplir trop tard, mais également pas en temps réel : garder un jour ou deux de décalage permet d’avoir le recul nécessaire à la synthèse, sans toutefois avoir oublié les détails. Pour moi en tout cas cette façon de faire évite le pensum de fin de mois (ou de semaine). Quand je dérape de plus de 3 jours, et que ma mémoire me fait défaut, je cherche dans les mails échangés le jour concerné, en général, ça remet les idées en place.

    Dans ma boîte actuelle, on remplit ça sur un outil interne : une page web en format semaine sur laquelle on place des blocs de temps ajustables graphiquement au 1/4 d’heure (mais qu’on peut éditer à la main pour plus de finesse) avec des menus déroulants pour choisir le type d’activité, le client… Temps consacré : 5 minutes par jour maxi.

  5. #5
     
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    Cristophe a gazouillé  :

    En te lisant, j’ai eu l’impression (désagréable) de réentendre certaines personnes… Mais finalement, je mesure mieux maintenant mon bonheur de vivre hors de tout cela. Merci Brigit.

  6. #6
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    Merci pour ces précieux conseils, plein de bon sens (et où l’expérience parle).
    Je manque encore un peu de recul pour savoir comment ça se passe, dans ma boîte actuel, mais ce que je sais, c’est qu’on ne facilite pas la tâche des équipes qui doivent saisir des informations semblables (mais pas 100 % identiques, sinon ça ne serait pas rigolo) dans plusieurs outils différents.
    Heureusement, j’arrive avec ma baguette magique (Wiiiiip ! Wiiiiiip !).

    Oh oui, feuille de temps, je cherchais le terme… j’ai connu aussi !

    Oh ! Ça a pu vieillir un peu, mais j’adoooooore ce film !

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