[78] Haute gastronomie

Comme cette précédente note le laisse supposer, la bouffe est un sujet qui m’intéresse. Je le précise, ami lecteur, parce que pour les plaisirs de la chair, je crois que c’était suffisamment clair. Pour ce qui est des plaisirs de la chère, je n’avais pas encore beaucoup développé.

J’aime donc faire la cuisine, et si possible bien faire la cuisine. 

Un été, lors d’un séjour dans un gite rural, je suis tombé sur un vieux livre de recettes. Certains se seraient précipités sur des vieux bouquins de la Bibliothèque Rose ou Verte, plein de nostalgie, moi non, je me jette sur un vieux livre de cuisine poussiéreux. Je me souviens avec émotion de la vieille vieille édition du best-seller « Je sais cuisiner » de Ginette Mathiot, qui débutait par des leçons de savoir vivre, comment une bonne maîtresse de maison doit dresser sa table, répartir ses invités, toutes ces règles de bienséance expurgées progressivement à chaque réédition (on voit bien à quoi ça mène : regarde les jeunes d’aujourd’hui, ami lecteur, taper des SMS, ça ils savent faire, mais positionner correctement fourchette, couteau, cuillère à soupe, cuillère à dessert, verre à eau et verre à vin, y’a plus personne. Nan, les dents du couteau vers l’assiette, je te l’ai répété cent fois).

Du vrai bonheur ethnologique, ces vieux bouquins de cuisine.

C’est donc avec enthousiasme que je feuilletais La cuisine moderne illustrée (rédigée par une réunion de professionnels – librairie Aristide Quillet – 1948), et que je tombais sur ce chapitre que je vous retransmets verbatim :

« Les plaisirs de la table sont des plaisirs intimes. Ils n’aiment pas le tapage ni la foule. Quelle grossière erreur aujourd’hui ! Comment croire à l’intelligence humaine quand on voit ces restaurants où l’on danse entre deux plats et au son d’un orchestre nègre bon à nous donner la colique ?
C’est un scandale. On comprend que des nègres qui dévorent du couscous ou des fragments de chair rôtis saupoudrés de la poussière du sol se consolent de cette maigre chère en dansant ; mais des êtres civilisés ! C’est à peine croyable. Un bon repas demande du recueillement et un échange de paroles spirituelles et gaies. »

Quand je pense qu’on ergote encore sur les bienfaits de la colonisation. 

2 gazouillis sur “Haute gastronomie”  

  1. #1
     
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    Douda a gazouillé  :
    savoureuse, cette citation.
  2. #2
     
    gravatar
    Comme en terre a gazouillé  :
    >
    Oui, ** au Michelin, j’espère.

    J’en ai une autre marrante, je l’ai retrouvée dans une vieille édition de Je sais cuisiner (1932 !), histoire de prouver que ce que je dis plus haut n’est pas pure imagination (comme dirait l’autre : inspiré de faits réels !!!) :

    « C’est un devoir de la femme dans toutes les conditions sociales de s’occuper de son foyer.

    Surveiller le travail ménager exécuté sous ses ordres ou le faire seule ; expliquer les diverses préparations culinaires qui composent un repas ou les mener à bien elle-même ; telles sont les préoccupations actuelles de chaque femme.

    On ne s’improvise pas ménagère : il y a une science du ménage. On ne s’improvise pas cuisinière : il y a un art culinaire. La plupart des livres de cuisine donnent des détails inutiles, des recettes basées sur l’empirisme, sur des coutumes anciennes et coûteuses. Aussi avons-nous jugé nécessaire de présenter un ouvrage logique dont le fond s’appuie sur des données scientifiques et générales.

    Les recettes, simples le plus souvent, précises et économiques qui s’y trouvent, prouveront aux jeunes filles qu’il n’est pas difficile de faire de la vraie, saine et succulente cuisine française. Quelle satisfaction pour la femme de pouvoir enfin servir à sa famille, à ses amis de bons repas, bein préparés. Il n’en faut pas plus, très souvent, pour faire régner au foyer la bonne humeur et une parfaite harmonie. »

    Qu’est-ce que vous dites de ça, les filles ?

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