[1379] Lettre polie à quelques amis qui se trompent sur l’infidélité

Pour ceux qui me suivent sur Twitter, vous avez pu être témoins il y a une poignée de jour d’une passe d’armes plutôt virulente au sujet de l’infidélité, opposant des infidèles ou des ex-infidèles (dont j’étais) et, dans le camp adverse (car il y avait vraiment bataille), des polyamoureux.

La chose qui m’a particulièrement choqué dans ce débat fut la violence avec laquelle fut condamné le mensonge dans leur bouche((Disclaimer : à plusieurs reprises dans ce texte, je vais insister sur le fait que le cas général, fut-il majoritaire, n’a pas valeur d’absolu. Que le sens de la nuance est important. Bref, vous l’aurez compris : je ne suis pas du tout en train d’insinuer que tous les « polys » pensent comme ceux à qui je me suis frotté.)). J’aurais imaginé plus de tolérance de la part de ces personnes qui vivent pourtant dans un univers tellement proche du mien (cela fait longtemps que je ne me pose plus la question de savoir quelle étiquette poser sur une personne que je vais croiser dans une soirée lubrique : polyamoureuse, libertine, pansexuelle, switch, tout ce que tu voudras !). La deuxième chose, choquante elle aussi, fut que le mensonge était, dans leur bouche, décrété comme « objectivement, absolument, universellement » mauvais, sans nuance et sans reconnaître qu’il s’agissait là d’un jugement personnel, d’un choix moral qu’ils avaient fait, eux. Je lis dans le texte publié sur le burp d’un des protagonistes de cette confrontation : « Et je ne comprends pas que l’on ne puisse pas admettre que biaiser, mentir, cacher, [c’est] lâche » (on conviendra que « lâche » nous place bien dans le champ du jugement de valeur).

La mémoire courte

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais rapidement esquisser la question « D’où viens-tu, poly ? » Sans prétendre être historien ni sociologue (on trouvera sur la vaste toile des articles bien plus pertinents et précis sur ce sujet), on peut dire grossièrement que le polyamour est un courant de pensée du rapport de couple né du constat que le fonctionnement « classique » du couple est voué, dans une majorité de cas, à l’échec. Un ouvrage que j’ai régulièrement cité, La déliaison amoureuse de Serge Chaumier, brosse l’histoire du couple à travers les époques, constate que le modèle majoritaire actuel (« le couple se doit d’être amoureux, voire passionnel, et quand la passion retombe, que la routine s’installe, le couple se rompt pour se reformer ailleurs ») banalise la séparation et esquisse un nouveau modèle (on sent que c’est la proposition de l’auteur) où, en complément de la cellule familiale (avec ou sans enfant) où une sorte d’amour-habitude lie confortablement le couple, chacun va trouver ailleurs la passion vive et fugace sans que cela ne remette en cause la complicité du proto-couple. Et ce, de façon ouverte, au lieu de recourir à l’adultère.

Sur le constat que « la passion sexuelle, c’est quand même cool » et « la passion sexuelle n’a qu’un temps » (cf. L’amour dure trois ans) couplé de « arrêtons de faire souffrir ceux qu’on aime » s’est forgé le modèle polyamoureux, conceptualisé de façon embryonnaire il y a environ un siècle et commençant à avoir pignon sur rue depuis à peine une dizaine d’année. Pour autant, ce modèle reste encore très marginal et même si les médias et les magazines féminins en parlent maintenant comme on parlait de l’échangisme avant, comme quelque chose d’épatant réservé à ceux qui ont le cœur bien accroché, la vox populi dira quand même que tout ça est bien dégueulasse.

Pour fréquenter de très (très) près quelques polyamoureux dont certains ayant participé au débat, je peux vous garantir que ce qui nous sépare est bien plus mince que ce qui nous relie : ce sont des personnes qui aiment les plaisirs charnels et ne conçoivent plus de se limiter à un seul partenaire. Mais voilà, eux ont eu la chance (ou le courage, ou l’opportunité) de former leur couple principal (quand ils n’ont pas une vie de célibataire) avec une personne partageant leur conception du couple, ils ont soudain oublié que la vie n’était pas si simple1 quand ce n’était pas encore le cas.

C’est tellement simple de jouer la probité, la moralité et la bienveillance quand on n’a plus à s’embarrasser de vivre avec les 99,9 % de la population qui n’adhère pas au concept.

Cinquante nuance de gris

Parce qu’effectivement, être adultère, c’est recourir au mensonge (a minima par omission), c’est aussi prendre le risque de faire souffrir son conjoint, c’est faire, seul, un choix qui concerne également l’autre avec le risque de lui faire mal. Tous ces arguments ont été avancés et je ne vais pas chercher à les contrer. Ils sont factuels. Ils sont tout simplement constatés. Sebleo76 lui-même le raconte : comment il a choisi de tromper sa femme, comme il l’a fait souffrir, etc.
Malgré les pincettes qu’il prend en précisant dans son billet qu’il ne parle que de son expérience et de son point de vue, il perd parfois de vue que son expérience personnelle, fut-elle comparable à bien d’autres, n’a pas valeur universelle. Il prétend qu’il a été lâche, qu’il a fui le dialogue ; je ne connais pas son histoire mais je pense qu’il a peut-être la mémoire courte et que, s’il n’a pas jugé possible le dialogue à cette époque, il n’en porte sans doute pas toute la responsabilité.

J’en viens ici à mon credo : les histoires de couple se construisent à deux. Si l’on sort en tout cas des cas extrêmes de violeurs ou de pervers narcissiques où, j’en conviens, il serait indélicat de prétendre que la victime partage une part de responsabilité avec son bourreau, je prétends que dans un couple fondé sur l’amour, il y a une place pour le dialogue et l’écoute, mais que cette place peut sérieusement s’amenuiser quand les projets, les aspirations des deux tenants du couple commencent à diverger une fois dissout le ciment de la passion (où tout est si parfait, mon amour…). La rupture du dialogue n’est donc pas toujours de la responsabilité de celui à qui des ailes va pousser pour aller voir ailleurs. Dans mes efforts pour faire de mon couple un espace d’épanouissement sexuel, je me suis pris plusieurs fins de non-recevoir avant de prendre la décision, certes unilatérale, d’aller construire hors de mon couple des histoires parallèles. Quand votre partenaire ferme toutes les portes que vous essayez d’ouvrir ensemble, est-ce « lâcheté » que de choisir d’ouvrir une porte seul ? Moi, j’appelle ça « préservation de soi ». On peut y voir une forme d’égoïsme, certes. Mais voir l’infidèle comme celui qui fait souffrir l’autre (ou prend le risque de le faire souffrir) sans prendre en compte que l’infidélité peut être une réponse à une souffrance, c’est voir le monde d’une façon manichéenne sans prendre la peine de réfléchir aux nuances.

Un mot aussi sur la distinction à faire entre le mensonge et la révélation du mensonge. Considérer que « le mal est fait » dès que le mensonge est prononcé, c’est se placer comme être omniscient, prêt à juger chacun comme Dieu au moment du jugement dernier. Tous les mensonges ne sont pas découverts. Tous les adultères ne finissent pas dans un bain de larmes et de douleur. On ne compte plus les cas où le conjoint trompé ferme les yeux (consciemment ou pas) pour préserver un équilibre de couple (« Ça m’arrange qu’il/elle aille baiser ailleurs tant que cela reste socialement caché »).

Enfin, considérer que le mensonge est, par essence, mauvais, c’est aussi oublier tous les cas où le mensonge est bienveillant (pour rassurer, pour faire rêver, pour encourager…) et oublier tout autant combien la vérité peut, elle, a contrario, être parfois blessante, brutale. Pour nous recentrer sur l’adultère, le conjoint qui, rongé par la culpabilité, « avoue tout » à son partenaire pour qu’il se démerde avec ça, c’est encore un grand classique.

I have finally come to terms with the fact that SECRETS are NECESSARY.Le contrat implicite n’est pas explicite

Les couples poly ont au moins un avantage clair sur les couples « classiques », c’est que le contrat de couple qui les unit (et je ne parle pas de contrat notarial ni d’engagement devant le maire ou le curé, vous m’avez compris), tout du moins pour le chapitre de leur vie sexuello-sentimentale, est explicite. Comme ce point est central dans la « philosophie » de vie polyamoureuse, les lignes entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit, entre ce qui doit être partagé et ce qui doit rester tu, sont clairement tracées. Pour les autres couples, le contrat n’est pas toujours aussi clair qu’on veut bien le croire. La société a évolué ; l’adultère n’est plus un motif suffisant de divorce pour faute [ERRATUM du 20/06/17 : une lectrice bien informée m’indique que je me suis trompé ! L’adultère a disparu du code pénal mais reste une faute dans le code civil et reste donc un motif légitime de divorce pour faute, même si la jurisprudence glisse vers plus de tolérance] ; les couples fonctionnent différemment, confrontés à l’adultère. J’ai connu une femme mariée qui, ayant appris que son mari l’avait trompée, a souhaité le cocufier à son tour. Mon propos n’est pas de donner mon point de vue sur cette situation (j’en ai un !) mais de montrer que le mensonge de l’adultère n’est pas forcément qui foudroie et détruit instantanément un couple dès lors qu’il est révélé. Les équilibres de couple sont des choses complexes et des tas de motifs peuvent détruire un couple (même un couple vivant à l’écart du mensonge) et le mensonge peut briser un couple ayant l’apparence de l’harmonie en plein vol… ou pas.

En conclusion

Vous l’aurez compris, mon propos n’est pas d’encourager l’infidélité, encore moins de promouvoir le mensonge comme facteur d’harmonie du couple. Simplement je veux inciter chacun à savoir prendre du recul par rapport à sa propre histoire avant de généraliser (par exemple je ne déduis pas que ma ligne de conduite soit la meilleure façon de faire durer son couple au moins 25 ans), et ce n’est pas parce que vous ne supporteriez pas être confronté au mensonge de votre partenaire (franchement, qui prétendra spontanément avoir envie qu’on lui mente ?!) que tout le monde sera anéanti par un mensonge, fut-il prolongé dans le temps. Surtout, surtout : vous qui vivez en couple depuis plusieurs années, vous qui avez dépassé la phase passionnelle des trois premiers mois ou des trois premières années, vous savez que maintenir son couple à flot, avec harmonie, réclame des efforts, des compromis, du dialogue, de la patience. Alors ne jugez pas trop durement ceux qui, dans ces difficultés font des choix pas forcément heureux, et qu’il est surtout facile de prétendre a posteriori qu’ils n’étaient pas les bons. On fait toujours ses choix avec les éléments de compréhension et le contexte qui sont présents au moment-même où on les fait ; c’est un peu facile de prétendre, quand le temps est passé, que le contexte a changé, qu’ils étaient, par essence, mauvais.


  1. Je pourrais développer ici et détailler pourquoi je ne crois pas que le modèle polyamoureux soit « si simple » et forcément gage d’une sexualité et une vie de couple[s] épanouie, mais je n’ai pas l’ambition d’écrire pour l’Encyclopedia Universalis. []

9 gazouillis sur “Lettre polie à quelques amis qui se trompent sur l’infidélité”  

  1. #1
     
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    Barbara a gazouillé  :
    Et d’ailleurs qui lit encore l’Encyclopédie Universalis ?
  2. #2
     
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    Barbara a gazouillé  :
    Pour avoir lu les échanges qui ont donné lieu à cet (toujours très chouette) écrit, je crois que tes interlocuteurs et toi ne parliez pas des mêmes mensonges, et que tu t’es senti au pied du mur placé comme « menteur invétéré qui fait délibérément mal à l’autre ». Ce genre de menteur existe. J’en ai connu un, à qui j’avais posé la question « tu sembles très proche de S., est-ce qu’il y a quelque chose d’intime entre vous ? » « Oh non, elle est chiante, je n’arrive pas à m’en dépatouiller » pour apprendre de la bouche de S. dix jours plus tard leur relation sexuelle par un sms à 7 heures du matin qui m’a réveillé. (Je pourrais épiloguer longtemps en me demandant si c’est le mensonge ou le fait d’être réveillée qui m’a fait mal. Parce qu’en fait, j’étais prête à participer à leurs ébats et finalement je me suis sentie rejetée. Oui c’est le rejet qui m’a fait mal, le fait d’avoir ouvert la discussion et d’être… Quoi j’épilogue ? !).
    Tu n’es pas ce genre de gars en tout cas. Et je ne crois pas que tes interlocuteurs te casaient dans cette catégorie.
  3. #3
     
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    Popins a gazouillé  :
    Lettre polie d’expression d’un point de vue différent.

    Cette lettre est aussi en réponse à l’article publié sur sur hiddenappleblog.wordpress.com.

    Je pensais que les humains pouvaient débattre, échanger des points de vue différents sans pour autant se sentir attaqués. Je me retrouve, malgré moi, guerrière dans un combat d’idées, cela me prouve que je ne suis qu’une pauvre petite humaine qui fait de son mieux.

    A la lecture de vos mots, je me dois de défendre ma position (et je vous remercie au passage de me donner cette opportunité au delà de 140 caractères) qui n’est absolument pas dans la classification manichéenne que vous citez qui serait entre les indignes et les honnêtes.

    Je suis une femme qui a été confrontée aux difficultés de la vie de couple post passionnelle, avec pourtant des projets fondamentaux à mes yeux tels que la fondation d’une famille (j’exclue, de par mon non-intérêt aux bien matériels la construction d’un toit qui me semble totalement superflue dans ce débat, même si je peux respecter les priorités de chacun. Un toit n’est que matériel malgré tout l’investissement financier et humain que cela sous entend). Je ne dirai jamais que la vie est simple, que le monde est simple, et encore moins que l’humain est simple ; si tel était le cas je pense que la terre tournerait mieux et cela se saurait.

    J’ai été, comme de nombreuses personnes, confrontée à mon non-épanouissement dans mon couple. Un non-épanouissement qui peut être perçu comme égoïste car mon conjoint et mes enfants pouvaient sembler totalement épanouis. Et j’ai été confrontée à un choix : l’adultère ou la séparation.
    L’adultère, je l’ai expérimenté, de manière non préméditée, fait d’expériences ponctuelles et non suivies. J’irais même jusqu’à dire que cela m’a fait du bien ponctuellement, comme un nouveau souffle. Mon tribunal interne me l’a fermement condamné. Je n’ai toutefois pas chercher à me déculpabiliser en révélant mes écarts à l’autre, bien consciente que cela n’aurait servi à rien dans mon cheminement, si ce n’est à le faire souffrir.

    Donc non, par expérience je sais que je ne peux mentir à mon compagnon. Je ne parle pas ici du mensonge bienveillant qui pourrait être de le valoriser pour son initiative culinaire qui ne serait pas forcément du meilleur goût, il faut valoriser la prise de risque et les initiatives.

    Et je ne cherche aucunement à (re)mettre quiconque dans le droit chemin, d’ailleurs y a-t-il un droit chemin ? Je souhaite ici que mon idéal soit entendu et respecté, tout comme je respecte le chemin et les choix d’autrui.
    J’avais un idéal de couple, qui deviendrait parent pour, bien plus tard, accueillir ses petits enfants. Vous parlez de conflit interne. Je travaille en psychiatrie, et même si je ne prétends pas avoir la science infuse et la connaissance parfaite de la psychologie humaine, je pense avoir suffisamment d’expérience et de connaissances pour tenir compte de cette dimension.

    Vous dites avoir fait le choix de préserver tout le monde, et en particulier votre couple dans le choix de l’adultère. Je me sens attaquée. J’ai choisi la séparation. Alors mon choix devient égoïste ? Je n’ai pensé qu’à moi ?

    Encore une fois je ne peux vivre dans le mensonge, celui ci étant ici un non respect du contrat qui lie le couple (qui peut être du plus exclusif au plus libéré, il y a autant de contrats que de couples). Si je n’ai pu assouplir le contrat de mon couple, j’ai choisi de le rompre réellement, il n’y a aucun jugement de valeur dans mes propos, encore une fois il s’agit de rupture de contrat dans les deux sens du terme.

    Alors oui je suis peut être une bisounours, une licorne qui vit dans un monde d’apparences. Mes attentes dans la vie de couple vont dans le sens de m’apporter un épanouissement suffisant à ma survie. Ce n’est pas de vivre dans une image d’Épinal. Il y avait encore de l’Amour envers le père de mes enfants, mais un amour fait d’attachement, de sécurité, presque d’habitude. Et ce n’est pas suffisant pour moi. Oui j’ai fait souffrir aussi mes enfants, ils ont subi, eux aussi, ma décision. De mon point de vue, les enfants ne demandent pas à venir au monde. Ma conception de la parentalité est telle qu’ils ne me doivent rien, tout comme je ne veux pas leur faire porter un quelconque sacrifice de ma part. Je veux transmettre la valeur de respect de soi avant tout. L’argument du « je reste pour les enfants » n’a, dans ce contexte, eu aucun poids.

    Si je m’exprime, c’est que ce qui devrait (voir ne devrait pas vu les contraintes des 140 caractères et de la difficulté de se comprendre même de vive voix sur des sujets qui touchent à l’intégrité de soi, et cela quelle que soit la position) être un débat est en fait réellement un combat. Chacun défendant ses positions depuis ses tranchées, ses retranchements. Nous vivons vraiment dans un monde qui manque d’ouverture, de respect de la différence. Si vous ne voulez pas être jugés, ne jugez pas les autres. Et ne cherchez pas à convaincre ou à vous justifier, l’important étant finalement de faire réfléchir et surtout, avant tout, d’être en accord avec SES propres choix et SES propres limites.

    Ne pas choisir l’adultère, ne pas le cautionner, n’est pas un jugement des adultérins. C’est un respect de ce qui est acceptable pour soi. Soi n’étant pas les autres, et se limitant à un avis subjectif qui doit se faire entendre et être respecté, tout comme un avis qui serait opposé.

    Je crains, encore plus, pour l’humanité quand je vois cette agressivité sous-jacente de toutes parts. Oui je suis une grande naïve et j’en suis presque fière.
    PeaceAndLove
    Popins

  4. #4
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    L’Encyclopedia Universalis, c’était ma petite touche pour renforcer le côté #old du donneur de leçons ;-)
    Cela étant dit, même si je ne crois pas effectivement que mes contradicteurs me prennent pour un génie malfaisant, je pense qu’ils étaient sincèrement rétifs à l’idée qu’un mensonge, a fortiori pour dissimuler un adultère, puisse être bienveillant envers son partenaire.
    Une nouvelle fois, et je n’ai pas besoin de ton exemple pour le réaffirmer avec force, il est évident que cette bienveillance n’est pas généralisée (et je reconnais aussi que, pour ma part, mes mensonges étaient d’abord là pour me protéger) et que le manque de dialogue peut venir du trompeur. Dans le cas de ton menteur, avait-il les clés pour imaginer que tu pourrais être intéressée par un trio ?

    Je vais commencer par te remercier cérémonieusement pour le temps que tu as pris à apporter ta contribution détaillée au débat. J’étais sur le point de me désoler de l’incapacité à débattre liée à Twitter où tout doit être court ou expéditif (c’est le deuxième billet, après celui sur «féminisme et voile», que j’écris car frustré par l’incapacité à faire passer des notions délicates ou ambigües sur Twitter, et comme pour la première fois, l’essentiel des réactions se sont faites sur Twitter avec la même pauvreté).

    Bienvenue, donc !

    Sur le fond maintenant : je vous remercie pour le soin avec lequel vous avez détaillé la situation dans laquelle vous vous êtes retrouvée et les choix de vie résultants que vous avez faits. Vous expliquez très bien comment vous avez voulu ces choix en accord avec votre sens moral et avec les valeurs que vous vouliez donner à votre choix de vie. Votre choix est parfaitement respectable, tout comme est respectable le choix de S.Leo de se flageller pour son précédent choix de vie, pour le mal qu’il a fait (ou pense avoir fait – je dis ça parce que c’est toujours très délicat de parler au nom de quelqu’un d’autre, et je prends d’ailleurs toujours des pincettes quand je dis que ma femme est heureuse, car je me base sur ce que je ressens et sur ce qu’elle exprime, mais sans pouvoir m’assurer de la totale sincérité de ses propos), et d’avoir fait désormais le choix d’une vie sans ce mensonge.
    Cela, je ne juge pas. J’en prends note. Il me faudrait mille autres détails pour me forger une opinion et oser dire si vous avez eu tort ou raison de faire ces choix-là.

    On parle bien souvent très défavorablement du jugement comme s’il s’agissait d’un droit que l’on n’a pas à s’octroyer. Je veux bien appeler ça « une opinion » si cela fait moins peur (on pourra s’amuser à aller se promener dans l’espace sémantique du mot), c’est ce que notre cerveau fait en permanence, en particulier dans un débat.
    Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos ! Je n’ai pas « jugé » les choix de vie de mes détracteurs, j’ai « jugé » leurs choix de pensée à propos du mensonge adultérin. Je les ai trouvés étroits, obtus, incapables de s’ouvrir à la complexité, incapables de comprendre que leur histoire n’était pas toutes les histoires. C’est contre cette étroitesse que j’ai combattu avec virulence (mais les propos contre lesquels je me battais n’étaient guère tempérés) et pas autre chose. Je suis à peu près certains que le débat ne se serait pas enflammé comme il l’a fait si le format Twitter ne poussait pas à la formule expéditive, si nous avions été face à face. Dans ma vie de militant politique, j’ai vu comme nous étions capables de nous déchirer durement dans des débats alors que nous appartenions au même parti. C’est pour cette raison que j’ai rappelé ça en préambule de ce billet : ce qui nous divise est bien plus mince que ce qui nous unit.

    Vous n’avez donc pas à combattre ici ; et moi je n’ai pas non plus à vous combattre.

  5. #5
     
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    Popins a gazouillé  :
    Merci pour votre réponse.

    Je vous cite : « il me faudrait mille autres détails pour me forger une opinion et oser dire si vous avez eu tort ou raison de faire ces choix-là. »

    Si chacun a le droit de se forger une opinion, personne n’a le droit de dire si j’ai eu tort ou raison. C’est là ma nuance subjective entre opinion et jugement, en dehors de toute considération sémantique. Et dans ce sens, je ne juge pas les choix des autres.

  6. #6
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    Votre précision est pertinente et ma formulation maladroite.
    Après, il m’est arrivé de débattre avec des amis de sujets facilement polémiques, comme par exemple, l’éducation des enfants. Avec des formulations du genre « moi je n’aurais pas fait comme ça ». Mais c’est vrai qu’il faut être très prudent dans ce genre de sentences, pour qu’elles puissent être entendues, accueillies, débattues.
  7. #7
     
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    Barbara a gazouillé  :
    Bonjour :-)
    oui il était au courant, mais apparemment ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que lui voulait une relation uniquement à deux, même si la deuxième personne n’était pas toujours la même. Et ce qui est désolant, c’est découvrir n’être pas assez importante pour qu’il m’en parle simplement. Alors que je respecte le truc de chacun. La peur de blesser ou de n’être pas compris fait qu’on blesse au final quand la situation est révélée et identifiée comme mensonge.
    Dans un de tes écrits, tu dis avoir discuté avec ta conjointe de la situation qu’elle accepte plus ou moins du moment n’être pas au courant. D’ailleurs, j’en profite ici pour dire combien je trouve ton épouse formidable, déjà de ne pas te suivre automatiquement dans une sexualité qui serait de complaisance pour elle, et de respecter quelque part ton choix. C’est pourquoi j’ai du mal à comprendre le procès d’intention qu’on te fait. C’est ainsi que je le vois. J’espère me tromper. Ce n’est jamais facile de ne pas être compris dans ses choix. Bisous.
  8. #8
     
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    Vellini a gazouillé  :
    Dommage, je ne flâne plus sur twitter.

    Moi je dis, adultères ou polyamoureux ce sont tous des infidèles!
    Le polyamour est ma belle excuse pour me penser « honnête ». On est tous malhonnête: « on ne se dit pas tout »! Et tout dépend du côté où l’on se situe et des avantages que l’on tire!

    Perso, tant que je suis bien avec moi même et que personne ne souffre autour de moi, le monde est merveilleux. Je suis profondément contre les grandes repentances, si mon compagnon se sont mal avec ses « tricheries », il se confie à qui il veut, mais certainement pas à moi. Niet. Je pense que les gens n’imaginent pas le désarroi de la personne « trompée ». Vraiment pas!! Ce qui est fait est fait. Je ne verrai pas en lui, une once d’honnêteté pour m’avoir confié ses cachoteries, nooon! Quelle horreur!! Il manquerait plus que je lui baise les pieds! C’est de la pure mesquinerie! C’est fait, c’est fait, point. Si c’est si mal, alors stop. Qu’il arrête. Point, mais chut! Est-il un menteur pour autant? Non, tant que je n’en sais rien. Il ne me ment pas. Il s’accommode avec lui même.

  9. #9
     
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    oleolescoubidou a gazouillé  :
    Bonjour,

    Je lis votre blog de façon régulière tant je me régale de vos aventures et expériences toutes plus jouissives les unes que les autres.
    Voyez-y du voyeurisme car c’en est assurément ;)

    Je n’ai jamais pris la peine de m’inscrire pour poster un gazouilli avant aujourd’hui, tant je me sentais un peu éloigné de la vie qui est la vôtre
    Néanmoins je trouve ce sujet passionnant et j’aimerais moi-même y apporter mon avis si vous le permettez

    Je suis marié, en couple et toujours amoureux de ma tendre épouse après de longues années de vie commune, j’ai beaucoup de fantasmes (qui n’en a pas ?)
    qui malheureusement ne trouvent que peu écho auprès d’elle. Pour autant je n’ai jamais cherché à la tromper, sachant que je lui ferai trop de mal si elle venait à l’apprendre et de plus
    je n’ai pas envie de mettre l’équilibre de notre couple en danger. Aussi je mets mes envies de fantaisie de côté et me contente de ce qu’elle m’offre, ce qui est, toujours aujourd’hui encore, très bon.

    Je ne suis donc pas libertin, loin s’en faut puisque je n’ai jamais « trompé » ma moitié ni choisi des voies qui auraient pu me conduire à franchir ce pas.
    Disons que j’ai toujours protégé mon couple de cette façon.

    Néanmoins, je comprends mal le procès qui vous est fait, car je pense sincèrement qu’il est des vérités qui peuvent faire énormément de mal, les aveux d’un adultère non voulu (mais toujours possible selon les circonstances), par exemple
    tout comme ces personnes qui se disent « directes » (« cash » et « profondément sincères » marchent aussi) et qui ne perdent pas une occasion d’agresser l’autre sur ses divers choix plutôt que de tourner 7 fois leur langue dans leur bouche ; tandis qu’à l’inverse
    les mensonges peuvent être des moyens de protéger la personne aimée de blessures inutiles…

    Alors c’est vrai, nous pouvons disserter sur le bien, le mal, le mensonge, mais ne vaut-il pas mieux raisonner en termes de souffrance, d’amour et d’humanité ?

    Vous l’aurez compris, je déteste ces soit-disant personnes sincères qui mettent mal à l’aise leur monde et je préfère parfois, souvent, éviter de blesser l’autre tant que faire se peut. Ce n’est pas toujours si simple ; lors d’engueulades, des pulsions de sincérité
    peuvent percer et frapper l’autre de plein fouet, ce sont souvent ces vérités là qui font le plus mal car l’autre n’est pas toujours prêt à les entendre.

    Je pense avoir deviné à travers vos lignes que vous êtes aussi le genre de personne à éviter de faire inutilement du mal à l’autre.

    Je vous souhaite encore beaucoup d’aventures et de plaisir avec vos conquêtes et n’hésitez jamais à nous les faire partager, comme vous savez si bien le faire.

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