[372] L’embrayage

Parler vélo est un sujet très légèrement douloureux au lendemain (ou quasi) du vol de mon deuxième vélo dans ma chère ville de banlieue. Le premier m’avait été volé directement dans ma cour au bout de trois mois, et j’avoue que cette intrusion quasi dans mon domicile m’avait douché. Le deuxième a été piqué âgé de six mois juste devant le cinéma du centre ville, lieu passant, où j’étais allé voir, un dimanche après-midi, le film de Julie Delpy Two days in Paris (que je vous recommande en passant, c’est un sympathique divertissement). Le prochain devrait me durer douze mois, donc, mais il faut dire que je vais multiplier les mesures de protection : tatouage et peinturlurage seront les deux mamelles de mon conservatisme patrimonial. La propriété, c’est le vol, à ce qu’il paraît, mais ça m’agace un peu de savoir que je peux garer ma voiture n’importe où sans rien craindre alors qu’un vélo qui a nettement moins de valeur (bon, vu de loin, quand on compare un vélo neuf avec ma 106, ça n’est pas si évident) risque de se faire voler entièrement ou en pièces détachées (cas de figure qui ne m’est jamais encore arrivé).
Privé de mon vélo 21 vitesses, j’ai voulu tester le fameux Vélib parisien à 3 vitesses et ses 22 kilos. Pour commencer, je voulais déjà noter que depuis à peine dix jours que le dispositif a été inauguré, le nombre de vélib que l’on croise dans Paris est assez stupéfiant. Certes, les beaux jours (fortiche, Delanoë, d’avoir attendu le vrai début de l’été parisien) sont un facteur favorisant mais n’empêche, ça marche. Ça roule.

Je craignais le pire. Les bornes vides sans vélo, où tous indisponibles. Les problèmes informatiques. Etc.
En fait, tout s’est très bien passé. La seule difficulté, c’est de trouver les points d’accès, en fait. J’ai par exemple débarqué à Saint-Lazare et n’ai pas vu de point immédiatement à proximité. J’ai croisé un homme en vélib (ça pullule, vous dis-je), mais lui n’a su que m’indiquer un point à 10 mn à pied. J’étais à la bourre, j’ai fini par prendre le métro. Mais dès le lendemain, je consultais sur Internet et constatait que 3 points étaient à proximité de la gare dont un juste à côté de l’endroit où j’en recherchais un, planqué derrière une rue ; il suffisait de marcher 30 mètres.
 

Journée de RTT vélibienne dans Paris : je me fais un shoot de parisianisme, moi le parisien exilé en banlieue.

Trajet 1
Départ Dugommier : j’achète mon premier abonnement que j’associe avec le pass Navigo de ma carte intégrale. Le plus long, ce sera de faire défiler les conditions générales que je survole avant de pouvoir valider. Mon pass Navigo me sert ensuite pour prendre un vélo à une borne. Il y a des vélos, tout fonctionne bien.
Arrivée Les Halles. Je m’arrête dans un café prendre mon petit déjeuner. Ils ne servent pas de croissant, j’en achète ma viennoiserie dans la boulangerie la plus proche, l’air est agréable, la ruelle calme, le chocolat pas assez lacté à mon goût. Mon café jouxte la borne Vélib. Pendant mon séjour, je vois arriver une camionnette Décaux : deux employés viennent pour l’entretien, regardent les vélos indisponibles (lumière rouge).

 

Trajet 2
Départ Les Halles : le premier vélo que j’essaye de prendre ne se déverrouille pas. L’employé Décaux regarde vaguement mais je n’attends pas son diagnostic. J’essaye un autre vélo et ça fonctionne. Je note l’heure de départ : il faut éviter de dépasser une demi-heure pour éviter de payer un euro supplémentaire. Je choisis à chaque fois un vélo à la selle élevée pour n’avoir même pas besoin de la réajuster.
Arrivée : Saint-Lazare, point Vélib repéré au matin. Rien à signaler. Je repars vers ma banlieue pour deux-trois trucs à gérer (me vider les couilles, faire quelques courses pour la soirée de vendredi). Puis, retour sur Paris.

 

Trajet 3
Départ : Saint-Lazare. Ma borne habituelle. J’essaye depuis l’écran de consulter la localisation des stations dans ma zone de destination. La navigation sur l’écran se fait en se déplaçant depuis le point de départ (pas d’accès directement à un lieu ou à un arrondissement) : c’est fluide mais (il y a un gros mais) si j’arrive à atteindre en quelques clics ma destination, je ne vois pas apparaître sur le plan les stations !! Ce sera donc de l’impro.
Arrivée : Près de la rue de l’Amiral Coligny. Nouveau sport du vélibien : chercher les stations d’accueil. On commence à ouvrir l’œil quand on approche de sa destination (on scrute les rues perpendiculaires, on guette les flux de vélibs en imaginant qu’ils viennent à peine de quitter leur borne). Je la trouverai assez facilement, une rue plus loin. J’arrive à mon point de rendez-vous à l’heure pile annoncée et transpirant à peine. C’est Alexa. Nous avons un projet ensemble (on en reparle ici très bientôt).
Quand l’heure vient de nous séparer, je me dis que je vais profiter du temps que j’ai devant moi (il est 17h, j’ai 2h30 devant moi) et de ma présence près des quais pour faire un tour sur Paris-Plage (un shoot, je vous dis – méga dose). Je descends donc à la plage et fais (à pied) le tour des installations. Je pars du podium où des couples apprennent à danser le rock et je remonte la Seine jusqu’à l’Arsenal. Ah, quartier que je ne traverse pas sans la nostalgie des années où j’y ai vécu, en plein cœur de Paris. Une autre vie, presque. Je remonte à peine des quais qu’une station Vélib me tend les bras.

 

Trajet 4
Départ : Bassin de l’Arsenal.
Il me reste du temps, je vais remonter Paris-Plage dans l’autre sens mais cette fois chevauchant mon fier destrier. Slalom entre les piétons quand l’espace le permet, conduite prudente. De toute façon je ne suis pas là pour blinder mais pour mater les filles en maillot de bain. Après avoir dépassé le podium de danse-rock toujours très fréquenté, j’entre dans le long tunnel qui débouche aux Tuileries, non sans trouver étrange de me trouver dans cet étrange endroit, presque vide, alors que je ne le traverse habituellement que dans l’autre sens, voiture parmi les voitures. Ensuite, je traverse les Tuileries assez vite à la recherche d’une borne, viteuuuuh !, mais je crois qu’à une minute près, j’ai dépassé les fatidiques 30 minutes et que du coup, cette course aura fait doublé le coût de ma journée vélib.
Arrivée : face au Ministère de la Culture.
Je profite des quelques minutes qui doivent séparer la reprise d’un vélo pour passer quelques coups de fil pour préparer la suite de ma journée.

 

Trajet 5
Départ : Même borne (RÀS).
J’ai rendez-vous à Barbès, en principe, mais comme je suis en avance je donne quelques coups de pédale supplémentaire pour aller jouer les fantômes chez une fantôme (ça, c’est retors !). Je remarque que, dans ce quartier, les piétons ne respectent absolument pas le couloir vélo intégré au trottoir. Je joue sans cesse de la sonnette.
Arrivée : Jules-Joffrin
Je m’achète dans le Picard un sorbet à la framboise pour me rafraîchir. Je passe un coup de fil, attend en vain une réponse, décide de tracer vers Barbès pour y arriver à 19h30.

 

Trajet 6
Départ : Jules-Joffrin
Arrivée : près de Barbès. Alors là j’ai pas mal galéré avant de trouver une station. J’ai fait quelques rues, quelques détours, en vain. J’ai repéré le bar où j’allais me poser pour attendre mon rendez-vous, mais pas de station à proximité. Je finis par en localiser une, vide. Vandalisée. Saccagée. Brûlée. Je fulmine contre l’esprit malade qui a pu trouver intéressant de foutre le feu, pensant probablement faire progresser la rébellion anti-bobo.
Je finirai par trouver une station en faisant rebrousse-chemin, et finalement très près de l’amie chez qui j’ai rendez-vous. Mais je dois d’abord retrouver mon accompagnatrice et l’accompagnateur de mon accompagnatrice. Je marche donc jusqu’à mon café, y commande un panaché, en scrutant chaque couple qui passe, espérant y reconnaître mes invités (il s’agit d’un blind date, c’est plus rigolo). Je poireaute en vain, en fait ; arrivé à l’heure du début de la soirée, je m’y rends en attendant le coup de fil signalant leur arrivée.
La soirée se passe… très agréablement. Arrive l’heure où je me dis qu’il est temps de rentrer chez moi pour arriver à peu près frais à ma réunion en clientèle le lendemain (où je croiserai brièvement CdV). Il est environ minuit et demi, l’heure où les métros sont rares et incertains. Je décide de pédaler jusqu’à la Porte de Champerret pour finir mon trajet en taxi. Je vais à la borne la plus proche, celle où j’avais laissé mon vélo. Elle est vide. Je marche un peu…

 

Trajet 7
Départ : Anvers.
Arrivée : Porte de Champerret. Je repère assez vite la borne, très remplie : ma crainte est qu’elle soit complète, mais non, il reste quelques emplacements libres. Je finis mon trajet en taxi. J’en aurais pour 10 euros.
Mon parcours de toute la journée en Vélib ne m’aura coûté qu’un ou deux euros, lui.

Je suis ra-vi de l’expérience.

KNUZDICH

 


André Labarrère, l’ancien maire PS de Pau qui avait mis son homosexualité sur la place publique, s’était surnommé « l’embrayage », parce que c’est « la pédale de gauche ». D’où mon titre clin-d’œil à la dernière vulgarité de Laurent Gerra qui, à l’occasion du lancement de vélib, a dit que Paris devenait capitale de la pédale. Les associations gays & lesbiennes ont trouvé bon de protester. Si on commence à interdire l’humour sous le prétexte qu’il est mauvais, on est mal barré.

11 gazouillis sur “L’embrayage”  

  1. #1
     
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    k'tastrof a gazouillé  :
    La Zorra de la trad’ c’est moi : “brutti sporchi e cavitti” c’est le titre italien du film “affreux sales et méchants”. No comment. :p
  2. #2
     
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    morganedesfees a gazouillé  :
    merci de cette tranche de vie .. et vous voila roi de la pedale.. ca rends cela tentant et vivant en plein centre de paris .. j’ai deja reperé les borne et hesitais .. mais vous ‘mavez convaincu .. merci
  3. #3
     
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    columbine a gazouillé  :
    rappelons ici l’origine de l’expression “pedale” appliquee aux homosexuels: un tres mignon messager a velo (eh oui cela existait dans ce temps-la) passait souvent sous les fenetres de Colette pour se rendre chez Jean Cocteau, homosexuel notoire tout comme son ami Jean Marais. et ladite Colette s’ecriait “tiens voila la pedale a Cocteau”. quand on connait les moeurs tres libres et tres bi de Colette, il y a de grandes chances que cette expression n’ait rien eu de meprisant de sa part…
    personnellement les voitures me feraient peur a Paris sur un velo, mais c’est une super idee de promouvoir le velo et comme le dit CUI, ca a un super succes, on en voit vraiment plein.

    cela me fait penser a la chanson de Perret (non? ou est-ce Lapointe?): “A Paris, A velo on depasse les autos” :- )

  4. #4
     
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    alexa a gazouillé  :
    pour colombine: c’est joe dassin…
  5. #5
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    K’ta > Ahhh ! Merci… ben oui, donc, finalement, c’est normal de tomber ici alors (probablement suis-je en 39e page sur Google).

    morganedesfees > Ouais, cool, Delanoe me versera sûrement ma com’ pour ma large contribution au succès de l’opération ;-)))

    columbine > Merci pour cette petite précision historico-culturelle !
    Sinon, je crois que certains vélibs font peur aussi aux voitures, c’est de bonne guerre.

    alexa > Yep !

  6. #6
     
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    Agatha a gazouillé  :
    En voilà une bonne initiative !!! Merci de nous avoir fait profiter des bienfaits du vélo (la lecture m’a procurée un bon bol d’oxygène !), j’ai visité un peu Paris grâce à toi. Apparemment, tout est fait pour en faciliter l’usage !
    J’espère que ce n’est pas le goût de la nouveauté qui a contribué à l’engouement collectif, mais bien une véritable “conscience citoyenne”, alliant à la fois les côtés “pratique, ludique, économique et… Ecologique” (je vais me faire taper les doigts par Columbine une fois de plus ;-))
  7. #7
     
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    Thaïs a gazouillé  :
    Je ferai comme vos CUI le jour où je me ferai voler mon vélo à moi : je circulerai en Vélib. Je suis étonnée que vous ayez eu du mal à trouver une station dans le 18ème, et particulièrement du côté de la mairie sachant que la mairie de Paris a mis des stations tous les 300 mètres. Moi c’est dans le 8ème que je peste : peu de stations, peu de parkings 2 roues, et 0 piste cyclabe : c’est l’arrondissement du tout bagnole. D’ailleurs je me souviens d’une interview du maire du 8ème, interview au cours de laquelle il déclarait que de rendre les champs élysées piétonniers défigurerait la plus belle avenue du monde…. Quel….
    Ceci dit j’ai peur que Vélib ne fasse que prêcher des convertis c’est à dire des déjà piétons ou des habitués des transports en commun. Le jour où les automobolistes laisseront tomber leur bagnole n’est pas encore arrivé, le jour où les citoyens français se comporteront comme des citoyens non plus…. Vélib c’est bien mais c’est avant tout un coup de pub d’un maire envers son électorat bobo bien pensant qui veut se donner bonne conscience. Sur le nombre de vélibeurs je serais curieuse de connaître la proportion de ceux qui agissent pour réduire effecitvement leur empreinte planétaire….
  8. #8
     
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    volto a gazouillé  :
    C’est pas l’humour qu’il faut interdire, c’est Laurent Gerra.
    Sinon, je suis effectivement assez surpris par le succès de Velib. Ici, c’est le foirage total. Et pourtant c’est aussi Decaux qui a mis en route le système 6 mois avant Paris. Mais sans doute qu’en Belgique on réalise pas que faire du vélo en hiver n’est pas à la portée de tous les bobos citoyens. Et puis rien à faire, Bruxelles est bcp moins plate que Paris.
  9. #9
     
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    Comme un (train de) zélateur a gazouillé  :
    Agatha > Ravi que l’initiative t’ait plu ! J’ai refait une balade vélib hier pour profiter du temps radieux (ce soir, c’est la misère). Je persiste dans le ravissement mais je dois quand même dire que j’ai galéré en soirée et dans la nuit entre stations PLEINES quand je voulais me garer et stations VIDES quand je voulais rouler.

    Thaïs > Non, près de la Mairie du 18e ce fut sans peine. C’est autour de Barbès que j’ai ramé.
    Votre question sur « qui utilise vraiment vélib » est intéressante. Elle mérite d’être étudiée (je suis sûr que ça sera prochainement sondé par la ville de Paris). Je suis moins cynique que toi sur le pourquoi de Vélib. Pub pour la mairie, certainement, mais en rendant à tous l’usage du vélo plus accessible, on banalise progressivement l’usage, on le répand. Il est des métropoles comme Amsterdam où, depuis des années, le vélo est un des moyens de transports les plus utilisés. Paris est largement en retard. Vélib est un moyen de rattraper ce retard.

    volto > Gerra me faisait rire il y a quelques années mais il s’est hélas lourdement spécialisé dans l’humour facile, bas-de-gamme et, disons-le, beauf. Il pourrait se ressaisir, qui sait.
    Pour la Belgique, c’est étrange. Le modèle du voisin néerlandais n’a donc pas fait école ?

  10. #10
     
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    Miss S a gazouillé  :
    En bonne parisienne avide de la redécouverte du vélo, je me suis retenté un trajet Vélibien.
    Sauf que, je devais avoir l’esprit embrumé / ailleurs / déja en vacances (?).
    A un feu (oui je m’arrête au feu — des fois —, même si en marcheuse je n’ai plus vraiment l’habitudes des conventions / règles de conduite sur voie carrossable…), bref à ce feu là, au moment de reprendre ma balade, je me suis lamentablement vautrée sur la voiture garée sur ma droite. Je ne saurais dire comment j’ai perdu l’équilible… de fait, et en plus, en voulant me rattraper, j’ai remis ça. Heureusement, je n’étais pas sur une avenue en pleine affluence malgré la relative heure de pointe, et, l’air de rien, maugréant, ignorant sans honte aucune, la jolie rayure que je laissais en passant au pauvre proprio de la voiture rouge (pas de ma faute si le rouge m’attire), j’ai repris tant bien que mal mon trajet, sans que personne ne semble avoir remarqué mon trébuchement… Et la tête haute.
    Bon, j’ai honte un peu quand même.
    Mais y’a pas idée de se garer là, quoi. Zut.
    Pour me remettre, j’ai allongé jusqu’à une station vélib non loin de quelques vitrines, où j’ai bien failli ne pas trouver borne à mon vélo.
    Pour m’acheter des fringues.
    Une envie soudaine comme ça.
    A cause d’une voiture rouge.
    Je vous jure.

    En repartant, j’ai fait le bilan des dégats : une éraflure sur le poignet et un beau bleu sur le haut du bras. Une robe, un pantacourt, et deux t-shirt. (pis, pour la voiture ? après tout ce n’est qu’une voiture…)

    Bref tout va bien. Je suis presque prête pour le départ en vacances. :)
    Je vais pouvoir crâner avec mes nouvelles fringues !

    (euh, désolée)

  11. #11
     
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    Comme un kouign-aman a gazouillé  :
    Miss S > On est content pour toi et surtout, je te remercie pour cet effet subtil du Vélib que je n’avais pas perçu au premier abord : c’est destiné à relancer la consommation !
    (en fringues et en carrosserie).
    Quel sioux, ce Delanoë.

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