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to blow, blew, blown

Arabesques Intimes by Lobel-Riche (1936)

Elle m’avait dit « je vais te sucer pendant une demi-heure ».
Je m’étais dit que c’était une belle perspective.
Je m’étais interrogé sur notre capacité à tenir cette « distance », tant pour elle (crampe de mâchoire ?) que pour moi (si c’était trop bon, je risquais de jouir trop vite, et si ce n’était pas bon, je m’ennuierais, et si ? et si ?).

Elle m’avait dit « ce sera bon ! »
Je m’étais dit que j’allais lui faire confiance, et que j’allais me faire confiance (après tout, généralement je ne suis pas du genre à jouir vite et je saurai profiter pleinement du moment, sans trop me soucier de la grande aiguille qui trotterait sur le cadran de nos ébats).

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Elle était allongée sur le lit et, frondeur, je me postai à quelques centimètres de son visage, à bonne hauteur pour que ses yeux puissent pratiquement lire la devise embossée sur les boutons de la braguette de mon jean (ça doit dire « toi qui t’aventures ici, abandonne tout espoir » ou quelque chose comme ça). Avec une lenteur qui me faisait piaffer, elle a fait sauter un à un les boutons, caressant mon sexe gonflé encore replié contre ma cuisse. « Je ne devrais pas voir du tissu, ici ? » me fit-elle remarquer à mi-course. Un ou deux boutons de plus et elle engouffra enfin sa main pour aller délivrer de sa douce prison de toile Denim ma queue impatiente, en évalua brièvement, des doigts et du regard la forme, le volume, la douceur, avant de l’engouffrer dans sa bouche après l’avoir décalottée du bout des lèvres.

Non, certes, je n’avais aucun œil rivé sur ma montre ni sur une lourde horloge franc-comtoise qui aurait pu sans choquer contribuer à la décoration de la chambre déjà baroque de cet hôtel « [au] style rétro mais [au] confort moderne », mais nous n’avons pas atteint la demi-heure. Entre temps, mes mains en effet n’étaient pas restées inactives et avaient trouvé, par hasard, vraiment !, une source bouillonnante qu’il convenait de colmater pour éviter tout dégât des eaux.

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Plus tard, elle m’a dit « Allonge-toi ! »
Je me suis étendu sur le lit, de telle façon que je pouvais voir, sur le miroir placé au plafond1, mon corps entier à l’exception de la tête. Je trouvais l’image flatteuse, j’avais l’impression, en le voyant sous cet angle inédit, que mon sexe était plus long. Elle prit place sur le côté, agenouillée, l’axe de son corps faisait un angle aigu avec mes jambes. Sa tête, les cheveux mis en chignon au-dessus de mon ventre, de sorte que je ne voyais d’elle qu’un ovale de cheveux blonds masquant ma toison noire, son cul, somptueusement dessiné par la position qu’elle prenait, les jambes repliées, tout cela se reflétait aussi dans le miroir, si bien que je pouvais jouir du spectacle la nuque détendue et les yeux Ô Ciel !2, ou bien, en la relevant, je pouvais croiser son regard, regarder ses lèvres glisser sur toute la longueur de mon sexe ou s’aventurer sur mes couilles, laissant alors apparaître mon gland cramoisi luisant de sa salive.

Je lui ai demandé « Et si d’aventure, je sentais que j’allais jouir, que faut-il que je te dise ? »
Ce moment ne semblait pas imminent, mais je préférais prendre les devants et ne pas avoir à poser la question à un moment où je n’aurais plus été capable de comprendre la réponse, car en effet, c’était bon.

Elle m’a répondu « Tu fais comme tu veux », j’ai répondu « d’accord ! » et j’ai compris que j’avais affaire à une ces femmes suceuses qui ne s’offusquent pas de l’âcreté du sperme3 qui gicle dans leur bouche4.

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Concentrée, silencieuse, elle alternait ses jeux de bouche, de langue, de doigts… Parfois sa langue s’aventurait sur ce sillon en relief qui départage le corps en deux moitiés égales, part des testicules et conduit à l’entrée de mon cul, ouvert aux baisers et aux caresses. Parfois elle me branlait avec vigueur et si, d’un même mouvement, sa bouche suçait mon gland, je sentais violemment monter mon plaisir. Elle ralentissait alors, léchait chaque centimètre de la peau délicate de mon sexe (« et pour embrasser le corps tout entier, combien de temps cela prendrait-il ? ») ou tentait de prendre mon sexe au plus profond dans sa gorge, sans arriver toutefois à totalement l’engloutir. J’étais moi aussi plutôt silencieux. Je commentais parfois ce qui était particulièrement agréable, ou bien je lançais quelques conversations, de ce genre de conversation à sens unique où l’autre n’a pas toute latitude pour répondre5. Je profitais pleinement de toute la volupté de ce long moment consacré à mon seul plaisir6.

Elle reprit un rythme rapide pour me sucer. Sans doute quelques tensions dans mon corps (mes jambes qui se raidissent, mon dos qui se cambre, ma queue qui pulse) lui ont fait comprendre que, lentement mais sûrement, ou peut-être pas si lentement que ça, je m’approchais de l’orgasme.  Oui, ma jouissance arrivait et je ne fis aucun effort pour la retarder. Je laissai sciemment passer le point de non-retour, je grognai, je m’arquai sur mes jambes et sans que ça ne mette en pause les va-et-vient de sa bouche sur ma verge – bien au contraire, elle redoubla d’ardeur – j’éjaculai avec un long râle tandis qu’elle continuait de pomper vigoureusement mon sexe agité de spasmes.

Quelques minutes – oui, minutes – encore après, mon corps tout entier était encore secoué de secousses sporadiques, témoins de la plénitude de mon orgasme, tandis que sa bouche, immobile désormais, maintenait toujours au chaud ma queue palpitante.

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Mise à jour du 5/11/09 : Le point de vue de la demoiselle aux commandes peut désormais être lu sur ce billet.


  1. Pourquoi sont-ils si rares, les hôtels proposant cet accessoire si simple et pourtant si incandescent ?
  2. Monsieur rêve, lui aussi
  3. J’avais pris du jus d’ananas, toutefois, au petit déjeuner, qui est réputé, avec le nectar de goyave et quelques autres jus de fruits, pour adoucir la saveur de notre liqueur séminale.
  4. Et dans ma mémoire remonte le souvenir d’une soirée à l’Opéra où j’avais, avec délice, croisé un de ces succubes
  5. comme chez le dentiste en somme
  6. Oh ! Je ne vais pas rouvrir le sempiternel débat sur le plaisir du donneur et le plaisir du receveur, je crois que nous sommes tous ici – oui, toi aussi, ami lecteur – d’accord pour dire que dans ces circonstances, le plaisir se partage, mais bon, c’était quand même ici mon plaisir vers lequel elle comme moi étions tendus.
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