Il n’y avait pas de miroir judicieusement placé dans cette chambre d’hôtel. Bien en face du lit, on pouvait tout juste espérer voir transparaître nos silhouettes floues se former sur l’écran noir du téléviseur. Pour trouver un grand miroir, il fallait aller dans le couloir de l’entrée, là où l’armoire, celle qui recelait deux peignoirs en nid d’abeille écrus, nous reflétait en pied. Nous n’y étions pas. En tout cas, pas pour nous regarder.
Ou alors il aurait fallu deviner que la table de cette coiffeuse, sous l’écran de télé, dissimulait justement un petit miroir relevable dans le tiroir qui contenait le sèche-cheveux. Mais qu’aurait-il fait apparaître de plus qu’une main, une hanche, un sexe en transit ?
Nous n’avions pas de miroir, rien que l’image directe qui se formait sur nos rétines, dans cette chambre dont nous n’avions pas trop réduit la clarté, afin de profiter de tous nos sens l’un de l’autre (même s’il est vrai que tu fus quelque temps privée de la vue – par mes soins).
Les deux scènes que je vais évoquer ici ont donc été enregistrées par mon cerveau comme dans un jeu vidéo en first personal shooter ; je n’avais pas d’arme ni intention de donner la mort, sinon la petite. La vie, quoi.

separator

Symétrie

C’est moi qui suis allongé sur le lit, sur le dos, légèrement décentré sur la droite. J’ai calé sous ma nuque un des oreillers moelleux de notre couche – peut-être même deux –, parce que je ne veux pas perdre une miette de ce que voient, à ce moment-là, mes mirettes grandes ouvertes. Toi, tu te tiens à quatre pattes au-dessus de moi. Je ne te touche pas, ou alors pas tout de suite. Tu t’es placée de telle sorte que mon sexe soit à la hauteur de ta bouche et tu n’en fais pas grand secret : tu vas me sucer. Tu te saisis de mon sexe encore mou et tu le places dans ta bouche. Il n’est pas tout à fait au repos. Il a l’épaisseur du sexe qui bandait il y a peu, mais sans aucune rigidité. Il s’était déconcentré, en somme, et tu réclames maintenant toute son attention. Tu ne le tiens pas entre tes doigts. Il n’y a que ta bouche qui le retient et ne le lâche pas. Tes lèvres enserrent ma verge et en faisant varier l’appui de tes bras, tu remontes la tête jusqu’à ne tenir plus que le gland, toujours calotté, dans cet écrin vermillon, puis tu redescends la tête jusqu’à ce que tu puisses embrasser mon pubis. Mon sexe, encore tendre, entre tout entier dans ta bouche, mais à chacun de tes petits coups de langue, tu sens mon cœur battre entre tes dents ; à chacun de ses battements, une giclée de sang vient envahir un peu plus le boudoir capiteux qui accueille ma queue.
Ma main vient parfois caresser ton sein, envelopper ta nuque et fondre mes doigts à la naissance de tes cheveux ; ainsi elle fait corps avec toi et participe aux oscillations qui gonflent mon sexe et le gonflent plus encore. Mais elle préfère rester posée sur le lit, le long de mon corps, comme sa sœur impassible, de telle sorte que je contemple ce spectacle hypnotique et merveilleusement symétrique dont mon sexe, qui éclot dans ta bouche, est l’axe.

Deux amants dans la jungle - dessin d'Alphachanneling

Rigueur

À deux reprises, la scène ci-dessus s’est produite, à quelques variations près. Mais lors de la deuxième, enivré du plaisir et de la rigueur de fer que tu viens de me donner, je suis pris de l’envie incoercible de t’empaler.
Je m’échappe donc de cette douce prison dont les barreaux sont tes membres, je t’invite surtout à rester à quatre pattes sur ce lit, mais à t’en rapprocher du bord où je me positionne donc, à bonne hauteur. J’empoigne tes hanches avec fermeté pour approcher tes fesses veloutées de mon pubis. Ma main s’assure que ta chatte gorgée de mouille n’aura pas besoin d’un complément de lubrifiant puis guide la tête rougissante et encore luisante de salive de ma bite à l’entrée de ta chatte et, sans plus attendre, d’un geste sec du phallocentrisme le plus désinhibé, je tire ta croupe contre moi pour planter mon dard dans tes chairs.
Pardonne-moi pour ces mots crus, mais ce que je fais à ce moment-là est assez trivial : je te tringle, je te baise, je te pilonne, je te bourre, je te culbute, je… (j’en ai encore l’écume aux lèvres…)
Mes mains s’agrippent à toi de différentes façons avec le même but recherché à chaque fois : donner le maximum d’impact au prochain coup de boutoir.
Un observateur bien placé (mais nous n’étions bien que tous les deux) aurait pu, en se plaçant judicieusement à l’aplomb de ton pubis, voir, métronome, mon sexe entrer et sortir du tien avec la même régularité et le même graphisme hypnotique que ce que mon propre regard captait il y a quelques minutes au niveau de ta bouche.
Mes mains, disais-je : tantôt les voilà qui s’accrochent fermement sur tes hanches, comme lors du premier assaut. Puis, plus tard, c’en est une qui vient se cramponner à ton épaule, pour ramener tout ton corps à moi quand, d’un mouvement synchrone du bassin, j’enfourne au plus profond mon sexe qui n’en peut plus d’être conquérant (comme s’il espérait que par quelque magie, une nouvelle percussion nous fasse fusionner puis exploser ensemble, plongeant dans l’embarras l’armée de physiciens atomistes chargés alors d’enquêter sur ce cas inédit de fission fusionnelle). Tu râles, tu cries même quand ces mêmes mains harponnent tes cheveux et considèrent que cette nouvelle poignée flexible vaut bien la prise rigide de ton bassin.
Puis-je te dire qu’au-delà de ce plaisir que j’avais à te posséder, je me repaissais du spectacle de ton corps nu, de la racine de tes cheveux jusqu’à tes orteils que j’avais suçotés un peu plus tôt, en passant par la ligne de tes épaules, la courbe de ton échine et la raie de tes fesses où, ce soir, je ne me suis pas enfoncé.

Mister Hyde dans son cœur
Prenait des notes pour le docteur…

Illustration : AlphachannelingFellow Pounced On By Wild Jungle Cat