[173] Nos prisons

Dans l’album de Bashung Fantaisie Militaire, il y a une jolie chanson qui s’appelle Mes Prisons mais je ne vais tout de même pas lui piquer un part un tous ses titres, hein ?

 

Jail par Antje Kroeger

Nos prisons, donc, nos prisons sont une honte. Une honte de la République comme dit l’expression consacrée. Sauf que pour la République, c’est un sujet tabou. Éminemment politique et terriblement antidémagogique.

Le journal Libération qui est assez en pointe sur ce sujet (un des derniers sujets historiques traités par ce journal dont il puisse tirer fierté) publie régulièrement des articles sur l’état désastreux dans lesquels les prisonniers vivent ; conditions de vie abbérantes, conditions de fin de vie à filer la gerbe, surpeuplement, promiscuité, etc.
Une des brillantes signatures, Dominique Simmonot, a hélas quitté le journal suite aux difficultés que traverse actuellement le journal. Lisez ses articles (je ne sais pas si elle a trouvé un nouveau journal d’asile) excellement documentés !

* * * 

Il y a quelques mois, j’avais reçu d’une copine un petit PowerPoint (Le travail c’est la Santé) qui se voulait une comparaison rigolote entre bureau et prison (le message étant évidemment que c’est plus cool en prison) mais qui m’avait écœuré de bêtise, de contre-vérités, de poujadisme, sans oublier les quelques fautes d’orthographe qui émaillent généralement ce genre de jus de cerveau. Faut dire que dans les jours qui précédaient j’avais lu un article désolant sur l’état des prisons et dans les jours qui ont suivi un autre article relatait la triste histoire d’un gars tué dans sa cellule par son co-détenu cinglé.

* * * 

Évidemment, politiquement parlant, ce n’est pas très payant de dire qu’il faut mettre plus de fric pour la lie de la société. Gnagnagna on dépense plus pour les criminels que pour les victimes (entendu ce matin à la radio mais c’était pas en France, qu’importe, les réactions ici seraient les mêmes). (Sans parler de l’idée saugrenue de penser à envoyer moins de personnes en prisons et de travailler plutôt sur les causes en prévention et sur les alternatives quand il est déjà démontré que dans pas mal de cas la prison ne fait qu’aggraver les problèmes). Et qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : la société doit se protéger contre les individus dangereux et punir justement ceux qui transgressent la loi (la Justice est conçue pour ça).

Petit rayon de soleil : les résultats sortent aujourd’hui d’une étude lancée en mai dernier (il y a cet article du 25 mai 2006 qui traîne sur mon bureau depuis, c’était l’époque où je démarrais ce burp… il m’aura fallu cinq mois pour pondre enfin une note sur le sujet), l’ensemble des détenus ont reçu un questionnaire sur la condition pénitentiaire ; j’espère qu’il en sortira quelques choses de bons. Et je fais le vœu pieu que des candidats courageux pour la Présidentielle mettent ce sujet sur le tapis, mais je sais qu’ils ne le feront hélas pas. 

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Pour en savoir un peu plus : le site de l’Observatoire International des Prisons

 


La photo d’illustration est de Antje Kroeger

7 gazouillis sur “Nos prisons”  

  1. #1
     
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    D.e.S. a gazouillé  :
    tu peux zapper mon comm, mais d’abord, tu réécris pénitenTIAIRE (et pis, -nt à transgresse et pis je suis crevée, désolée…)
  2. #2
     
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    D.e.S. a gazouillé  :
    tu as raison pour les candidats à la présidentielle: le truc pour eux, c’est plutôt de dire qu’ils feront mettre plus de gens en taule!
    le sujet est quand même lourd et complexe.
    Se retrouver en prison quand on a été condamné, ok, mais les disparités entre les peines appliquées sont flippantes: d’où un viol d’enfant “coûte” 6 ans, alors que celui d’une femme adulte c’est 15? C’est juste un truc qui m’a marqué parce-que les deux “sentences” étaient annoncées le même jour sur la même page du journal… Les peines ne sont pas même pas approchantes, quels que soient les délits (et/ou crimes), suivant le milieu social (et pas seulement l’origine “ethnique”). Les conditions de vie en prison sont l’aboutissement d’une longue série de crises de mégalo de la part de certains politiques (cela n’engage QUE moi) et une pierre dans un édifice qui est plutôt branlant! Ca fait partie d’un tout. Il y a des politiques qui visitent les prisons à l’improviste, dénoncent ce qu’ils voient, même Amnesty nous montre du doigt: comme tout le monde (ou presque) s’en fout…
  3. #3
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    D.e.S à l’œil exercé >
    Ces deux fautes ont été corrigées, merci !

    Sinon, je sais bien que le problème est d’une atroce complexité et qu’il ne se résoudra pas en claquant des doigts ; mais c’est ce décalage entre l’inhumanité des conditions de détention et l’indifférence générale que je trouve choquant, vraiment choquant. Je crois que les gens s’en foutent parce qu’ils considèrent que finalement, ces conditions de vie, c’est une manière de payer pour leurs forfaits.

    Faut-il avoir un proche à qui ça arrive pour se sentir concerné ??? (je ne connais personne en prison)

  4. #4
     
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    D.e.S. a gazouillé  :
    moi non plus je ne connais personne en prison, mais, bon, je vois bien à mon boulot, quand les gens se sentent en confiance et qu’ils se “lâchent”. Cette mentalité de m**** vaut pour beaucoup de sujets. Perso, je suis en contact avec une assos qui soutient des familles (avec enfants scolarisés) qui sont sous le coup d’un arrêté d’expulsion: c’est hallucinant ce que les gens peuvent s’en foutre! et je ne parle même pas de “l’immigration choisie”… résultat, au RIE, on parle cul! ça évite les accrochages! (et la nausée!) Les conditions en prison, je crois, sincèrement, que les gens autour de moi (au boulot) diraient exactement ce qu’il y a d’écrit dans le .pps si on leur demandait leur avis…
  5. #6
     
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    pema a gazouillé  :
    100% d’accord ! La prison, comme la police d’ailleurs, est un mal nécessaire à protéger les citoyens. Mais priver un individu de se promener librement suffit, le reste c’est de la torture. L’ideal pour une société serait que ses prisons soient vides (et ses écoles pleines, en particulier de gens compétents).
    Et moi aussi, j’ai la gerbe quant j’entends la France bien pensante qui s’exprime de plus en plus ouvertement sur le sort à réserver aux prisonniers, aux immigrés, aux homos etc… tu vas voir que le grand retour de la femme à la maison et qu’elle ouvre pas trop sa gueule sinon elle en prend une… ça va pas tarder….
    Désolée, je m’étale mais ça défoule!
    Biz.
  6. #7
     
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    Roumi a gazouillé  :
    La question des prisons françaises est l’un des exemples de la belle communion d’esprit des politiques de gauche et de droite qui ne font pas grand chose dans ce domaine. J’ai le triste privilège d’habiter non loin d’une “maison centrale” qui se trouve être une verrue en plein centre ville et qui date de l’époque de Napoléon I où on a mis en place de système carcéral français avec une maison centrale de détention au chef-lieu de département et des maisons d’arrêts aux chefs-lieux d’arrondissements. Il y a environ quinze ans on a parlé de déménager cette prison hors de la ville ; cela étant dit, je pense que cela fait bien cinq ans que le projet est totalement abandonné. Aucun ministre n’a fait avancer ce projet et les prisonniers peuvent se réjouir de continuer à fréquenter cette maison centrale monument historique…
    Cela étant dit la responsabilité est collective ; l’opinion publique réclame toujours plus de sévérité, le législateur ajoute en conséquence toujours plus de lois générant des délits, … et puis on allonge les peines… on a aussi transformé la peine de mort en perpétuité, ce qui encombre les prisons d’individus dont on ne sait finalement pas quoi faire vu qu’ils n’ont aucun avenir ; certains d’entre eux ont même été jusqu’à réclamer le retour de la peine de mort pour en finir avec une existence définitivement compromise à leurs propres yeux.

    Que faire ? Depuis l’école jusqu’à la prison, l’Etat investit quand même beaucoup d’argent pour l’instruction publique, la transmission de valeurs élémentaires de vie en communauté… mais la mode est à l’exhaltation du principe de liberté individuelle, supérieure à tout, et cela conduirait plutôt chacun à penser à ses propres intérêts et à commettre des actions condamnables (incivisme, délits, crimes, …) au nom de ce principe… j’ai rien contre mais dans ce cas il ne faudrait pas trop parler de la honte de la République, sous entendue de nos institutions… elles ne sont que le reflet de notre médiocrité collective…

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