[1324] L’absente – le récit de Madeleine

J’aurais rêvé longtemps à cette soirée. Hésité pendant des heures pour savoir si je goûterais aux délices des massages, au plaisir des mots ou à la morsure des lanières de cuir… Et qu’aurais-je bien osé écrire sur ces petits papiers décrivant mon fantasme le plus secret ? Cela m’aurait jeté dans des abîmes de perplexité…
J’aurais sans doute fini par tracer un point d’interrogation, invitant les autres à me surprendre, préférant être devinée que de quémander…
J’aurais passé, bien sûr, des heures à me préparer. J’aurais, avec une sensualité proche de l’onanisme, enfilé ma parure de dentelles rouges. Puis l’aurais enlevée pour lui préférer cette robe bordeaux échancrée dans le dos qui invite les mains à caresser cette partie de mon corps, la plus sensible… Peut-être aurais-je tout compte fait négligé la robe pour, sur un coup de folie, acheter une fourrure rouge et paraître ainsi, nue sous les poils teints, Venus barbare…
Aurais-je emporté ma cravache avec ses cristaux Swarovski ou bien mon collier de velours noir ?
Je ne suis sûre que d’une chose : j’aurais posé sur mes yeux un loup, et aussitôt j’aurais basculé dans une autre identité, un autre univers où tout est permis…J’aurais sonné à la porte le cœur battant. J’aurais monté les étages sur la pointe des escarpins (de rouge vernis). J’aurais, voyeuse perverse, fait le tour du propriétaire pour estimer le degré de chaleur de chaque pièce. Je me serais certainement attardée auprès de jolies femmes, étourdie par leur parfum, enivrée par leurs baisers…
Il n’est pas sûr que j’aie pu en être détournée par un prétendant. Ou alors, avec de solides arguments comme une langue bien agile ou une queue impérieuse. Ou deux prétendants, pas moins.
J’imagine la fin de la soirée, cette mêlée générale où la tendresse universelle semble descendre sur nous comme une prière exaucée. L’utopie réalisée.
Quand la douce fatigue des jeux de l’amour, le désir rassasié ne nous laisse plus que les caresses reconnaissantes…
Et puis l’aube. Le retour chez soi. Le début des souvenirs : ai-je rêvé ? Qui était-ce ? Que s’est-il vraiment passé ?
Dans mon cas, rien, puisque je n’ai pu venir à cette soirée. Mon amoureux m’avait proposé un séjour à la montagne et nous dévalions les pentes côte à côte. Je n’avais pas, pour vous dire la vérité, un regret : je vivais d’amour et d’eau fraîche et cela me semblait le bien le plus précieux.
“J’ai quelque fois aimé
Je n’aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors
Contre le firmament et sa voûte céleste” etc.
Vous connaissez la chanson.
Aujourd’hui que cet amour n’est plus, j’ai lu vos récits et je me suis imaginée rédigeant le mien.
Mais la prochaine fois je ne me contenterai pas d’imaginer…

Tableau de Boucher – L'école de l'amour

2 gazouillis sur “L’absente – le récit de Madeleine”  

  1. #1
     
    gravatar
    Ellie C. a gazouillé  :
    Voila ce qui me manque aussi … le don d’ubi CUI té.
    Le don d’ubiquité parfumé au dédoublement de personnalité. Ouais ! ;)
  2. #2
     
    gravatar
    Comme une image a gazouillé  :
    Tant que personne n’est là pour vérifier que « tu est un autre » en même temps ailleurs, ça peut rester discret.

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