[1377] Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

Samedi 4 mars

J’apprendrai plus tard que j’ai ronflé cette nuit. Toujours est-il qu’au moment du réveil le matin, le corps nu de V*** était encore à mes côtés, chaud et doux n’attendant que mes baisers.
Le temps de V*** est hélas compté ce matin alors après avoir profité une dernière fois de l’immense douche italienne qui jouxte la baignoire à remous, nous allons prendre un copieux petit déjeuner (mention spéciale au jus d’orange frais) après quoi je raccompagne V*** à sa voiture avec la promesse d’un “à bientôt” qu’aucun de nous deux ne se hasardera à quantifier.

Je prends le temps de ranger tout le bazar étalé dans la chambre, puis sous un ciel pluvieux offrant quelques éclaircies, je poursuis ma route vers le Sud. J’ai pris le temps d’échanger avec C*** quelques SMS pour qu’il m’indique quelques vignerons à aller voir dans la région ; j’ai du temps devant moi avant de retrouver Véra avec qui j’ai rendez-vous dans l’après-midi, à Lyon, la météo humide ne se prête guère au tourisme, je vais donc profiter de ma présence dans le Mâconnais pour trouver du vin, d’autant que mon annonce hâtive de covoiturage pour le trajet “Mâcon – Lyon” ne remporte aucun suffrage (je ne me faisais aucune illusion) : j’ai le champ libre pour vadrouiller.

Vieille carte postale de Chaintré

Je vais donc en direction de Chaintré où se trouve l’une des deux adresses recommandées par C***. La pluie vient à peine de s’arrêter quand j’arrive au pied de la petite route qui monte entre les vignes jusqu’au village. La lumière était splendide et je m’en veux encore aujourd’hui de ne pas avoir sorti l’appareil photo pour immortaliser ce moment. Je me rends au domaine Valette et j’attends patiemment que le coup de fil familial se termine pour avoir le droit de goûter aux crus. Mes papilles jettent leur dévolu sur un Mâcon-Chaintré 2011 dont une caisse vient se glisser entre mon sac plein de sextoys et le kit de nuru-nuru.

Je suis ensuite à la recherche d’un restaurant. Il y a à Chaintré un restaurant gastronomique mais je crains y passer des heures (dans l’hypothèse où, sans réservation, une place serait encore disponible) et puis, pour les mêmes raisons que la veille, je préfère ne pas abuser de la bonne chère quand je suis seul, attendu que je ne risque pas de jeûner accompagné. Je roule finalement jusqu’à Mâcon où je m’avale une viande rouge et une crème brûlée au chocolat plutôt savoureuse, avant de prendre la direction de Lyon.

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Il est temps que je vous parle de Véra.

Véra fait partie de ces contacts que j’entretiens de par la vaste toile en me disant “Je suis sûr que l’on s’entendrait bien si nous vivions plus près l’un de l’autre”. Elle m’attirait par son grand appétit sexuel qui ne semblait pas connaître beaucoup de barrières, créature pansexuelle avide d’expériences, de rencontres, de façon simple et solaire : comme j’aime ! Considérant que Lyon paraissait une étape raisonnable entre Dijon (au moment où j’imaginais passer par Dijon) et Montpellier, j’avais donc parlé à Véra de nous rencontrer à cette occasion. Elle accepta volontiers, pas dérangé par notre différence d’âge, m’indiqua qu’elle ne pourrait m’héberger (mais prendre un hôtel n’était pas un obstacle) et le temps qui séparait notre accord de principe de la fixation précise de la date et de mon voyage proprement dit, nous eûmes le temps de discuter de nos inclinaisons sexuelles, ce qui ne fit que confirmer une compatibilité promise. Je m’attendais donc à une étape particulièrement luxurieuse…

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Je tapote sur mon GPS l’adresse de Véra car, bonne nouvelle, à la date retenue il se trouve qu’elle sera seule dans son appartement où elle me donne directement rendez-vous. Lancé sur l’autoroute, je sens soudain un coup de barre s’abattre sur moi (la digestion, sans doute, ou alors les nuits trop courtes ?) alors je fais une micro-sieste sur une aire d’autoroute pour arriver en forme.
Arrivé à Lyon, je suis les indications de Véra pour garer ma voiture à un emplacement gratuit le week-end puis je fais le chemin jusqu’à chez elle, chargé de ma valise classique et de mon gros sac rempli d’accessoire. Je finis par sonner, légèrement ému, à la porte de son appartement. Impact dans 5, 4, 3, 2, 1…

Véra m’ouvre la porte et nous nous faisons prudement [sic] la bise ; je pose mes affaires, Véra me propose un verre, et nous commençons à faire connaissance in vivo. Je m’assoie dans un fauteuil et Véra s’installe en face de moi sur un canapé et nous discutons. Nous prenons le temps de briser la glace et il se passe presque deux heures avant que je ne me rapproche d’elle en m’installant sur le canapé contre elle. Nous continuons de discuter pendant que nos mains font la connaissance de nos peaux, puis nos bouches se goûtent et le silence et les soupirs remplacent notre verbiage. Rapidement, nous souhaitons nous mettre plus à l’aise et en un clin d’œil, nous nous retrouvons tous les deux nus dans son lit pour passer de la théorie à la pratique. Pendant de longues heures, nous répondons mutuellement à toutes les promesses que nous nous étions faites (— Oh ! J’adore sucer ! — Et moi j’adore lécher… — Et la sodomie, hummmm… — Et moi etc. etc.) jusqu’à ce que nous soyons épuisés. Ou plutôt, que nous soyons impatients de tester une autre de nos addictions : boire de l’alcoooooool. Après avoir pris une bonne douche et grignoté quelques bricoles pour ne pas boire à jeun, Véra m’emmène à la découverte de ses bars favoris. J’ai promis de lui faire découvrir le B-52’s, mon shooter préféré qu’elle ne connaît pas encore (ah les p’tites jeunes, toute une éducation à faire !). Nous traversons Lyon pour arriver au Monkey Club, un bar tenu par un escadron de serveurs/serveuses plus hipsters les uns que les autres. Pas de shooters à la carte mais de quoi tester quelques saveurs élégantes et relevées dont la composition subtile m’échappe.
Trois verres plus tard, nous partons à la recherche d’un B-52’s. À deux rues de là se trouve Le Fantôme de l’Opéra, meilleur bar à cocktail in town selon Véra. Il va hélas fermer dans une dizaine de minutes et avant même d’entrer, nous savons que nous allons être éconduits mais nous tentons quand même de négocier : « Juste un B-52’s et on disparaît aussi vite qu’on est apparu ! ». Hélas, pas de shooter dans cette auguste maison non plus.
Il n’est pas question de renoncer et Véra a encore quelques cordes à son arc. Elle m’amène jusqu’aux Poupées Russes bourrées à craquer (la moyenne d’âge prend un méchant coup sur la tronche quand j’arrive à passer le pas de la porte). Nous nous faufilons jusqu’au bar, constatons avec satisfaction que le B-52’s est bien inscrit à la liste des cocktails servis dans l’établissement. Le barman s’exécute avec brio en versant, comme il convient, les trois différents alcools dans le verre de telle façon qu’ils forment trois phases bien distinctes et… et c’est tout. Ben quoi ? Il n’allume pas le B-52’s ??? WTF ?!? Je ne sais plus quelle excuse foireuse nous est apportée pour expliquer cet état de fait mais, en ce qui me concerne, il est inconcevable que je descende mon bombardier s’il n’a pas pris feu. Quelques minutes de négociation plus tard, nous arrivons à nous faire prêter un briquet et nous pouvons donc avaler notre shooter dans les règles de l’art. Après quoi, nous disparaissons bien vite de cet endroit trop bruyant pour nous remettre au calme (?) sous la couette.

Je ne saurais trop dire si, une fois recouché, la fatigue nous aura terrassé ou l’ivresse nous aura rendu lubriques, toujours est-il que nous avons fini par nous endormir jusqu’à ce que, sur les coups de quatre heures du matin, une douce chaleur anime nos deux corps. Comment nous en sommes arrivés à cette « sodomie (assez) délicieuse », je ne saurais plus dire, mais je me souviens que j’ai baisé Véra à ce moment-là avec l’intention claire d’en jouir au sens orgasmique du terme (alors qu’auparavant j’avais fait passé son plaisir avant le mien) et malgré les quelques scrupules que j’avais de la laisser sur sa faim alors que mon plaisir avait été satisfait, j’ai laissé mon orgasme couplé à la fatigue me terrasser sans vraiment résister.

À suivre…

[1375] Reverray-je le clos de ma pauvre maison

Vendredi 3 mars

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je suis un garçon très fidèle en amour. Certes, le temps passe et certaines amours s’effacent, mais il est rare que l’attachement que j’ai pu avoir pour une amante disparaisse complètement. Outre celles pour lesquels mon désir est encore si vif qu’une étincelle suffirait à l’embraser, je garde une affection pour celles que la distance, le temps, d’autres amours… ont éloignées. Oh, cela peut se réduire à peu de choses… un petit message envoyé à l’occasion d’un anniversaire ou d’une situation qui ravivera des souvenirs, un déjeuner ou un dîner en ville de temps en temps quand les circonstances le permettre, etc. Il y a aussi quelques femmes dont j’ai perdu le contact avec regret ; numéro de portable qui change de propriétaire, adresse courriel saturée ou éradiquée… sans compter toutes ces personnes connues à une époque lointaine où le Minitel tenait lieu de messagerie électronique et où on utilisait des cabines téléphoniques pour appeler les gens quand on n’était pas chez soi.

Certes, il y en a quelques-unes (une poignée, vraiment !) avec qui le contact a été rompu sciemment pour cause d’eau dans le gaz ou d’électricité dans l’air.

Le cas de V*** est plus compliqué. Je vous ai raconté comment j’ai fait sa connaissance et ce qu’elle représentait pour moi à l’époque. C’était il y a presque cinq ans et nous nous sommes vus en tout trois fois dans l’année qui a suivi. Après quoi, une grande tornade a ravagé ce qui était sa vie de l’époque, elle s’est séparée, s’est battue (et a gagné) contre le crabe et elle a remodelé sa nouvelle vie, débarrassée de scories du passé, dont moi. Avant cela, en octobre 2013, elle clôturait ainsi un courriel qu’elle m’avait adressé : « Bref, nous ne nous reverrons pas. » (suite…)

[1373] Quand reverray-je, hélas, fumer la cheminée ?

Jeudi 2 mars.

Ma valise bouclée, un dernier baiser à ma femme, je rejoins le parking pour m’installer dans ma Jazz (106 is dead) qui sera le fidèle destrier compagnon de mes aventures à venir. Comme je voyage seul (même si j’ai prévu de covoiturer autant que faire se peut), je n’ai pas lésiné sur les bagages : outre les vêtements en q.s.p…..12 jours et mon « sac à malice », de la taille d’un gros sac de sport, qui contient tout mon attirail de sport… en chambre (demandez la visite guidée !), j’ai pris mon appareil photo reflex, un pied photo dans l’éventualité de prise de photos où j’apparaîtrais (je laisse faire votre imagination) et mon sac informatique.

J’optimise la place dans le coffre avant de prendre la direction de ma première destination, modeste : la Porte d’Orléans.

Où m’attend mon tout premier covoiturage.
Ennui soporifique, elle n’ouvrira quasiment pas la bouche du trajet ; ce fut même assez compliqué de décider avec elle de l’endroit où j’allais la laisser. J’étais prêt à faire un détour, mais il ne fut quasiment pas nécessaire, puisqu’elle rejoignait quelqu’un situé à quelques centaines de mètres de la sortie d’autoroute.
Mais la fadeur de ce trajet n’allait pas altérer ma bonne humeur car, ce jour, je rejoignais Thyia. (suite…)