[681] Rock-en-Seine et fauves (dimanche 30 août 2009)

Ce dimanche matin, le ciel parisien est bouché par une épaisse couverture nuageuse. Je me lève péniblement pour vider ma vessie et je constate que ma voute plantaire se souvient encore des excès d’hier. Je sens qu’elle va être éprouvante, cette troisième journée.

MetricPourtant, quand j’arrive sur le site du parc de Saint-Cloud, après un contrôle des sacs plus minutieux que les jours précédents, qui me fait craindre un instant que ma flasque remplie de délicieux rhum (du 23 ans d’âge, sans compter quelques années rajoutées dans ma propre cave, mais je crois que je vous ai déjà dit tout ça hier), pourtant, donc, le soleil commence à percer et les températures commencent à s’élever, avec l’aide de l’électro-punk-rock pêchu des Canadiens de Metric, qui nous offre une belle ouverture de journée.

Emily Haines est sexy comme tout dans sa petite robe courte (dingue, le nombre de groupes menés par de vigoureuses nanas, cette année à Rock-en-Seine – P.J. tu me manques !).

Le concert fini, je me dirige vers les rythmes africains du Sénégalais Baaba Maal (dont les percussions sonnent de l’autre bout du parc), en faisant toutefois escale au stand thaï (c’est beau la world culture). Oui, j’ai décidé que mon menu serait thaï aujourd’hui. Pour le déjeuner : salade de papaye que je relève d’une sauce piquante pas piquée des hannetons (au moment où je prends ces notes, ami lecteur, force est de constater que j’ai la bouche en feu).

Le ciel bleu de Rock en SeinePas trop captivé par la musique de Baaba Maal, et moins encore par son baratin tiersmondiste (un peu trop bienpensant et tellement attendu – bienvenue à Boboland !), je pars à l’opposé pour la scène de l’Industrie afin de tester le groupe français Lilly Wood and the Prick. Je ne sais pas dire de quel instrument jouait la bite (en fait, j’étais assis, derrière le public, avec entre mes baguettes une fine rondelle de piment, traversé de considérations profondes du genre Petit Pimousse « petit, mais costaud ! », et donc je ne voyais pas la scène et a fortiori pas le groupe, et celle de l’Industrie a la particularité de ne pas être accompagnée d’écran géant), mais si cette musique était plus dans mes cordes que celle dont je m’étais éloignée, je n’ai pas été envoûté (ai-je entendu leur single-tube Down the drain ? I don’t know.)

Je vais ensuite à la scène de la Cascade où démarre le concert de Robin McKelle. Une ambiance jazzy cuivrée donne tout de suite le ton. Pas assez original, en tout cas, pour me retenir, alors après quelques morceaux, je me dirige doucement vers la grande Scène pour écouter le concert de Macy Gray qui va bientôt commencer.

Macy GraySans être un grand fan, je dois dire que c’était plutôt plaisant à écouter, allongé sur l’herbe et baigné par un soleil franc d’un ciel désormais dégagé de ses nuages.

La chose Sliimy, qui se prend pour Faith no more à qui il a piqué le mégaphone de la veille
La chose Sliimy, qui se prend pour Faith no more à qui il a piqué le mégaphone de la veille

Après Macy Gray, j’écoute la fin du concert de Sliimy, une sorte de machin indéfinissable, un mélange de Prince, Michael Jackson et Gotainer, tout en sirotant un jus de fruits frais (ami lecteur, si tu t’es perdu dans ma phrase, je te fais le plan : c’est Sliimy qui s’agite sur scène et c’est moi qui bois).

@ @ @

Elle est pas belle, ma moustache ?
Elle est pas belle, ma moustache ?

Pas rassasié par ce goûter (je parle du jus de fruit, pas de Sliimy, qui n’était pas plus nourrissant, soit dit en passant), je m’attrape une crêpe au caramel au beurre salé (pas thaï, me feras-tu remarquer, avec raison) sur la route des Eagles of Death Metal, qui, tu l’auras compris au nom tout en finesse, délivre un rock bien gras et aussi épais que la moustache de son leader, qui s’amuse même à la coiffer plein cadre sur l’écran géant d’un œil coquin. Ce sont des vrais rockeurs, j’vous jure. Leurs bras sont tellement tatoués que, de loin, on a l’impression qu’ils sont couverts de cambouis.

Pas de quoi me retourner le cœur, évidemment (je parle des Eagles, pas de la crêpe).

À suivre, l’événement mystère du festival avec Les Petits Pois. Mystère mes fesses ! Apparemment, le secret était sérieusement éventé, puisqu’on m’avait annoncé dans la journée de qui il s’agissait (et les comptes rendus trouvés sur le net le confirment), mais pour moi qui n’avais pas cherché à le percer, ç’aurait pu en être un.

« Derrière cet étrange pseudo – en français dans le texte – se cache une bande d’aventuriers, tous habitués des scènes rock internationales mais qui n’ont pas l’habitude de jouer ensemble. Ce super groupe taillé pour le live, dont l’identité devrait rester secrète jusqu’à son premier concert, fera de rares apparitions sur quelques festivals européens cet été. Rock en Seine est l’escale française de ce projet mystérieux qui, d’après les maigres informations dont on dispose, devrait s’inscrire dans l’histoire du festival comme une énorme déflagration… »

Sur le festival, une expo photo (pas bouleversante, mais pas mal) avec un joli dispositif scénique
Sur le festival, une expo photo (pas bouleversante, mais pas mal) avec un joli dispositif scénique

Ça, c’est pour l’article (dans le sens faire l’article) dans le programme.

Apprends donc, ami lecteur, que Les Petits Pois = Them Crooked Vultures = gros rock bourrin qui a encore oublié de mettre des mélodies dans leur morceaux (tout le contraire de Faith No More, comme je le racontais hier). Alors, l’énorme déflagration, je ne crois pas.

(À noter qu’entre les Eagles et les Vultures, y sont drôlement originaux ces noms de groupes rock !)

Demi-tour pour se placer devant la grande Scène pour les petits prodiges de MGMT (j’apprends d’ailleurs à l’occasion que MGMT = ManaGeMenT ; vous le saviez, vous ?). Arrivée sur scène avec brossage dans le sens du poil du public français : éclairage bleu blanc rouge et évocation synthé de Gainsbourg, millésime Melody Nelson. Malheureusement, ce que je disais vendredi à propos des Yeah Yeah Yeahs, a trouvé dans la prestation de MGMT un exemple de ce qui me déçoit : un concert qui diffuse en live une copie sans âme de son album. Certes, j’aime beaucoup leur musique et je ne voudrais pas noircir le tableau : c’était un plaisir de les écouter. Mais il manquait clairement quelque chose pour que ce concert soit vraiment mémorable, pour que le public décolle.

MGMT et leur intro franco-démagogue !
MGMT et leur intro franco-démagogue !

J’ai toutefois une théorie : la perception que l’on a d’un concert est très différente selon l’endroit où l’on se trouve pour l’écouter. Devant sa télé, si le spectacle est filmé, ça ne sera pas comme si on l’écoutait allongé sur la pelouse en live, ni comme si on l’écoutait debout dans le public, et pas non plus comme si on l’écoutait dans les premiers rangs de la fosse. J’en avais fait l’expérience, presque par hasard, au concert de Peaches (souvenez-vous de ce moment d’anthologie). Pour MGMT, j’étais peut-être un peu trop loin de la scène, entouré d’un public assez statique (où je ne dépareillais pas) et ici, ça ne vibrait pas vraiment1.

Sauf, à la fin, pour leur gros hit et le délire au synthé qui suivit (il était temps !) alors que la foule faisait déjà, mystérieusement, demi-tour pour le concert suivant (comme ces spectateurs qui se lèvent dès le premier mot du générique de fin et qui ratent parfois quelques séquences bonus pleines de sel).

Je passerai rapidement sur The Klaxons écoutés très distraitement tout en avalant mon pad thaï végétarien (des nouilles sautées, en fait, pas mauvaises) arrosé de quelques lichettes de rhum.

Prodigy (l'explosion)Il ne me restait plus, pour clore le festival (ahhh… plusieurs fois ce dimanche, je me suis pris à penser que nous étions samedi et qu’il resterait encore une journée de plus… hélas !), qu’un dernier morceau de bravoure. Le concert de Prodigy était une tuerie ! Pas question d’une fin en demi-teinte, alors j’ai pénétré la foule dense aussi profondément que possible, profitant de brèches occasionnelles pour m’engouffrer plus près encore du cœur de la fournaise. Pour être franc, je ne l’ai pas atteinte, mais là où j’étais, l’écorce terrestre du public commençait à fondre et le magma, tout proche, eut vite raisons de mes maigres provisions d’eau. Au petit jeune à côté de moi qui pensait que je m’étais imprudemment avancé, j’ai donné une petite leçon de pogo « à l’ancienne » ! J’espérais, sans trop y croire, que j’aurais le plaisir d’écouter Climbatize, mon morceau préféré de Prodigy, mais vu que c’est un morceau sans parole, c’était assez peu probable de l’avoir. Pour le reste, rien à redire sur leur prestation en continuelle surtension. [EDIT] Je me rends compte que j’ai oublié de vous parler du moment où le chanteur a fait s’asseoir – oui, s’asseoir docilement – la foule qui était plutôt portée sur les bonds multi-directionnels. S’asseoir gentiment pour mieux exploser dès la reprise du big beat ! Wahooooo ! Trop bon ! [/EDIT]

Une jolie Irlandaise (se roulant hélas dans la bière)Le concert fini, il était urgent de me réhydrater et une pinte de bière vite descendue fit l’affaire (le seul moment où cette bière était bonne, finalement). Je traînais ensuite mes pieds doucement vers la sortie, non que je fus épuisé, mais simplement parce que je voulais profiter quelques instants encore de l’ambiance du festival dans le domaine de Saint-Cloud (un peu comme au Moon City, tiens !).  Je fis une longue escale au bar qui fait face à la scène de l’industrie, où des bidons métalliques furent l’occasion d’un concert de percussion brouillon mais bon enfant. Petite mention pour la joyeuse bande d’Irlandais éméchée (dont une petite Irlandaise brune vraiment charmante). Poussière sur les chaussures dans l’allée, pas de détour clandestin au camping cette année, désormais traditionnelle photo de fin de festival et rideau. 2009 était un bon cru. Je réserve déjà mentalement ma place pour 2010.

Sur ma wish list : PJ Harvey, Nine Inch Nails, Rodolphe Burger, dEUS, A perfect circle, Radiohead (encore !), Herbalizer, Ghinzu et la reformation (puisque c’est la mode) de The Stranglers !

Fin de festival


  1. notons que d’autres chroniqueurs abondent dans mon sens []

6 gazouillis sur “Rock-en-Seine et fauves (dimanche 30 août 2009)”  

  1. #1
     
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    Bertrand Morane a gazouillé  :
    Je n’abonde pas pour les Petits pois. J’étais vraiment dedans perso. Mé bon, le pire c’était vraiment les Klaxons en ce qui me concerne, ééééééééééééééénorme claque (MGMT, ben vi, on dit Management, z’étaient un peu trop dans leur truc, manque flagrant de générosité avec le public de leur part j’ai trouvé).
  2. #2
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    Bertrand Morane » C’est vrai que pour les Petits Vautours, j’étais vraiment dehors, mais ce que j’entendais de loin ne me donnait pas envie d’aller voir un peu plus dedans.
    Klaxons, j’ai zappé, mea culpa !

    Oui, pour MGMT, je pense qu’ils ont oublié qu’ils avaient un public, et après l’intro hommage au béret-baguette, ils ont déroulé. Ça me rappelle un mauvais concert d’Archive que j’avais vu dans une pourtant petite salle. Alors que par ailleurs, on m’avait assuré qu’Archive savait faire de bons concerts ; je suis juste mal tombé.

  3. #3
     
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    Storia Giovanna-Tiny a gazouillé  :
    Comme je le dis dans mon résumé sur LR, j’ai été dépitée par MGMT. Avec un de mes comparses, on s’est regardés et chacun a vu la désolation de l’autre dans ses yeux. Par contre, The Prodigy, je ne m’en remets toujours pas. J’en veux tous les jours, de ces concerts ! Et Them Crooked Vultures, bon j’ai eu un orgasme terrible, mais seulement dû à la présence de mon idole d’adolescence : Daaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaave !!!!!!!!
  4. #4
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    Storia X » Si tu veux bien, je tronque un peu ton cri orgasmique qui mettait le boxon dans ma mise en page ;-)
    (Tu m’avais caché que tu trotterais sur la pelouse de Saint-Cloud, dis donc !)
  5. #6
     
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    Comme une image a gazouillé  :
    Storia X. » Je suis en train de lire tout ça ! Elle est marrante, ton intro :)

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