[123] Approche et apprends !

Aujourd’hui, l’impératif présent des verbes réguliers du premier groupe

Il n’est pas rare de voir traîner dans les impératifs présents, deuxième personne du singulier, verbes du premiers groupe, un fâcheux “s” superflu.

Nous ne citerons qu’un seul déplorable exemple glané sur le net, afin de ne point trop risquer d’endommager vos yeux sensibles :

« MATES CETTE PETITE BEAUTE POUR L’KIKI!!!  »

Ami lecteur, tu auras rectifié toi-même, il fallait lire « Observe comme cette chaussure de djeunz est délicieusement galbée ».

 

Nos années passées à corriger les petits travers orthographiques et grammaticaux de nos concitoyens nous auront appris que rien ne valait un bon exemple pour mémoriser une règle.
Ami lecteur, comme tu vas le constater, elle est simple et efficace. Ami lectrice, euh…

INDICATIF PRÉSENT 2e pers. sing 1er groupe : il faut un S 

Ex : — T’avales ?

Notez que pour plus de correction, dans la forme interrogative, il aurait mieux écrire Avales-tu ? mais il est certaines situations où nous accepterons que le niveau de langue (sic) soit plus relâché.

IMPÉRATIF PRÉSENT 2e pers. sing 1er groupe : pas de S

Ex : — Suce !

Nous nous devons toutefois de préciser que cette règle connaît (comme bien des règles en français) quelques exceptions notamment la présence occasionnel d’un S euphonique, c’est à dire présent juste pour ne pas nous écorcher les oreilles.

Ex : — Gobes-en délicatement une !

En outre, l’absence de S ne s’applique pas aux verbes du deuxième ou du troisième groupe.

Ex : — Et ne mords pas !

[122] Ça fout les jetons (le retour)

À la suite de cette note

medium_JDL-D820-0043.jpgmedium_JDL-D820-0045.jpg Trouvé ce soir dans un sombre parking Leroy-Merlin ces deux chariots abandonnés, loin de leurs frères, en liberté, certes, mais errant l’âme en peine.
Je m’approche d’un peu plus près et je constate que c’est bien un de ces jetons gratuits qui a été sacrifié, qui fera peut-être le bonheur prochain d’un clécaddomane (bricoleur de surcroît).
Ah ah ah ah ! Je me sens comme une sorte de  Nostradamus des temps modernes, prédisant le proche passé. Chuis trop fort.
Non, non, n’applaudissez pas, c’est truqué.

[121] Rock it !

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Comme disait Desproges « Comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande : “On ne peut pas être à la fois au four et au moulin”. »

Bref, je devais aller au festival Rock en Seine en charmante compagnie, mais il se trouve qu’à La Rochelle est organisé au même moment un festival parallèle qui s’annonce tout autant rock’n roll. Je ne peux pas lutter.

Me voici donc avec dans les mains une place surnuméraire, que j’aurais plaisir à revendre à prix coûtant à qui veut bien m’accompagner (eh oui, ami lecteur, tu as bien lu : je ne te fais rien payer en plus pour le plaisir de ma compagnie), soit 69 €. Il y a des offres qui ne se refusent pas. Surtout avec Radiohead samedi, bordel !

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[120] Homard m’a sauver

… mon portefeuille.

medium_homard.jpgLu cette brève dans le journal du 11/08 :

Un Brittanique de 30 ans, qui avait perdu son portefeuille lors d’un bain de minuit alcoolisé, l’a récupéré quelques jours plus tard grâce à un pêcheur qui l’a trouvé entre les pinces d’un homard. Depuis, le jeune homme a juré de ne plus jamais en manger.

 

L’histoire ne dit pas si le crustacé kleptomane a eu ou pas la vie sauve, si le jeune homme l’a adopté (« je t’appelerai Winston ») ni si les billets étaient encore dans le portefeuille en question. Je soupçonne une araignée de mer (saloperie de bestioles, ces araignées) d’avoir organisé le larcin.

En tout cas, si le Brittanique n’est pas friqué, il a beau jeu de dire qu’il n’en mangera plus jamais. Moi, à 38 ans, je n’en ai toujours pas avalé un.

Si mon portefeuille est rattrapé un jour par un homard, je jure de continuer de rêver d’y goûter un jour ou l’autre. 

[119] Aujourd’hui, la mer

J’ai retrouvé aujourd’hui la mer. Pas l’océan, non, la mer, la Méditerranée. D’aussi loin que je me souvienne, il n’y a pas eu beaucoup d’années où je n’y aurais pas mis les pieds. Tout parisien que je suis, je me sens dans le Sud beaucoup de racines, en particulier autour de cette Mer Méditerranée (je ne t’imposerai pas le jeu de mot lacanien mère/mer, mais je n’en pense pas moins). Chaque été, quand ils étaient encore vivants, je passais avec ma petite sœur une partie de mes vacances à Cannes (06) chez mes grands-parents maternels. La Croisette n’a pas de secret pour moi.
Après la mort de mon grand-père, ma grand-mère a déménagé pour se rapprocher du centre ville (aucune de mes deux grands-mères n’avait le permis de conduire), mais nous avons continué d’aller en vacances chez elle. Je me souviens du mois d’août 1981 (je n’avais encore que 13 ans). Ma grand-mère nous accompagnait à la gare pour prendre le train du retour sur Paris ; au kiosque à journaux, elle nous demandait de choisir un magazine chacun. Cette année-là, au lieu de l’habituel Picsou Magazine ou autre Pif Gadget, j’optais pour le numéro de septembre 1981 de l’Ordinateur Individuel, numéro que j’ai lu et relu, bien plus souvent encore que les Penthouse planqués sous le tiroir de ma commode d’adolescent. Je pourrais vous raconter comment j’ai par hasard, des années plus tard, croisés les parents du dessinateur Spinga qui avait illustré ledit numéro et dont l’humour décalé faisait mouche (en tout cas sur un garçon de mon âge, qui se satisfaisait de cette alternative à Fantomiald). « Mais, mais, ils m’ont vendu un toaster » était une phrase que ma sœur et moi avons répété des années en continuant de nous bidonner. Vous pouvez beurrer. J’en termine avec cette très private joke et je reprends où j’en étais.

Après la mort de mon grand-père, je continuais donc d’aller à Cannes, mais après le décès de ma grand-mère, ce ne fut évidemment plus possible (mes autres grands-parents habitaient Châtillon-sous-Bagneux (92) largement moins cotée comme station balnéaire). Le relai a été pris par une location collective (par plusieurs des familles de ma fameuse résidence) au Brusc, près de Six-Fours-les-Plages (83). Méditerranée, me revoilà !
J’enchaîne avec plusieurs séjours dans une petite auberge de jeunesse dans la zone protégée des Calanques de Cassis, un truc assez extraordinaire : pas d’électricité, pas d’eau chaude, un confort des plus rustiques mais la nature tout autour et les calanques sauvages pas bien loin où j’allais bronzer à poil sur les rochers avec mes compagnons de chambrée cosmopolites.

Je peux multiplier les exemples de retrouvailles, que ce soit sur la côte française, de Perpignan à Nice, ou à l’étranger. Grèce, Italie, Turquie, Tunisie, Maroc, Espagne…

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J’ai retrouvé aujourd’hui la mer. Tout ému par les cris de joie que poussaient mes enfants face aux vagues, j’ai oublié un instant mon rituel de retrouvailles.
Je ne saurais dire quand il a commencé, mais ça remonte à loin dans mon enfance. Je me plante pieds nus  au bord de l’eau, immobile ; les vagues caressent mes pieds et quand l’eau se retire, le sable s’effondre sous mes pieds en chatouillant de cette manière unique la plante. Et je m’adresse à elle. En mon for intérieur, précisé-je, cette habitude date d’une époque où l’oreillette Bluetooth n’existait pas encore et je ne tiens pas à passer pour un taré. Je lui souris, je lui dis que je suis content de la retrouver, j’imagine que c’est un plaisir partagé. Je lui dis qu’elle peut me prendre, mais c’est pour être sûr qu’au contraire, par amour, elle m’épargnera. C’est un moment d’intimité où nous sommes seuls, la mer et moi.

Je n’ai pas eu le temps de lui dire au revoir mais elle sait que l’année prochaine je reviendrai, et si cela doit attendre un an de plus, nos retrouvailles n’en seront que plus belles.

[118] Mon amant

Allez, en musique !

 

 

Je ne sais pourquoi j’allais danser Probablement parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre comme distraction
À Saint-Jean au musette, Saint-Jean-de-Losne, chef-lieu de canton de la Côte d’Or, 1476 habitants ?
Mais il n’a fallu qu’un seul baiser Comme ça, là, hop, il déboule et il te le fauche, ni vu ni connu j’t’embrouille ? À d’autres ! Avoue que tu l’avais un peu agiché au moins…
Pour que mon cœur soit prisonnier. Eh ben, il lui en faut pas beaucoup à celle-là pour succomber.
Comment ne pas perdre la tête, Non mais quelles mythomanes, les nanas, c’est pas croyable. Lui, il fait quoi, il la mate, on ne sait pas à quoi il pense. Si ça se trouve, il se dit que cet enfoiré de garagiste (de Saint-Jean) lui a filé un putain de coup de bambou lors de la dernière révision, ou alors elle a un point noir qui l’énerve, ou encore il a une coquetterie et elle ne s’en est pas rendu compte…
Serrée par des bras audacieux
Car l’on croit toujours
Aux doux mots d’amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l’aimais tant, Moi je dis que c’est facile à dire, « je l’aimais tant » (sous-entendu, lui, non). Elle était juste amourachée parce que c’était un beau gosse, c’est tout.
Je le trouvais le plus beau de Saint-Jean, Saint-Jean-du-Gard, chef-lieu de canton du Gard, 2619 habitants ?
Je restais grisée Ben voyons. Complaisons-nous dans le rôle de la femme victime. Le mec, il l’embrasse, et elle, elle se laisse faire, elle est sans défense, la pauvre. Comme s’il ne fallait pas être deux pour s’embrasser.
Sans volonté
Sous ses baisers.
Sans plus réfléchir, je lui donnais Sans vouloir être mauvaise langue, on n’a pas beaucoup vu comment elle a réfléchi auparavant. Ça ne saute pas aux yeux.
Le meilleur de mon être Oh oui la jolie métaphore. Je te donne ma fleur (encore que, l’histoire ne dit pas si elle était fraîche) et après n’espère rien de plus.
Beau parleur chaque fois qu’il mentait, Pffff, ça s’arrange pas. Qui te dit qu’il mentait, d’abord ? Et puis si tu « savais » comme tu le prétends, tu ne peux pas vraiment jouer la victime, non ?
Je le savais, mais je l’aimais.
Comment ne pas perdre la tête, Notez, amis lecteurs, que la narratrice n’hésite pas à se contredire en l’espace de deux vers. Juste au dessus, elle dit qu’il mentait mais qu’elle le savait. Et là, tout le contraire, qu’elle y croyait toujours. Faudrait savoir ? Il ment ? Il ment pas ? T’y crois ? T’y crois pas ?
Serrée par des bras audacieux
Car l’on croit toujours
Aux doux mots d’amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l’aimais tant, Des preuves ! Des preuves ! Des preuves !
Je le trouvais le plus beau de Saint-Jean, Saint-Jean-Pied-de-Port (ouais avec un t), chef-lieu de canton des Pyrénées-Atlantique, 1773 habitants ?
Je restais grisée Sans vouloir être mauvaise langue (quoi que, ça va finir par se voir), je me demande si cette nana-là n’abuserait pas aussi de la piquette pour être grisée comme ça non-stop.
Sans volonté
Sous ses baisers.
Mais hélas, à Saint-Jean comme ailleurs Saint-Jean-de-Daye, chef-lieu de canton de la Manche, 611 habitants ?
Ailleurs ? Parce qu’elle a mis les pieds ailleurs que son petit bled ??? Ça m’étonne…
Un serment n’est qu’un leurre Dans « serment » il y a « ment ».
J’étais folle de croire au bonheur, Ah ben oui, je confirme, faut être un peu tarée pour croire au bonheur quand on sait que l’autre ment.
Et de vouloir garder son cœur. Encore que moi j’aimerais bien avoir sa version, au beau gosse. M’est avis qu’il était sincère mais qu’au bout de la 224ème fois où elle lui a demandé « Dis, c’est vrai que tu m’aimes ? », il a dû commencer à en avoir un peu marre de cette meuf.
Comment ne pas perdre la tête, Finalement, la nymphomane du village, elle a un petit côté touchant, non, avec ses faiblesses dans lesquelles tout le monde se reconnaît. Non ?
Non ! Je sais, je suis un sans-cœur. Qu’elle se fasse soigner !
Serrée par des bras audacieux
Car l’on croit toujours
Aux doux mots d’amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l’aimais tant,
Mon bel amour, mon amant de Saint-Jean, Saint-Jean-Soleymieux (là où a été composé le célèbre « Ô Soleymieux »), chef-lieu de canton de la Loire, 581 habitants ?
Il ne m’aime plus Je ne voudrais pas dire mais ça sentait mauvais dès le début cette histoire.
C’est du passé
N’en parlons plus. Ben tu parles, dans ton bled, ça doit encore jaser. Ça t’arrangerait bien qu’on ne raconte pas partout que la Germaine en a encore fait fuir un.

 

Signalons au passage qu’on trouve dans le texte original une variante un peu datée du texte présent dans la reprise de Tue-Loup [EDIT du 27/11/07 : remplacée par une autre version car celle de Tue-Loup n’était plus en ligne /EDIT] proposée à votre écoute :

Je ne sais pourquoi j’allais danser
À Saint-Jean au musette,
Mais quand un gars m’a pris un baiser,
J’ai frissonné, j’étais chipée

(…)

Ce qui ne change absolument rien au fond de l’affaire.


Special thought to J***, mon amante de Sainte-Xavière à Saint-Bérenger.