[23] Et la tendresse, bordel ?

Découvert dans le journal du 30 mai, ce fait divers entre Bernadette, « jolie femme de 46 ans » et son jeune amant de 27 ans, Luc. Luc vit en couple, et devrait être père dans 2 mois. Dans ces circonstances, Bernadette considère qu’il serait raisonnable de mettre un terme à leur relation, qui dure pourtant depuis plusieurs années. Lui voudrait que ça continue.

« Luc m’a appelé vers 23 heures, raconte Bernadette, je suis allé le chercher à la gare RER de Neuilly-Plaisance. Nous étions contents de nous retrouver. À la maison, nous nous sommes fait des bisous, des câlins, puis nous avons bu du vin grec, et on a fait l’amour. C’était un peu violent, mais j’étais consentante. J’avais acheté des mezze chez Picard. Il est venu manger nu, sur mes genoux. Là, j’ai commencé à lui dire qu’il fallait qu’on se quitte. »

Je ne sais pas si vous connaissez le vin grec, mais le retzina c’est assez dégueu. Je ne sais pas si ça déclenche des envies sodomites ou si ça favorise « l’amour violent ». Faudrait que j’essaye. Pour du sexe courtois à la française, préférez un Saint-Amour.

Bernadette poursuit son récit : « (…) Je lui ai dit que j’avais une arme à la maison. Il a voulu la voir, il a joué avec, faisant semblant de tirer au plafond. Puis il l’a posée sur le matelas. On a recommencé à faire l’amour. À un moment, il a repris l’arme, me l’a posée sur la tempe. Là, pour moi, tout a changé. C’était comme un viol. On est là, on n’est pas là… On ne peut pas expliquer avec des mots cette sensation. J’ai attendu qu’il éjacule… »

C’est ce qu’on appelle tirer un coup ?

medium_hand-in-hand.jpg« La suite est très floue, reprend-elle. Luc est descendu boire un verre. Lorsqu’il est remonté, j’ai tiré. Il y avait beaucoup de sang. Je voyais toutes ces choses, le sang, mais je ne me rendais pas vraiment compte, c’était irréel. Je me suis retrouvée avec une hache à la main, je lui ai retiré les bras et les jambes. Un peu après, je me suis couchée, j’ai dormi deux heures. J’avais gardé une main de Luc dans la mienne…»

Vous avez bien saisi. Juste une main, séparée du bras. Ce détail me la rend extrèmement touchante, vraiment. Elle en a pris pour vingt ans, la Bernadette. Si j’avais été dans le jury, elle s’en serait mieux sortie.

Bon. Peut-être est-ce une manipulatrice.

Enfin, en tout cas, en voilà une qui sait couper court à une relation. 

[22] Sortie des artistes

Une grosse publicité lumineuse qui se faisait la malle ce week-end. Probablement pour être remplacée par un Orange géant.

medium_adieu_ft.2.jpg

Je cherche quelque chose de spirituel à dire. J’ai essayé de faire un cliché amusant, en voyant ce que je pouvais masquer comme lettre pour arriver à quelque chose de subtil, du genre Elliot Erwitt. Mais je ne suis arrivé à rien. Je n’ai même pas pensé à prendre la photo avec le feu pas vert. J’aurais habilement titré « Passage à l’orange ». Raté. Ça sera pour une autre fois. Bon, c’était un peu insolite à voir en tout cas.

[21] Centre du monde

medium_nombril_pj.2.jpgAh ! voilà une publicité qu’elle est jolie.

Remarquez cet érotisme larvé. Un ventre musculeux, une peau bronzée, une petite demoiselle jaune (en bas à droite, par les phéromones attirée).

Une image qui m’a instantanément plu (il faut dire que je développe un léger fétichisme du nombril).

En revanche, pour ce qui est de l’efficacité du message… j’émets quelques réserves. D’abord, ce n’est généralement pas « moi » qu’on recherche dans les pages jaunes (bon, mon voisin, mon quartier, ça le fait). Deuxio, mettre le consommateur potentiel face à ses défauts – ici, l’égocentrisme – est toujours délicat. Surtout quand le message incite à persévérer.

Non ?

[20] Merci Hexaspray

medium_hexaspray.2.jpgJ’avais une angine
Mais elle est partieeee
Ce sens à ma vieeee
Il n’est plus en vieeeee

(J’avais oublié la richesse des rimes Téléphonées.)

Angine ! Casse toi tu pues, tu m’fous les glandes.
(et marche à l’ombre)

Bon, ben voilà, je tiens à remercier le collutoire Hexaspray qui une fois de plus fait des merveilles. Pour moi qui n’aime pas le pastaga, c’est une horreur à se pulvériser dans la gorge, mais je pense que c’est une bonne motivation pour guérir. En tout cas, voilà au moins un produit plus efficace que les pastilles Bidule ou Trucmuche vendues à prix d’or et ne servant pas à grand chose à part faire oublier 5/10 minutes qu’on a la gorge enflée.

NB : il semblerait que le conditionnement en France soit légèrement différent de celui en vigueur aux États-Unis (notre illustration).

[16] Méfions-nous de Word©

medium_fellisorthographe.jpgAmi lecteur,

Ton orthographe est déplorable.

Ton orthographe est déplorable, mais tu es conscient qu’un texte truffé de fautes, ça la fout mal, que ce soit pour séduire ta belle (tout le monde n’est pas comme Christian avec un Cyrano sous la main), ou faire un rapport important à ton patron (lecteur ami & néanmoins fonctionnaire, je te prie de m’excuser pour mes clichés, et tu peux remplacer le mot “patron” par “président” ou “ministre”).

Donc, tu te dis – et je ne te donne pas tout à fait tort – que tu vas utiliser le vérificateur d’orthographe intégré de Word pour éviter les coquilles.

Et là, je dis “méfiance” et t’offre quelques suggestions pour éviter d’affreuses chausse-trapes, qui pourrait t’apporter le mépris de tes pairs (et le mien en particulier).

Les problèmes viennent généralement d’homonymes ayant une orthographe proche, mais des sens voire des fonctions grammaticales totalement différentes (NB : c’est le cas de la plupart des homonymes d’ailleurs). Word étant très basique ni verrat queue du feux.

À tout saigneur toute horreur

Commençons par le pire de tous, commençons par çà.

Je pourrais dire pour simplifier que çà n’existe pas. Quitte à ne mémoriser qu’une orthographe, ami lecteur paresseux, ne retient que ça, sans accent, et on n’en parle plus.

Si tu souhaites aller un peu plus loin, tu ouvres un dictionnaire, et tu trouves que ça est l’abrév. fam. du pronom démonstratif neutre cela dont la définition est « La chose, l’idée, les paroles que voilà ».

Et voilà, en effet, l’explication de cette faute provient probablement de sa définition : on pense à voilà et on y met le même accent grave.

Quant à çà, le dictionnaire nous apprend qu’il s’agit d’un adverbe de lieu (forcément, on a un peu honte de confondre un adv. de lieu avec un pron. dem. neutre. Non ? Ah ben ben merde alors. L’orthographe française, aime-là ou quitte-là : retourne au Bled), synonyme d’ici.

Un exemple dans cette fameuse charade à tiroirs :

Mon premier va çà et là
Mon second est employé de La Poste
Mon troisième ne rit pas jaune
Mon quatrième n’est pas rapide
Mon tout est l’auteur de
La Légende des Siècles

(Soluce : Errant-Besancenot-Boucher de la Villette-Projet socialiste)

Mon conseil ci-dessus doit déjà avoir été donné parce que ça fait plusieurs fois que je vois écrit dans le journal « ça et là ».

Çà a un petit frère moins profus (car Word© lui fait la peau), c’est celà, oui. Empathie patente avec voilà.

Cyprès de toi, mon dieu

Même genre de faute, avec son accent malheureux, faîtes. Souvent, pensant bien faire, on ajoute des accents circonflexes à profusion. Ça s’appelle de l’hypercorrection. Donc, ne faites pas cette faute-là, faîte désigne le sommet d’un édifice, d’un arbre, d’une montagne, blablabla.

French connexion

Je l’aime bien, celui-là, parce que je me suis un moment demandé pourquoi Word© laissait passer « connections ». Une faute classique en informatique, où ça connecte de partout. D’abord parce qu’en anglais, connexion s’écrit connection.

Alors, ami lecteur, as-tu deviné toi aussi pourquoi ce gros lourdaud de Word© acceptait connections mais refuse connection ? Eh bien tout simplement parce que connections est une forme conjuguée existante du verbe connecter.

ex : Longtemps, nous nous connections de bonne heure (Marcel Proust in Minitel mon Amour – 1985).

 

Élisions douteuses

Pour finir cette note qui malgré mes efforts va finir par devenir indigeste, j’aborderai le délicat cas de l’élision souvent confondue avec le « t » euphonique.

Il ne faut donc pas confondre « t’ » où l’apostrophe signifie l’élision de la voyelle finale (je te aime => je t’aime) et « -t- » où le t n’a aucune valeur sémantique, ce n’est pas le pronom « tu » abrégé, ni quoi que ce soit d’autre d’abrégé, c’est juste pour faire joli à prononcer (eu-phonique : qui sonne bien à l’oreille) entre deux voyelles : « Écoute-t-il ce que je dis ? ».

En s’amusant avec Google, on est ravi par les nombreuses variantes imaginées pour écrire « Y a-t-il … ».
Y’a t’il ? Y-a-t-il ? Y a t-il ? Y-a-t’il ? Mathématiquement, en combinant espace, trait d’union et apostrophe, on peut arriver à 27 graphies différentes. Malheureusement, une seule est correcte, et si tu y vas au pif, ça ne laisse que 3,7% de chance de tomber sur la bonne.

 

PS : ami lecteur, lisant mon burp plein d’arrogance, tu n’hésiteras sûrement pas à m’allumer pour les fautes que j’aurais laissées çà ou là (car je suis faillible, hélas), et ça sera bien fait pour ma gueule.