[82] Rewind ▐◄◄

medium_memento.jpgVu ce soir en DVD le thriller Memento (de Christopher Nolan, 2000). Un film pas tout récent, mais qui avait eu un certain succès, critique et public. Je ne l’avais pas encore vu, on m’en avait souvent parlé, j’en avais ré-entendu parler à l’époque où j’étais allé voir un autre film (Novo, de Jean-Pierre Limosin, 2002) plus confidentiel basé également sur le même principe : un homme qui a perdu la mémoire immédiate, et comment il organise sa vie autour de ce handicap.

L’originalité de Memento est d’être un récit à rebours ; chaque chapitre du film précède chronologiquement celui auquel il succède pour le spectateur, lequel reconstitue l’histoire comme il rembobine une pelote. Si on filmait une balle en caoutchouc rebondir, on la verrait rebondir tout aussi bien en visionnant la bande à l’envers. Les scénaristes se sont donc malignement appliqués à échafauder une histoire pleine de rebondissements, et que l’on ne comprend pleinement qu’arrivé à la fin (c’est à dire … au début !).

Memento est un thriller très plaisant, même si l’on sait, de par la structure même du film, qu’on va s’y faire balader tout du long aussi facilement qu’un enfant à qui on promet une barbapapa (ou, par les temps qui courent, une glace).

 

 


Il m’est apparu que lorsqu’au hasard de nos déambulations sur le net, nous tombions sur un burp qui nous plaisait, et qu’il nous venait l’envie de lire ce que son auteur avait écrit avant, et puis encore avant, nous remontions nous aussi le temps en suivant le fil des notes, commençant par la plus récente présente sur la page d’accueil, et remontant ainsi le passé du burpeur.

Ainsi, ami lecteur, sur mon burp, sans présumer de ce que je serai dans un mois, un an, tu me trouves en cette fin juillet en train de me remettre doucement d’un violent chagrin d’amour ; aujourd’hui, quasi guéri, et pourtant.. il y a à peine deux mois, j’extirpais des sanglots à mes lectrices sensibles en exposant mon pauv’tit cœur blessé.

Mon burp est né pour combler le vide que cette séparation avait créé.

Je ne sais pas s’il y aura un happy end. Sûrement.

Mon burp est né d’un sad beginning.

 



« Je reste couché là, ignorant depuis combien de temps je suis seul.
Alors, comment guérir, comment faire mon deuil si je ne sens pas le temps qui s’écoule ? »
 
(Ouf, eh ben heureusement qu’on n’a pas les mêmes soucis que Leonard Shelby) 

 

[81] Patrie

Pour moi qui me supposerais très malheureux d’avoir à quitter un jour la France, ces propos touchants lus dans Libération du 18 juillet, de Nisrine, Libanaise de 31 ans, « née en 1975 avec la guerre » :

 

« Nous allons bien malgré tout. Dans ma tête, je suis prête au départ, et je crois à un départ définitif du pays. (…) Je n’ai rien ici, ni morceau de terre, ni propriété. Je ne possède que quelques livres (elle est professeur de français, NDLR). C’est toute ma richesse. Ma famille, c’est sûr. Je me fous du patriotisme malade, du pays où on est né, qu’on doit défendre. Tout ce que je vois, c’est que pour le défendre on ne fait que le détruire. Dans ma tête, c’est fini. Je suis libre, je ne suis pas enchaînée. (…) Je suis fille de la vie. Ni terre, ni attaches. Rien ne compte plus pour moi. Je suis Nisrine, et ça veut dire ” la femelle de l’aigle “. Si je suis un rapace, ce que je chasse n’est autre que la vie (…). »

[79] I ♠ RSS

Je ne sais pas si ça fait pareil chez toi, ami lecteur syndiqué, mais ma note I ♥ Laurence a rendu fou mon plugin firefox Wizz RSS.

Désolé, ça doit être à cause du ♥. Je ne le referai plus. 

Mots-clés :

[78] Haute gastronomie

Comme cette précédente note le laisse supposer, la bouffe est un sujet qui m’intéresse. Je le précise, ami lecteur, parce que pour les plaisirs de la chair, je crois que c’était suffisamment clair. Pour ce qui est des plaisirs de la chère, je n’avais pas encore beaucoup développé.

J’aime donc faire la cuisine, et si possible bien faire la cuisine. 

Un été, lors d’un séjour dans un gite rural, je suis tombé sur un vieux livre de recettes. Certains se seraient précipités sur des vieux bouquins de la Bibliothèque Rose ou Verte, plein de nostalgie, moi non, je me jette sur un vieux livre de cuisine poussiéreux. Je me souviens avec émotion de la vieille vieille édition du best-seller « Je sais cuisiner » de Ginette Mathiot, qui débutait par des leçons de savoir vivre, comment une bonne maîtresse de maison doit dresser sa table, répartir ses invités, toutes ces règles de bienséance expurgées progressivement à chaque réédition (on voit bien à quoi ça mène : regarde les jeunes d’aujourd’hui, ami lecteur, taper des SMS, ça ils savent faire, mais positionner correctement fourchette, couteau, cuillère à soupe, cuillère à dessert, verre à eau et verre à vin, y’a plus personne. Nan, les dents du couteau vers l’assiette, je te l’ai répété cent fois).

Du vrai bonheur ethnologique, ces vieux bouquins de cuisine.

C’est donc avec enthousiasme que je feuilletais La cuisine moderne illustrée (rédigée par une réunion de professionnels – librairie Aristide Quillet – 1948), et que je tombais sur ce chapitre que je vous retransmets verbatim :

« Les plaisirs de la table sont des plaisirs intimes. Ils n’aiment pas le tapage ni la foule. Quelle grossière erreur aujourd’hui ! Comment croire à l’intelligence humaine quand on voit ces restaurants où l’on danse entre deux plats et au son d’un orchestre nègre bon à nous donner la colique ?
C’est un scandale. On comprend que des nègres qui dévorent du couscous ou des fragments de chair rôtis saupoudrés de la poussière du sol se consolent de cette maigre chère en dansant ; mais des êtres civilisés ! C’est à peine croyable. Un bon repas demande du recueillement et un échange de paroles spirituelles et gaies. »

Quand je pense qu’on ergote encore sur les bienfaits de la colonisation. 

[77] Trop jambon, trop con

Fleury-Michon nous prend vraiment pour des cons.

Jusqu’à présent, c’était une des rares marques de grande distribution a proposer du jambon Label Rouge, c’est à dire un jambon un peu moins insipide que la moyenne (j’entends : que la moyenne de ce qu’on peut trouver en supermarché).
De fait, le jambon au bouillon de chez Fleury-Michon était plutôt bon, et puis le voilà qui a disparu de la gamme. Alors bon, on se rabat sur le jambon au torchon qui n’est pas trop mal non plus. Label Rouge, toujours.

Et puis tout dernièrement, cherchant désespérément du Label Rouge dans les rayons, j’aperçois qu’une bonne partie de la gamme F-M voit son Label Rouge substitué par un Label Spécial Couillon, le genre de truc dont l’industrie agro-alimentaire use et rabuse : le pseudo label, le label maison, le sticker publicité du genre « élu produit de l’année » par un jury de consommateur invités moyennant rétribution à départager différents produits dont les fabriquant ont dû payer pour se voir sélectionnés (un peu comme si les cinéastes devaient payer pour voir leur film sélectionné au festival de Cannes, genre).

 

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AVANT

APRÈS 

À ma gauche, un jambon Label Rouge, c’est à dire répondant à des critères définis et contrôlés par le Ministère (de l’Agriculture je suppose).

À ma droite un nouveau jambon moins bon avec une qualité garantie. Ça veut dire quoi « qualité garantie » ? Ben rien, justement. Rien du tout. Voilà. On vous garantit que c’est du jambon fait à base de porc. Oh, Monsieur Fleury-Michon est trop bon.

Je n’imagine pas une seule seconde que ce nouveau label soit mieux-disant que le précédent. Si c’était le cas, les joyeux marketeurs de F-M se seraient empressés de les accoler l’un à côté de l’autre. Du jambon double label, la classe.

Ce qui me désole, dans cette affaire, c’est qu’on nous serine en permanence avec la qualité de ce qu’on met dans son assiette, que F-M a dû penser qu’il y avait un créneau à occuper, celui du jambon de qualité en supermarché, il lance une belle gamme de Label Rouge, et puis au bout d’un moment, il se dit que finalement, il vaut mieux berner le consommateur en lui refilant un produit de qualité moindre. Probablement parce que son créneau marketing n’était pas suffisamment rentable. Parce que nous n’étions pas assez nombreux à dépenser quelques dizaines de centime d’euros en plus pour acheter un jambon d’un peu meilleure qualité que le jambon supérieur d’à côté.
De fait, la part du budget des ménages consacré à l’alimentation continue de décroître. Les gens ont d’autres priorités.

Lu ici :
La part de l’alimentation dans le budget familial serait statistiquement passée en quarante ans de 45 % à 14 % actuellement (sauf dans les familles en situation de précarité où le problème de l’alimentation reste prégnant).

Et ici :
En quinze ans, les ménages ont réduit la part de budget qu’ils consacrent à leur alimentation et aux boissons non alcoolisées à domicile : cette part est passée de 15,7 % en 1990 à 14,3 % en 2004. 

[76] I ♥ Laurence

Il n’est pas impossible, ami lecteur, que tu aies entendu du projet d’introduire dans la loi française la possibilité de conduire des class actions, c’est à dire (et ami lecteur juriste, tu excuseras mes imprécisions, n’étant pas de la partie — et tu es chaleureusement invité à ajouter toute précision que te sembleras utile dans l’espace à commentaires qui t’est ouvert) la possibilité pour une association d’attaquer en justice une société en représentant une collectivité. Système qui existe aux États-Unis et qui permet aux fumeurs de Malboro de toucher un max de pognon pour soigner leur cancer, ou plus probablement d’aller boire un coup pour oublier.

Jusqu’à présent, en droit français, s’il y a 2000 internautes qui se sont fait entuber par les clauses iniques de leur fournisseur d’accès, seuls ceux qui vont participer personnellement au procès auront la possibilité de toucher un dédommagement en cas de victoire (au procès).

Jacques Chirac, qui s’y connaît en matière de justice, a dit que ça serait bien, machin, grande cause nationale, on attend. C’est en train de sortir doucement, mais ça arrive. Évidemment, ça lobbyise à fond dans les arrières boutiques de l’Assemblée Nationale et du Sénat, et de Bercy, et tout ça. Et puis en front de scène, la Laurence Parisot, ci-devant Présidente du Medef, la vlà-t-y pas qu’elle raconte des trucs du genre :

— Ouais, mais ces procès, comprenez-vous, ça serait un coup dur porté aux entreprises
— Et ça nous coûterait un point de PIB, faites gaffe !
— Et ça pourrait atteindre à la réputation d’une marque ou d’une entreprise
— Et même que ça pourrait favoriser des formes de chantage…

Tout ces propos quasiment verbatim

Bref, on voit effectivement qu’en matière de chantage, on a affaire à une spécialiste. 

Moi je trouve ça assez exceptionnel, une telle dose de cynisme sans la moindre once de gêne, de culpabilité. Du genre : vous vous rendez compte ? Un procès, ça peut nuire à l’accusé. Sans blague ?
Il faudrait lui rappeler que dans justice, il y a juste
Non, il faudrait lui rappeler tout simplement pourquoi la Justice existe, avec son Ministère et tout le tralala. C’est pour que le fort ne bouffe pas toujours le faible (Sîn va me chambrer et me traiter d’idéaliste), qu’il ne se croit pas tout permis.

Ouais, pas très Medef comme concept, la justice.