[72] Histoire n°2

Avant de lire la seconde histoire, merci de passer jeter un œil à l’introduction, puis à la première histoire.

 


 

O et son double

Aujourd’hui, O est seule chez elle. Son amant l’a appelé, mais elle a prétexté une gastro (très efficace, très dissuasif la gastro comme alibi) pour rester seule avec elle-même.
Peut-être recommencera-t-elle demain.

Elle prend un long bain, trop chaud, mais elle ne peut pas s’en empêcher, et s’amuse avec un galet effervescent qu’elle a coincé sous la naissance de ses cuisses. Une caresse, une chatouille, à peine perceptible… Elle s’abandonne lascive, dans ses pensées, ouvrant les yeux, les fermant parfois… Elle se remémore quelques moments passés avec son amant, sa rencontre avec lui, un jour où pourtant elle était particulièrement remontée contre la gent masculine ; il avait su faire preuve d’une douceur si surprenante.

Parfois sa main s’aventure sur son corps. Entre savonnage et caresse, parfois elle se caresse le sexe, pour aviver la piqûre de certains souvenirs, mais elle ne s’abandonne pas à son plaisir, le laisse décroître, et continue sa promenade dans ses pensées.

Elle pense aussi à Pierre, son amant précédent. En réalité, il y en avait eu un autre dans l’intervalle, mais tellement pitoyable, O ne veut même pas y penser. Pierre avait été une parenthèse magique dans son existence, trop courte. Mais elle le savait dès le départ. Pierre avait révélé en elle un pouvoir et des envies qu’elle aurait farouchement repoussées de la main si on lui en avait parlé seulement un mois avant sa rencontre avec Pierre. (Un peu comme votre serviteur : « moi, voter Chirac ? et pis quoi encore ? » — ben encore : avec une procuration, donc deux fois mon coco — Ca va les mecs, ne débandez pas je continue ;-) [Eh oui, ce texte date de 2002, NDLR]

O sort de son bain, un peu troublée par les rivages où ses rêves l’ont fait échouer, contemplant le chemin parcouru par elle en si peu de temps. Sa vie sexuelle était passé d’une suite de moments plus ou moins roses — ou moroses — selon la qualité de ses amants, à un torrent de découvertes qui l’emportait, lui faisait mal, la sublimait…

Elle enfile son peignoir, s’essuie à peine les jambes, et se rend à son salon. Quelques gouttes d’eau tachettent sa moquette ; elles sécheront vite.
Elle glisse dans sa platine un ancien CD des Cocteau Twins, et s’allonge sur son canapé pour poursuivre ses rêveries.

O choisit de se rappeler sa découverte du bondage. Un jour, son amant lui avait bandé les yeux. Jusque là, O ne savait pas jusqu’où ce jeu allait l’amener. Les yeux bandés, elle connaissait, elle avait d’ailleurs souvent eu l’occasion de vivre cette situation où, privée de la vue, elle voyait (!) ses autres sens exacerbés. En premier lieu, le toucher. Chaque caresse, venue d’on ne sait où, surprend comme un fer rouge. L’ouïe également, l’oreille aux aguets pour savoir où se trouve l’ennemi, essayer de deviner où il va frapper ! Mais cette fois-ci, O, les yeux bandés, n’avait pas deviné ce qui allait lui arriver. Son amant l’avait couchée sur le lit, et l’avait embrassée, caressée… Elle aussi l’embrassait, mais à chaque fois qu’elle voulait poser ses mains sur son corps d’homme, il les repoussait brutalement…

Puis, quand il avait senti que son excitation était assez grande (en fait, O avait cette faculté à ne laisser aucune ambiguïté sur la force de son désir, son sexe était vite très très humide), il avait saisi ses poignets et les avaient noués d’un foulard. Les foulards étaient doux, mais le nœud était serré.

Les mains entravées, O avait entendu son amant s’affairer dans le placard et se demandait avec un mélange de crainte et d’excitation ce qu’il aurait dans les mains en revenant…

Pendant qu’O se laisse aller à cette rêverie rétrospective, elle promène sa main sur son corps. Son peignoir bâille largement, découvrant un de ses seins, et comme elle avait les jambes un peu écartées, son sexe est lui aussi ouvert à tous les regards — malheureusement, personne à part O, pour profiter du spectacle.

O fait avancer sa main sur son ventre. Elle ne s’attarde pas sur son pubis lisse. Parfois, elle regrette de ne plus pouvoir promener ses doigts dans sa toison, brune, abondante, mais son amant l’a astreinte à l’épilation totale. Son sexe n’est plus tout à fait le même ainsi. Comme s’il avait changé de personnalité. Elle ne s’attarde pas sur son pubis, donc, et atterrit vite sur son sexe. D’abord, de la pointe du majeur, elle frôle de haut en bas, puis de bas en haut, ses deux grandes lèvres, effleure le clitoris, puis plus violemment elle plonge son doigt (instant majeur !) en elle. Alternant l’intensité de ses caresses, elle reprend le fil de son souvenir.

O sentit alors que son amant glissait entre ses poignets une corde. Quelques tours, puis un nœud. Il lui leva les bras, et ses mains désormais touchaient les barreaux du lit. Presque par réflexe, elle les empoigna, et c’est dans cette position que son amant lui ligota ses mains aux barreaux du lit. O ne pouvait plus les bouger. Son amant avait astucieusement serré les liens ; suffisamment lâches pour que le sang circule, mais dès qu’elle faisait mine de vouloir s’en libérer, l’entrave était complète. Avec une autre corde, l’amant enserra ensuite sa cheville (non sans l’avoir auparavant embrassée), qu’il attacha à l’autre bout du lit, puis inévitablement l’autre jambe connut le même sort.

Si ses bras étaient l’un contre l’autre, ses jambes étaient en revanche, bel et bien écartées, et O fut un instant honteuse d’offrir ainsi son sexe ouvert, bien qu’elle n’aurait en aucune façon pu adopter une pause moins indécente.
O sentit ensuite les mains de son amant parcourir son ventre, ses jambes, ses bras, sa nuque. Il avait des mains à la fois fines et puissantes, O les avait remarquées dès sa rencontre ; à l’œuvre sur son corps, elles tenaient toutes les promesses qu’O avait imaginées d’elles. Tout son corps était caressé, sauf son sexe, pourtant il appelait le contact. O mouillait. O voulait qu’un doigt, une main, un sexe, comble ce vide, vite. Mais l’attente continuait, la fièvre montait, O avait envie de crier « prends moi ! baise moi ! »… Bientôt ce fut la bouche de l’amant qui se joignit au ballet de ses mains, mais toujours fuyant l’origine du monde, malgré quelques passages en haut des cuisses, là où la peau est si douce et si vibrante.

Au moment même où O se souvient du premier contact de la bouche de son amant sur son corps immobile, elle est foudroyée par son premier orgasme qui part comme un spasme de son ventre pour remonter jusqu’à l’échine. Elle regarde sa main, elle a presque l’impression que ce n’est plus elle qui la pilotait tandis que défilait dans son crâne le film de cette nuit fondatrice. Elle constate presque honteuse que son con a englouti quatre de ses doigts. Sa cyprine fait briller ses jambes jusqu’à mi cuisse… Elle fait une petite pause dans ses souvenirs, se caresse encore, et s’offre rapidement un deuxième orgasme, moins intense, mais plus doux, plus prolongé.

Le disque des Cocteau Twins est terminé. O se lève, et met sur sa platine le premier album d’Archive, un sublime sirop à souvenirs languissants… Puis elle va farfouiller dans un tiroir où elle réunit, oui, au salon, pas dans sa chambre ! quelques objets offerts par ses différents amants. En matière de petits cadeaux, c’était Pierre qui s’était montré le plus prolixe, et le plus imaginatif aussi ! Elle se saisit ainsi d’un minuscule vibreur qui se met au doigt comme une bague, le rendant bio-nique, comme s’amusait à dire son amant. Elle s’allonge de nouveau, allume le gadget qui se met à bourdonner comme une mouche. Elle en apprécie à nouveau la caresse et reprend le fil de son souvenir…

Écartelée sur le lit, livrée aux caresses de son amant, O avait non seulement les nerfs à fleur de peau, chaque baiser étant comme une brûlure, mais également le cerveau à vif, l’imagination au grand galop qui explorait l’étendu des possibles, cherchant à anticiper son sort, se trompant toujours.

Les caresses s’interrompirent. O retint son souffle.
Son amant prit un foulard et la bâillonna. Elle était aveugle. Désormais elle serait aussi muette.
Elle tressaillit en entendant ce qui lui avait bien semblé être le bruit d’un briquet qu’on allumait.
Puis quelques instants de silence. Elle lança une petite plainte, étouffée, d’inquiétude. « Ushhhhh » intima l’amant.

Elle se cambra de douleur et de surprise quand la première goutte de cire tomba sur son ventre. Elle voulut crier, mais elle ne put émettre qu’une sourde plainte. Deuxième goutte. Nouvelles contorsions. Son amant avait alors resserré le bâillon, retendu les cordes qui l’immobilisaient. Troisième goutte. La douleur, toute aussi vive, avait malgré tout changé de nature. La douleur était devenue pulsation. Comme si, à l’endroit même où la goutte avait atterri, battait tout son sang. Quatrième goutte… Cinquième goutte. Son cœur lui même semblait s’être déplacé juste sous le point d’impact. Les seins d’O furent épargnés. Et son amant, même s’il avait, à dessein, fait progresser les impacts chaque fois plus bas sur le ventre d’O, s’était arrêté en haut du pubis. Nouvel orgasme sur le canapé.

O sentait son ventre entier palpiter. C’est à ce moment là qu’elle sentit le sexe de son amant s’introduire en elle. O, sans pouvoir se contrôler, se mit à pleurer. Sans le bandeau qui les absorbait, de grosses larmes auraient coulé sur ses joues. Elle pleurait, son corps secoué de spasmes, tandis que son amant allait et venait en elle sans sembler s’en soucier… Pleurs de douleurs, pleurs de joie, pleurs de plaisir, pleurs de folie. Elle pleurait et sentait monter en elle le plaisir… Son amant venait de lui retirer le bâillon, elle ne poussait plus de cris mais des petits gémissements, quelques sanglots, puis un cri de jouissance… Son amant, ce soir là, ne jouit pas en elle. Il l’embrassa. Elle lui dit « je t’aime » (et pourtant, ce vocabulaire-là, comme il était interdit entre eux !!!), il lui répondit « ushhhh » à nouveau, tandis qu’il défaisait ses liens.

 

[71] Histoire n°1

Avant de lire la première histoire, merci de passer jeter un œil à l’introduction.

 


 

O avait reçu comme instruction pour son rendez-vous ce jeudi soir avec son amant, de s’habiller en garçonne. Chose inhabituelle, pour tout dire à l’opposé des consignes habituelles. Elle choisit donc un costume plutôt sobre, un pantalon et une veste bleu nuit, mit des souliers plats, ne résista pas à instiller une touche de féminité avec son chemisier, sous laquelle elle avait mis un soutien-gorge un peu étroit, de manière à rendre plus discrète sa poitrine. Elle sacrifia sa coupe de cheveux, un carré à la Louise Brooks, pour une coupe “garçonne” (ça repoussera vite !), et se sentait fin parée pour la soirée. Elle poussa le raffinement jusqu’à porter un parfum d’homme, mais qui allait de toute façon tellement bien aux femmes : Habit Rouge.

Le rendez-vous été fixé au théâtre. O avait reçu chez elle la place. Elle devait se rendre seule jusqu’à son siège. Quand elle fut sur place, elle fut conduite dans une loge où se trouvait déjà un homme, assez jeune (elle lui donna 24 ans). Qui l’accueillit sans un mot, mais avec un grand sourire. Les autres places étaient vides.
Les lumières s’éteignirent et la pièce débuta. C’était une pièce assez ennuyeuse, l’Andromaque de Racine, dans une mise en scène classiquement fade. Mais pour O le spectacle n’était pas sur les planches.

Effectivement, avec beaucoup de discrétion, à côté de lui, le jeune homme commençait de se dévêtir. Mais uniquement le bas. De sorte qu’il fut rapidement nu comme un ver, des pieds au nombril. Sa chemise, sa veste, toujours en place, faisait illusion pour les spectateurs d’en face qui, dans l’ennui profond de la pièce, auraient pu être tentés de trouver source d’intérêt parmi le public…

Le jeune homme pris ensuite la main d’O, et la guida sur ses jambes, sur son sexe, pour qu’elle le caresse. Il n’eut pas longtemps besoin de guider O, dont la main avait rapidement su reprendre son indépendance. Son amant lui avait appris comment intensifier le plaisir de chaque caresse, les coins où il fallait s’aventurer, là : plus de pression, ici : plus rapide, là : on ne fait qu’effleurer, mais on y revient souvent… Là : on insiste…
Le sexe qu’elle avait entre les doigts était très beau. Pas particulièrement grand (O en avait déjà vu qui l’avaient effrayée au premier abord – au premier abord seulement), mais vraiment beau. Une belle ligne droite, terminée par un gland joliment dessiné, et gonflé par le sang. Les battements de cœur du garçon agitaient d’ailleurs son membre de discrets, mais réguliers, soubresauts.

Son sexe avait aussi la raideur de la jeunesse. Par jeu, O essaya un peu de le tordre, elle savait que ce ne serait pas douloureux, mais d’une seule main, elle n’y arrivait pas. L’inconnu respirait un peu plus bruyamment, mais réussissait à faire illusion, les yeux perdu dans le vague en direction de la scène. Oreste avouait à Pylade qu’il est toujours amoureux de celle qui était aujourd’hui la fiancée de Pyrrhus, la princesse Hermione, la fille d’Hélène et du roi Ménélas, et qu’il avait l’intention de l’enlever.

O accéléra le rythme et branla le jeune homme plus vigoureusement… Elle sentait – ou pensait sentir – le plaisir monter, et voulut prendre le bel objet dans sa bouche ; elle allait se mettre à genoux quand le jeune homme l’en empêcha. C’est à ce moment là qu’O entendit puis vit son amant entrer dans la loge. Il tenait dans sa main deux paquets. Il tendit l’un deux à O. Elle l’ouvrit et en sortit un petit godemiché. Pendant ce temps, le jeune homme, faisant fi de toute tentative de décence, s’était mis à quatre pattes et tendait sa croupe vers O. “Enfonce-lui dans le cul !” indiqua son amant. O s’exécuta. Le godemiché n’était pas lubrifié, et O n’avait pas pris l’initiative de saliver dessus. Le garçon gémissait au fur et à mesure que l’engin s’introduisait en lui. Était-ce de la douleur, était-ce du plaisir ?.. Sans doute un peu les deux.

O fut surprise de voir son amant se déboutonner devant le jeune homme à genoux. “Suce ma queue” lui ordonna-t-il, mais vu le sourire que fit le garçon, un ordre n’était sans doute pas nécessaire.
Surprise, et excitée. C’était la première fois qu’elle voyait un homme s’occuper de son amant. Celui-ci avait déjà extrait le sexe de sa tanière, et, alors qu’il était encore en état de semi érection, il l’avait déjà avalé goulûment pour le sentir gonfler dans sa bouche. Avec une main, il se maintenait au sol, avec l’autre, il empoigna les couilles en engouffrant sa main dans sa braguette.
O, déconcentrée par la scène, avait cessé de faire aller et venir le gode, qui avait désormais dilaté l’anus et se déplaçait plus aisément. Le jeune homme remua le cul pour la rappeler à son devoir.

Les malheurs d’Andromaque n’était plus dans le champ de considération de nos trois protagonistes depuis un moment – l’avaient-ils seulement été un instant ?
L’amant d’O semblait goûter avec volupté au plaisir que lui donnait la bouche de cet homme, mais il ne s’y abandonna pas… Son sexe était tantôt entièrement englouti, tantôt c’était à peine une pointe de langue qui l’effleurait. Il tendit la main pour attraper le deuxième paquet qu’il avait apporté, et le remit à O. Abandonnant un instant son ouvrage, elle l’ouvrit pour en extraire un obscène godemiché. Celui ci avait deux têtes, une relativement courte et épaisse, la deuxième plus longue et plus fine. Des lanières permettaient de se l’arrimer aux hanches.

O compris très bien ce qu’elle avait à faire.
Elle dégrafa simplement son pantalon et s’enfonça l’engin, côté épais, dans son con, sans que nulle lubrification artificielle ne fut nécessaire… Elle le fit aller et venir quelque instant, pour prendre la mesure de l’objet et finit par en nouer les liens autour de sa taille pour le maintenir en place. Elle était prise et, désormais, également pourvue d’un sexe. Avec sa salive, elle lubrifia l’œillet de son nouveau partenaire et commença à le pénétrer. Elle perçut à peine un léger gémissement. O remarqua alors que son amant n’était plus en train de se faire sucer, mais se trouvait derrière elle.
Elle sentit ses mains se glisser sous sa chemise et caresser son corps là où il était nu.

Il remontait le long du dos, en la massant, jusqu’aux épaules. Il caressait ses seins, pinçant légèrement ses tétons dressés, il caressait son ventre mais n’avait pas accès à son sexe recouvert par la ceinture. Il caressait ses fesses à pleine main, et fit descendre jusqu’à mi-cuisse son pantalon.

Tandis qu’O avait maintenant entièrement envahi le cul de son partenaire avec son nouveau sexe (hélas, dépourvu de terminaisons nerveuses – sur le coup O regretta un instant de ne pas être, vraiment, un homme) et commençait un lent va et vient, elle sentit la langue de son amant parcourir la raie de ses fesses, jusqu’à son petit trou, qu’elle alla fouiller avec indécence. O adorait cette caresse, toujours annonciatrice, avec son amant, d’une visite plus profonde et plus ferme… Et comme attendu, celle-ci eut lieu.

O s’était donc retrouvée au beau milieu de cet insolite trio, jouant un autre rôle que celui qu’elle avait pu imaginer dans ses rêveries avec deux hommes, rêveries que son amant avait de part le passé réussi à illustrer de si belle façon.

Une nouvelle corde à son arc, que ce phallus, prolongation en silicone de son propre sexe !
O se laissa porter par les sensations toujours très intenses quand elle se faisait sodomiser, tout en continuant d’offrir un plaisir analogue au jeune homme qui avait désormais aplati son torse sur le sol comme pour mieux s’offrir.

À vrai dire, c’était l’amant de O qui impulsait à l’ensemble son rythme, et imperceptiblement la cadence augmentait….
De la salle bruissait des murmures, d’énervement, de honte, ou d’excitation, car tous les trois commençaient à gémir ostensiblement ; mais aucun n’y portait attention.

O sentit le sperme de son amant jaillir en elle, et les spasmes du sexe de son amant se confondirent avec les siens. Une petite flaque de sperme, sur le côté, était là pour signifier que le jeune homme, les yeux fermés, qui semblait dormir, avait lui aussi atteint le plaisir.

[Rideau]

[70] Trois histoires d’O – Introduction

Introduction ou note d’intention

Ami lecteur, je vais te présenter ici trois petits textes écrits il y a déjà quelques années et pas retravaillés depuis. À juste titre, tu pourrais t’effrayer à l’avance du titre un peu cliché Histoires d’O, mais j’avance, pour ma défense, que ces textes ont été créés afin d’être postés dans un forum (c’était à une époque où les burps n’existaient pas encore, ou presque pas, et où je dépensais mon énergie scribouillarde sur un site de rencontre plutôt plus convivial que les autres, en l’occurrence Love@Lycos) nommé « Histoires d’O ».

Ce forum avait été conçu par son initiatrice comme un espace prévu pour se raconter des histoires érotiques. Sans vouloir trop tirer la couverture à moi (en outre, désormais, il est trop tard pour que tu puisses vérifier mes dires, ce forum a été englouti par l’une des refontes du site), j’étais à peu près le seul à avoir pris cette tâche un peu au sérieux.
Je n’avais, à l’époque, pas encore lu le célébrissime bouquin éponyme de Pauline Réage, mais j’avais une idée de l’atmosphère qui pouvait y régner, et je me suis donc astreint à essayer de le restituer tel que je l’imaginais, à ma sauce.

Tu constateras donc que le personnage central de ces trois histoires se nomme donc O, que l’univers SM, ou plus précisément les jeux de domination, y constituent une toile de fond qui s’estompe progressivement au fil des histoires, et que (c’est ça le plus intéressant à mon sens), chaque histoire a sa tonalité propre, ses qualités, ses défauts.

Ces histoires ayant, comme je le disais, déjà quelques années, je dois t’avouer qu’elles ont déjà trouvé d’autres lecteurs et – surtout, dois-je avouer – lectrices sélectionné·e·s, à qui je demandais à chaque fois de me dire quelle était leur histoire préférée, et pourquoi.

J’aimerais bien que tu te prêtes au même jeu.

Bonne lecture.

 

 

[68] Ça n’est pas de ta faute

Ça n’est pas de ta faute.

Sûrement pas non plus celle de ta chatte si avide de ma queue.
Pas non plus celle de ta bouche qui réclamait la mienne.
Pas non plus celle de ton cul que tu m’as offert avec le reste — si, si, Monsieur, vous pouvez aussi visiter cette pièce.

Ça n’est pas de ta faute.

Sûrement pas celle de nos rendez-vous du dimanche quand nous allions au cinéma (c’était autre chose que Le film du dimanche soir à la télé), nous tripotant comme des adolescents (ou plus précisément, rattrapant enfin le temps perdu de nos adolescences solitaires, il n’est jamais trop tard) lorsque le film ne nous captivait pas assez.
Pas non plus celle de nos déjeuners du mardi, très sages, où l’on discutait boulot, politique, cul et sens de la vie ; des morceaux de temps qui faisaient presque de nous un couple ordinaire.
Pas non plus celle de nos rendez-vous improvisés, qui me donnaient l’impression d’être un gamin qui file en cuisine voler du rab’ de dessert.

Ça n’est pas de ta faute.

Non, sûrement pas celle de ton corset que j’aurais voulu t’offrir, mais que tu as tenu à payer de tes deniers ; j’aimais son rouge sombre ; j’aimais tirer sur les lacets jusqu’à ce que tu me dises c’est assez (c’est drôle, non ? corset, baleines, cétacé. C’est pour détendre l’atmosphère).
Pas non plus la faute de ce vibromasseur avec lequel je t’ai fait jouir plusieurs fois. J’aimais être la main de ce plaisir qui aurait pu être solitaire.
Pas nous plus celle de ce gode violet que je t’avais demandé d’enfoncer vivement dans mon cul, impatient que j’étais que tu me violentes, impatience que je vais encore devoir ravaler … jusqu’à quand ?

Ça n’est pas de ta faute.

Vraiment pas non plus la faute de ces messages qu’on échangeait sans arrêt. Des SMS qui me démangeaient les pouces dès que j’avais un instant à voler et que mon cerveau pensait à toi — c’est à dire souvent.
Pas la faute de ces photos et ces petites vidéos indécentes que nous avons pris ensemble.
Pas la faute de ces deux soirées que nous avons passées à trois, ni tous ces autres fantasmes que nous aurons eut le temps de mettre en scène, avec gourmandise et joie lubrique.

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Non, c’est ma grande faute à moi, ma maxima culpa.

Ma faute d’avoir creusé à coup de bite depuis 6 ans la tombe de mon couple — et aujourd’hui encore je ne sais pas si je veux rester vivant ou m’enterrer avec.
Ma faute d’avoir pensé qu’on pouvait jouer impunément avec ses amantes, juste pour combler ce manque d’érotisme dont je pâtissais depuis 7 ans, que ça ne ferait que rééquilibrer ma vie, et rien d’autre. Ma faute de ne pas m’être rendu compte qu’avec toi, ce n’était pas seulement différent des autres en intensité, mais qu’intrinsèquement, c’était différent ; contrairement aux autres, tu n’étais pas une femme en couple à la recherche, comme moi, de frisson, mais une célibataire qui attendait l’amour — et je t’en ai donné. Ma faute d’avoir pensé que vouloir que ce soit possible suffise pour que ça le soit.

Ma faute si maintenant je me retrouve face à ce grand vide, à la croisée des chemins.
Mais quel chemin emprunter quand on est persuadé que celui du bonheur est désormais derrière soi ?