[101] Vainqueur par K.O.

(Le retour de monsieur le donneur de leçons, histoire de ne pas laisser en désuétude cette catégorie de mon burp)


La langue française, peu avare en homonymes, nous en a offert un joli couple en la personne (?) de cahot et chaos.

Quelques définitions en provenance du TLFI dont je ne dirai jamais assez de bien :

CHAOS, subst. masc. (du grec χάος)
A. COSMOGONIE
1. MYTH. GR. Espace immense indifférencié préexistant à toutes choses, et notamment à la lumière.
2. [Dans la tradition judéo-chrét.]
a) État vague et vide de la terre avant l’intervention créatrice de Dieu :
b) [P. amalgame avec le concept gréco-lat.] Confusion initiale, indifférenciée et informelle de la matière et des éléments, antérieure à l’organisation du monde par l’intervention de Dieu (cf. Genèse). Chaos primitif.
B. P. anal.
1. État d’enchevêtrement, d’amalgame d’objets nombreux et hétéroclites; p. méton., amas d’objets confus et désordonné.
2. Au fig. Ce qui est ou semble inorganisé, désordonné, confus, parfois incohérent ou obscur.

 

CAHOT, subst. masc.
A. Soubresaut, secousse que l’on ressent à l’intérieur d’un véhicule roulant sur un terrain inégal, accidenté
P. méton. Accident de terrain qui provoque le cahot. Les cahots d’un chemin, éviter les cahots.
B. P. métaph. ou au fig.
1. [En parlant d’une pers.] Inégalités du comportement
2. [En parlant d’une chose concr. ou abstr.] Difficultés
Comme tu le vois, ami lecteur n’ayant par miracle pas encore renoncé à lire plus loin cette note, ces deux mots ont des sens différents, mais on relève entre eux une certaine proximité sémantique. Chaos comme cahot, c’est un peu bordélique. Dans l’échelle du désordre, chaos est grand vainqueur (par K.O. — il n’est pas drôle mon titre ?) et avale le petit cahot.

Comme le dit d’ailleurs le TLFI avec une précision toute dictionnariale que je n’ai pas :
Rem. Chaos est sémantiquement voisin de son homophone cahot, d’où contamination. On entend le grincement des roues, le bruit de clapotis des comportes pleines de fruits, qui sursautent au chaos du chemin (PESQUIDOUX, Le Livre de raison, 1928, p. 222).

Rem. On rencontre ds la docum. le dér. cahotique, adj. Soumis à des cahots, cahoté.
L’existence de cet adj. est peu sûre à cause de l’homon. et de la fréq. synon. avec chaotique.
Là où je voulais en venir (ben oui parce que malgré tout le laïus qui précède, je ne suis pas encore arrivé au cœur du sujet), c’est à propos non pas de ces deux mots mais de leurs dérivés chaotique et cahoteux (ou encore le peu sûr — comme dit mon Trésor — cahotique. Notons au passage qu’à partir du moment où ce mot est écrit, repris, on ne peut plus douter de son existence. On peut douter de sa pertinence, de sa justesse étymologique et tout le tsoin tsoin, le traiter de barbarisme, le mettre au ban de la Société des Bons Mots, mais douter de son existence, c’est salaud, surtout après le beau boulot effectué par Prévert :

Brunehaut sous ton image une légende épique
Précise tes derniers moments cahotiques
Et traînée par un cheval indompté
Tu entres dans l’histoire en pièces détachées 
Paroles, 1946.
Donc, ce que je pleure, c’est le délaissement de ce joli adjectif : cahoteux (voire du sulfureux cahotique) au profit de ce goinfre de chaotique. Tout est rapidement qualifié de chaotique — un bordel innommable, donc — quand parfois un cahoteux suffirait. Un peu de mesure en toute chose. Pas besoin d’être hyperbolique, excessif, ampoulé, emphatique, enflammé, pompeux au moindre petit pet de travers sur votre bonhomme de chemin.
Ami lecteur, ami burpeur, si tu veux me faire plaisir, utilise le mot cahoteux ou chaotique à bon escient dans une prochaine note et viens-en faire la publicité ici !

[99] Nadia

medium_saudek05-01.jpg21:02 J’arrive, avec une ponctualité de quasi-névropathe, dans le bar où nous nous sommes donnés rendez-vous. J’ai choisi à dessein le F***, où j’ai déjà eu l’occasion d’y vivre quelques moments désormais parvenus au statut de jolis souvenirs. Je ne crains pas que l’aura des deux filles qui t’auront précédée ne contamine l’impression que tu me donneras. Je ne t’ai évidemment pas parlé de ce passif, il t’aurait peut-être déplu, je ne sais pas. Il est là plus pour me donner un peu de courage et d’optimisme sur l’issue de notre rencontre.
Et puis ce n’était pas loin de ton travail.

21:04 J’ai fait un tour rapide de la salle, pour essayer de t’y repérer. Je ne sais pas à quoi tu ressembles exactement physiquement. Toi non plus. Nous n’avons pas échangé de photo. Nous nous sommes juste dit comment nous serions habillés. Et puis j’ai dans mon esprit une sorte de portrait robot, hors de propos, certainement, que mon imagination a construit. Nous avons tous les deux accepté ce risque d’être déçus. Quelles qu’en soit les circonstances, toute rencontre comporte ce risque, photo ou pas. Tu n’es pas dans la salle, ou alors je ne t’ai pas repérée. Je m’assois à une table où, j’espère, nous serons suffisamment tranquilles.

21:07 Je commande au serveur un Ti punch. Je me dis qu’il me faudra bien ça pour faire tomber les épaisseurs de briques de ma timidité. J’en ai fait, pourtant, des rencontres, depuis 20 ans que ça dure ; j’arrive aujourd’hui à paraître désinvolte, à l’aise, à parler de tout et de rien, de choses superficielles comme de choses profondes. Mais je ne sais toujours pas être en confiance. (suite…)

[94] Un petit divertissement

Ce n’est pas tant que l’inspiration me manque ; c’est plutôt que j’ai à vous faire découvrir une œuvre selon moi encore trop méconnue [Nota : après vérification, tout de même 130 occurrences dans Google, je ne me ferai pas si facilement passer pour un Christophe Colomb de la poésie oulipienne], quand les jeux de George Sand et d’Alfred de Musset se sont, eux, déjà largement couverts de gloire.

Le poème naïf qui suit est de Paul Adam (romancier français, 1862 – 1920) :

La première fois quand je l’ai vue
J’ai tout de suite remarque son regard
J’en étais complètement hagard

Dans ce jardin du Luxembourg
Je me suis dit: Faut que je l’aborde
Pour voir si tous deux on s’accorde

J’ai déposé mon baluchon
Alors j’ai vu tes gros yeux doux
J’en suis dev’nu un peu comme fou

Quand je t’ai dis que tu me plaisais
Que j’aimerais bien te revoir
Tu m’as donné rendez-vous le soir

Et je t’ai dis: Oh Pénélope
Que tu étais une sacrée belle fille
Que je t’aimerai toute ma vie

Quand dans ce lit de marguerites
Tu m’as caressé doucement la tête
Ma vie entière est une fête

Et sous les regards de la foule
J’ai posé ma main sur ta main
Vous voyez bien que ce n’est pas malsain

À l’ombre des eucalyptus
Je t’ai dit: je veux que tu me suives
Je te sentais d’humeur lascive

Alors comme ça dans les tulipes
Tu m’as fait une petite promesse
Gage d’affection et de tendresse

Si notre amour devait céder
Je n’aurais plus qu’à me faire prêtre
Je ne pourrai jamais m’en remettre

Car si un jour notre amour rouille
Je m’en mordrai très fort les doigts
Chérie vraiment je n’aime que toi

ornement

Naïf mon œil ! Changez maintenant la fin du second vers de chaque strophe, avec ce qui vous traversera l’esprit, de manière à ce que la rime se fasse non plus avec le dernier vers, mais avec le premier.

[93] L’arme absolue

medium_Firefox.gifQue constaté-je avec stupeur dans mes statistiques hautes et fortement détaillées ?
Que 50% de mes  — dois-je l’avouer ? encore rares — visiteurs naviguent avec Firefox. Alors là, ami lecteur, tu m’épates. Alors que la moyenne nationale n’est que de l’ordre de 18% (sur la part de marché réelle de Firefox, on trouve selon les sites différents pourcentages ;  ce billet sur MozillaZine n’indique une part de marché que de l’ordre de 12% en France).

Bon, quand je dis 50%, j’exagère un peu. C’était surtout vrai le premier mois d’existence de mon burp, quand je devais en être le quasi-unique lecteur.

Les statistiques ont un peu changé depuis, et Internet Explorer (I.E.) a repris le dessus, mais dans des proportions tout de même surprenantes. Juges-en plutôt, ami lecteur :

  • En mai 2006 : FF : 50,7%, I.E. : 21,5%
  • Sur le mois de juin 2006, on note :
    • 45,30% pour I.E. versus 43,08% pour Firefox dans les chiffres bruts de fonderie ;
    • 51,3% pour I.E. versus 48,7%, proportions réévaluées en ne prenant pas en compte les moteurs de recherche et autres outils de syndication
  • Sur le mois de juillet 2006, je relève :
    • 49,22% pour I.E. versus 30,22% pour Firefox dans les chiffres bruts de fonderie ;
    • 61,8% pour I.E. versus 37,9%, proportions réévaluées (le pauvre navigateur Opera atteignant 0,3%)

J’en tire les conclusions suivantes :

  • Plus l’audience de mon burp croît (et ça reste encore très raisonnable), plus la proportion de navigateurs IE se rapproche de la moyenne nationale (ce qui paraît assez logique)
  • Que néanmoins, la proportion de surfeurs équipés de Firefox reste largement au dessus de la moyenne nationale, et pour ça, ami lecteur, je te félicite, tu m’épates.

La suite de cette note s’adresse à mon aimable lectorat pas encore équipé de Firefox : un peu de propagande !

Ô toi, lecteur qui n’a pas cru bon de passer du côté argenté de la force, il y a probablement plusieurs explications possibles à ça :

  • La plus simple, la plus évidente, c’est que ça ne t’intéresse pas d’installer plein de nouveaux logiciels sur ton PC, que tu laisses ce genre d’occupations aux bidouilleurs, aux informaticiens, que tu utilises I.E. et que tu en es satisfait(e) (de fait, je ne trouve pas que ça soit un navigateur si mauvais que ça … mais … mais…)
  • La deuxième possibilité, c’est que tu es au bureau et que tu n’as pas le droit de changer de navigateur
  • La troisième… euh… ben j’en vois pas de troisième raison.

Si tu es dans la deuxième situation, je ne peux rien pour toi, mais si tu es dans la première, il me semble judicieux de porter à ta connaissance l’information suivante. Il s’agit d’un article qui cite les travaux d’une société belge :

Leur analyse démontre qu'”une version complètement patchée d’Internet Explorer était non sécurisée 98% du temps en 2004. Pendant 200 jours (54% du temps) en 2004, il y avait un ver ou un virus en liberté capable d’utiliser l’une de ces failles non patchées”. Pour Firefox, il y avait 56 jours en 2004 (15% du temps) où une faille connue n’était pas contrée par un patch, et zéro jour pendant lesquels un logiciel malfaisant était capable d’utiliser une de ces vulnérabilités.

Alors on pourrait croire que Firefox, c’est un machin pour informaticiens, un truc pour ceux qui maîtrisent à fond la question informatique alors que pas du tout, au contraire, c’est quelque chose qui va simplifier la vie de ceux qui n’ont pas justement suffisamment de compétences en informatique pour se protéger de toute la vérole qui circule sur Internet.

Moi qui suis — je le confesse — informaticien, je me suis retrouvé un jour à me battre pendant près de deux heures contre une saloperie de spyware/adware qui s’était installée sur mon PC alors que je naviguais avec I.E. sur hotmail (j’avais déjà installé Firefox, mais quand on accède à Hotmail depuis MSN Messenger, c’est I.E. qui s’ouvre automatiquement). J’étais persuadé qu’avec mes anti-virus, et les quelques mesures de sécurité que j’avais prises sur mon PC, j’étais à l’abri de ce genre de déconvenues, et bien pas du tout !

Je me suis dit, suite à cette mésaventure (j’ai installé le graticiel Spybot depuis, pour améliorer ma protection, que si moi, informaticien, j’avais mis tant de temps à me débarasser de cette saloperie retorse, alors probablement le néophyte n’avait lui aucun moyen de s’en sortir et devait subir, résignés, les fenêtres de publicité permanentes auxquelles nous expose généralement les adwares, quand ce n’est pas pire.

J’ai donc demandé à mes parents d’installer sur leurs PC Firefox, et c’est une bien meilleure protection que la désactivation de javascript et des cookies, manipulation douteuse qu’avait suggérée mon oncle (informaticien aussi, mais de la vieille école) qui rend impossible la navigation sur la plupart des sites en particulier d’e-commerce.

 

Pour être objectif, il y a tout de même quelques petits inconvénients à Firefox, mais qui ne pèsent pas bien lourds face aux avantages déjà avancés.

D’abord, la connaissance de l’anglais est un plus pour en exploiter toutes les possibilités : les pages décrivant les extensions sont majoritairement anglophones.
Mais :

  • il existe un site francophone qui présente le navigateur lui-même, et ses principales extensions ;
  • les extensions elles-mêmes sont généralement disponibles en français (mais pas toujours).

Ensuite, le copier-coller des tableaux entre Firefox et Excel ne marche pas super. J’utilise encore I.E. pour ce genre de rares besoins.

Il existe encore (mais de moins en moins) des sites qui s’affichent assez mal avec Firefox, et là encore, il est intéressant d’avoir I.E. sous la main, ou l’extension IE Tab qui est justement faite pour ça.

Allez hop, puisque tu as courageusement ingéré cette note fastidieuse jusqu’à son terme, au travail, il y en a pour 3 minutes, et je veux voir mes statistiques FF remonter dès le mois d’août !

[75] Le poids des mots

J’apprends par voie de presse que Jean-Marie Le Pen va devoir comparaître en justice, pour répondre des délits de « complicité d’apologie de crime de guerre » et de « complicité de contestation de crime contre l’humanité » pour avoir tenu dans l’hebdomadaire Rivarol (moi je ne connais pas cet hebdo, mais a priori c’est plutôt tant mieux) des propos où il aurait notamment jugée « pas particulièrement inhumaine ».

Je ne suis pas du genre à soutenir Le Pen, le roi de la provocation à mots généralement choisis, pesés et soupesés, mais sur ce coup-là, je ne vois pas comment on peut lui donner tort.

Je ne vois guère plus humain que la guerre.

Ou alors, si les Allemands n’étaient pas humains, faudrait me dire ce qu’ils étaient. Des gastéropodes ? Des aliens ? Des ectoplasmes ? Des chamallows ? Des (maxi-)monnnnnnnstres ?

Être humain n’empêche pas de commettre des crimes contre l’humanité.

Il s’agit même plutôt d’une condition sine qua non.

[74] Ça fait peur

medium_ils.jpgSur les écrans, un film d’angoisse.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça doit être à la mode, en ce moment, l’angoisse. À profusion, des films qui font peur.

Je n’ai jamais aimé les films qui font peur.

Je garde un souvenir atroce de Shining, que j’avais vu à 13 ans tout juste (à l’époque, c’était justement interdit aux moins de 13 ans). J’étais allé le voir juste pour faire plaisir à ma copine, qui avait 12 ans d’ailleurs (c’est drôle, parce que la caissière m’avait dévisagé bizarrement, moi et un autre copain : « Vous avez 13 ans, vous ? » alors que nous avions l’un et l’autre 13 ans, alors que mes 2 camarades — dont ma copine, si tu as bien saisi, ami lecteur — qui n’avaient pas encore atteint la limite d’âge n’avaient pas été inquiétés).

Je garde un souvenir un peu moins atroce de Chucky (épisode 1 ou 2, qu’importe) que j’avais regardé juste pour essayer de niquer une nana. Ce qui s’était avéré payant, avec toutefois 24 heures de patience. Très payant. Un de mes meilleurs coup de ma vie. Ma première et dernière MST (un condylome, je te raconterai ça à l’occasion).

Cela dit, ce n’est pas de cinéma dont je voulais parler, mais de l’affiche de ce film.

Notamment du titre, et des deux accroches.

Bon, sur le titre, Ils, je ne vais pas m’attarder, juste dire que je le trouve assez nase. Pas très original. Genre Ça et Eux ont déjà été pris, Elles, ça ne collait pas, alors on a pris Ils. Quand on fait aussi peu d’effort pour le titre d’un film, on peut craindre le pire du scénario. Enfin, je dis ça, je n’ai pas vu le film, si ça se trouve c’est un chef-d’œuvre du film d’angoisse. Mais je n’irai pas le voir pour autant.

Venons-en à la première accroche :

Vous ne vous sentirez plus jamais en sécurité chez vous…

Bon, alors déjà ça aussi les lignes du genre machin …plus jamais ceci cela… ça non plus c’est pas du genre très original. J’aimerais bien que dans les agences de pub, on signe une charte : Nous ne ferons plus jamais de slogan avec les mots plus jamais. Fontaine, fontaine…

Mais le clou de l’affiche reste quand même la deuxième ligne d’accroche, qui décroche le pompon.

Inspiré de faits réels…

Note les points de suspension encore… Dans suspension il y a suspens. On aurait tort de se priver.
Mais inspiré de faits réels, alors ça, pour une œuvre de l’esprit, moi je dis bravo. Mais comment ont-ils fait ? Même le plus pur produit de l’imagination ne peut être qu’inspiré de la réalité, non ?

medium_picasso.jpgMême ce tableau là ►►► il est inspiré de la réalité.
(Et il fout pas mal la trouille aussi, non ?)

[Picasso, le joueur de Hockey]

Ami lecteur, je me dois de t’en avertir : cette note (ainsi que les 73 qui la précèdent) est salement inspirée de la réalité.

Je crois que je vais interdire mon burp au moins de 13 ans (NDLR vu les cochonneries que tu écris, ça paraît un minimum).