[123] Approche et apprends !

Aujourd’hui, l’impératif présent des verbes réguliers du premier groupe

Il n’est pas rare de voir traîner dans les impératifs présents, deuxième personne du singulier, verbes du premiers groupe, un fâcheux “s” superflu.

Nous ne citerons qu’un seul déplorable exemple glané sur le net, afin de ne point trop risquer d’endommager vos yeux sensibles :

« MATES CETTE PETITE BEAUTE POUR L’KIKI!!!  »

Ami lecteur, tu auras rectifié toi-même, il fallait lire « Observe comme cette chaussure de djeunz est délicieusement galbée ».

 

Nos années passées à corriger les petits travers orthographiques et grammaticaux de nos concitoyens nous auront appris que rien ne valait un bon exemple pour mémoriser une règle.
Ami lecteur, comme tu vas le constater, elle est simple et efficace. Ami lectrice, euh…

INDICATIF PRÉSENT 2e pers. sing 1er groupe : il faut un S 

Ex : — T’avales ?

Notez que pour plus de correction, dans la forme interrogative, il aurait mieux écrire Avales-tu ? mais il est certaines situations où nous accepterons que le niveau de langue (sic) soit plus relâché.

IMPÉRATIF PRÉSENT 2e pers. sing 1er groupe : pas de S

Ex : — Suce !

Nous nous devons toutefois de préciser que cette règle connaît (comme bien des règles en français) quelques exceptions notamment la présence occasionnel d’un S euphonique, c’est à dire présent juste pour ne pas nous écorcher les oreilles.

Ex : — Gobes-en délicatement une !

En outre, l’absence de S ne s’applique pas aux verbes du deuxième ou du troisième groupe.

Ex : — Et ne mords pas !

[118] Mon amant

Allez, en musique !

 

 

Je ne sais pourquoi j’allais danser Probablement parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre comme distraction
À Saint-Jean au musette, Saint-Jean-de-Losne, chef-lieu de canton de la Côte d’Or, 1476 habitants ?
Mais il n’a fallu qu’un seul baiser Comme ça, là, hop, il déboule et il te le fauche, ni vu ni connu j’t’embrouille ? À d’autres ! Avoue que tu l’avais un peu agiché au moins…
Pour que mon cœur soit prisonnier. Eh ben, il lui en faut pas beaucoup à celle-là pour succomber.
Comment ne pas perdre la tête, Non mais quelles mythomanes, les nanas, c’est pas croyable. Lui, il fait quoi, il la mate, on ne sait pas à quoi il pense. Si ça se trouve, il se dit que cet enfoiré de garagiste (de Saint-Jean) lui a filé un putain de coup de bambou lors de la dernière révision, ou alors elle a un point noir qui l’énerve, ou encore il a une coquetterie et elle ne s’en est pas rendu compte…
Serrée par des bras audacieux
Car l’on croit toujours
Aux doux mots d’amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l’aimais tant, Moi je dis que c’est facile à dire, « je l’aimais tant » (sous-entendu, lui, non). Elle était juste amourachée parce que c’était un beau gosse, c’est tout.
Je le trouvais le plus beau de Saint-Jean, Saint-Jean-du-Gard, chef-lieu de canton du Gard, 2619 habitants ?
Je restais grisée Ben voyons. Complaisons-nous dans le rôle de la femme victime. Le mec, il l’embrasse, et elle, elle se laisse faire, elle est sans défense, la pauvre. Comme s’il ne fallait pas être deux pour s’embrasser.
Sans volonté
Sous ses baisers.
Sans plus réfléchir, je lui donnais Sans vouloir être mauvaise langue, on n’a pas beaucoup vu comment elle a réfléchi auparavant. Ça ne saute pas aux yeux.
Le meilleur de mon être Oh oui la jolie métaphore. Je te donne ma fleur (encore que, l’histoire ne dit pas si elle était fraîche) et après n’espère rien de plus.
Beau parleur chaque fois qu’il mentait, Pffff, ça s’arrange pas. Qui te dit qu’il mentait, d’abord ? Et puis si tu « savais » comme tu le prétends, tu ne peux pas vraiment jouer la victime, non ?
Je le savais, mais je l’aimais.
Comment ne pas perdre la tête, Notez, amis lecteurs, que la narratrice n’hésite pas à se contredire en l’espace de deux vers. Juste au dessus, elle dit qu’il mentait mais qu’elle le savait. Et là, tout le contraire, qu’elle y croyait toujours. Faudrait savoir ? Il ment ? Il ment pas ? T’y crois ? T’y crois pas ?
Serrée par des bras audacieux
Car l’on croit toujours
Aux doux mots d’amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l’aimais tant, Des preuves ! Des preuves ! Des preuves !
Je le trouvais le plus beau de Saint-Jean, Saint-Jean-Pied-de-Port (ouais avec un t), chef-lieu de canton des Pyrénées-Atlantique, 1773 habitants ?
Je restais grisée Sans vouloir être mauvaise langue (quoi que, ça va finir par se voir), je me demande si cette nana-là n’abuserait pas aussi de la piquette pour être grisée comme ça non-stop.
Sans volonté
Sous ses baisers.
Mais hélas, à Saint-Jean comme ailleurs Saint-Jean-de-Daye, chef-lieu de canton de la Manche, 611 habitants ?
Ailleurs ? Parce qu’elle a mis les pieds ailleurs que son petit bled ??? Ça m’étonne…
Un serment n’est qu’un leurre Dans « serment » il y a « ment ».
J’étais folle de croire au bonheur, Ah ben oui, je confirme, faut être un peu tarée pour croire au bonheur quand on sait que l’autre ment.
Et de vouloir garder son cœur. Encore que moi j’aimerais bien avoir sa version, au beau gosse. M’est avis qu’il était sincère mais qu’au bout de la 224ème fois où elle lui a demandé « Dis, c’est vrai que tu m’aimes ? », il a dû commencer à en avoir un peu marre de cette meuf.
Comment ne pas perdre la tête, Finalement, la nymphomane du village, elle a un petit côté touchant, non, avec ses faiblesses dans lesquelles tout le monde se reconnaît. Non ?
Non ! Je sais, je suis un sans-cœur. Qu’elle se fasse soigner !
Serrée par des bras audacieux
Car l’on croit toujours
Aux doux mots d’amour
Quand ils sont dits avec les yeux
Moi qui l’aimais tant,
Mon bel amour, mon amant de Saint-Jean, Saint-Jean-Soleymieux (là où a été composé le célèbre « Ô Soleymieux »), chef-lieu de canton de la Loire, 581 habitants ?
Il ne m’aime plus Je ne voudrais pas dire mais ça sentait mauvais dès le début cette histoire.
C’est du passé
N’en parlons plus. Ben tu parles, dans ton bled, ça doit encore jaser. Ça t’arrangerait bien qu’on ne raconte pas partout que la Germaine en a encore fait fuir un.

 

Signalons au passage qu’on trouve dans le texte original une variante un peu datée du texte présent dans la reprise de Tue-Loup [EDIT du 27/11/07 : remplacée par une autre version car celle de Tue-Loup n’était plus en ligne /EDIT] proposée à votre écoute :

Je ne sais pourquoi j’allais danser
À Saint-Jean au musette,
Mais quand un gars m’a pris un baiser,
J’ai frissonné, j’étais chipée

(…)

Ce qui ne change absolument rien au fond de l’affaire.


Special thought to J***, mon amante de Sainte-Xavière à Saint-Bérenger.

[106] J’en perds mon grec

La campagne de publicité pour le parfum de Calvin Klein Euphoria ne vous aura probablement pas échappée (vu qu’on en est actuellement au moins à la deuxième couche en affichage 4×3 dans Paris) :

medium_CK_Euphoria_hero.jpg

 

On y voit une sorte de créature vaporeuse dont on ne sait s’il s’agit d’un dessin ou d’une photo archi-retouchée, tant les traits de la donzelle semblent éloignés de toute réalité. 

La créature en question, sylphide, vouivre, que sais-je (en voyant ce visuel, moi je m’attends à voir surgir une licorne galopante), nous est présentée dans deux poses : de près, son portrait de face, le regard bleu transperçant, la bouche fermée et sans la moindre expression. Et une autre pose, évanescente, les yeux clos, cette fois, la bouche entrouverte, une main près de la bouche. On l’imagine en train de rêver, quasi orgastique, la robe ondulant.

 

Je suis assez étonné de ce visuel associé au nom du parfum Euphoria. Je rappelle que le mot euphorie (du grec ευ- bon, bien et φορειν : se porter) est censé décrire un « état de bien-être (certes) intérieur pouvant aller de la simple alacrité (…) jusqu’à l’état de jouissance béate (…) ». Bref, elle est drôlement intériorisée son euphorie, à la créature. 

De toute façon, depuis un moment, c’est la mode des mannequins qui tirent la gueule dans la pub.
Il n’y a guère que Jean-Paul Goude pour nous offrir quelques visages souriants, voire hilares (je pense notamment à la série avec Laetitia Casta pour les Galeries Lafayette, plutôt réussie à mon goût, n’en déplaise à La Meute que je linke ici dans un esprit d’ouverture, de débat, mais qui ne vaut certainement pas caution).

[104] Championne du monde

medium_257px-Serhij_Bubka.jpgAperçu ce matin en devanture du kiosque à journaux ce titre à la une de je-ne-sais quel magazine porno “Brigitte Bui – Sa prochaine étape : un gang-bang”. Brigitte Bui, je ne la connais ni des lèvres, ni des dents, comme dit ma femme (c’est un jeu de mot sur l’expression je ne la connais ni d’Ève ni d’Adam — je précise à l’attention de ceux qui ne la connaîtraient pas  — et que j’ai trouvée assez appropriée dans ce contexte : cette Brigitte, je ne connais pas ses lèvres — ce qui est peut-être à déplorer — ni des dents — ce dont il faut probablement se réjouir, surtout après avoir lu cette histoire).

J’ai trouvé ce titre pathétique. Je ne suis pas pornophobe, mais j’ai senti à travers ce titre la misère de ces travailleuses du sexe.

J’ai pensé à ces champions de saut à la perche, comme Sergueï Bubka, qui pourraient sauter plus haut qu’ils ne le font, mais ne repoussent que progressivement les records du monde, pour gérer leur carrière dans la durée, rentabiliser leur talent (et ils ont certainement raison de le faire).

Notre nouvelle B.B. nationale (?) jalonne donc sa carrière de forçat du cul et sa prochaine étape, c’est donc le gang-bang. Formidable ! Je suppose que les étapes précédentes devaient être assez classiques (mon premier porno : je me masturbe en poussant des petits oh, mon second porno je suis prise par tous les trous), parce que le gang-bang, c’est éculé, non ?

« En effet , nous confie son entraîneur, Brigitte va ensuite passer à la vitesse supérieure ». Il nous dévoile, en exclusivité pour mon burp, le programme prévisionnel de ses futurs exploits :

  • 2007 : BB suce le gagnant du Grand Prix de l’Arc de Triomphe (quand on demande plus de précision pour savoir s’il s’agit du cheval ou du jockey, l’entraîneur nous répond avec un clin d’œil qu’en tout cas il sera bien monté)
  • 2008 : BB essaye de battre le record de la canicule 2006 et fait succomber (l’extase sur les lèvres) 55 vieillards déshydratés sous ses coups de reins.
  • 2009 : BB se fait enculer par l’obélisque place de la Concorde et entre définitivement dans la légende.

Bonne chance à toi, Brigitte.

 

[102] Fantas[m]e discount

medium_pascher.jpgBen comme le dit le slogan ci-contre, mesdames, mesdemoiselles, voire messieurs, pourquoi dépenser plus ?

8 Euros 70 les deux, pour d’aussi belles tablettes de chocolat, moi je dis : c’est pas cher.

Bon, y’a une * qui rode autour du prix, c’est sûrement mauvais signe, comme quoi la photo doit pas être contractuelle, ou que le deuxième il est un peu gras du bide, ou qu’il pue de la gueule, ou bien qu’ils sont tous les deux éjaculateurs précoces, ou qu’ils n’ont rien mangé depuis 3 jours, ou encore que les préservatifs et le gel sont en sus (sic).

Je serais vous, néanmoins, je n’hésiterais pas une seconde de plus. 8€70, mesdemoiselles, à peine 57 Francs, Mesdames les ménagères encore habituées à notre ancienne devise, pour une petite soirée à trois, même s’il s’agit probablement d’un déstockage de supporters post Mondial 2006, je courrais chez Leclerc !  

[101] Vainqueur par K.O.

(Le retour de monsieur le donneur de leçons, histoire de ne pas laisser en désuétude cette catégorie de mon burp)


La langue française, peu avare en homonymes, nous en a offert un joli couple en la personne (?) de cahot et chaos.

Quelques définitions en provenance du TLFI dont je ne dirai jamais assez de bien :

CHAOS, subst. masc. (du grec χάος)
A. COSMOGONIE
1. MYTH. GR. Espace immense indifférencié préexistant à toutes choses, et notamment à la lumière.
2. [Dans la tradition judéo-chrét.]
a) État vague et vide de la terre avant l’intervention créatrice de Dieu :
b) [P. amalgame avec le concept gréco-lat.] Confusion initiale, indifférenciée et informelle de la matière et des éléments, antérieure à l’organisation du monde par l’intervention de Dieu (cf. Genèse). Chaos primitif.
B. P. anal.
1. État d’enchevêtrement, d’amalgame d’objets nombreux et hétéroclites; p. méton., amas d’objets confus et désordonné.
2. Au fig. Ce qui est ou semble inorganisé, désordonné, confus, parfois incohérent ou obscur.

 

CAHOT, subst. masc.
A. Soubresaut, secousse que l’on ressent à l’intérieur d’un véhicule roulant sur un terrain inégal, accidenté
P. méton. Accident de terrain qui provoque le cahot. Les cahots d’un chemin, éviter les cahots.
B. P. métaph. ou au fig.
1. [En parlant d’une pers.] Inégalités du comportement
2. [En parlant d’une chose concr. ou abstr.] Difficultés
Comme tu le vois, ami lecteur n’ayant par miracle pas encore renoncé à lire plus loin cette note, ces deux mots ont des sens différents, mais on relève entre eux une certaine proximité sémantique. Chaos comme cahot, c’est un peu bordélique. Dans l’échelle du désordre, chaos est grand vainqueur (par K.O. — il n’est pas drôle mon titre ?) et avale le petit cahot.

Comme le dit d’ailleurs le TLFI avec une précision toute dictionnariale que je n’ai pas :
Rem. Chaos est sémantiquement voisin de son homophone cahot, d’où contamination. On entend le grincement des roues, le bruit de clapotis des comportes pleines de fruits, qui sursautent au chaos du chemin (PESQUIDOUX, Le Livre de raison, 1928, p. 222).

Rem. On rencontre ds la docum. le dér. cahotique, adj. Soumis à des cahots, cahoté.
L’existence de cet adj. est peu sûre à cause de l’homon. et de la fréq. synon. avec chaotique.
Là où je voulais en venir (ben oui parce que malgré tout le laïus qui précède, je ne suis pas encore arrivé au cœur du sujet), c’est à propos non pas de ces deux mots mais de leurs dérivés chaotique et cahoteux (ou encore le peu sûr — comme dit mon Trésor — cahotique. Notons au passage qu’à partir du moment où ce mot est écrit, repris, on ne peut plus douter de son existence. On peut douter de sa pertinence, de sa justesse étymologique et tout le tsoin tsoin, le traiter de barbarisme, le mettre au ban de la Société des Bons Mots, mais douter de son existence, c’est salaud, surtout après le beau boulot effectué par Prévert :

Brunehaut sous ton image une légende épique
Précise tes derniers moments cahotiques
Et traînée par un cheval indompté
Tu entres dans l’histoire en pièces détachées 
Paroles, 1946.
Donc, ce que je pleure, c’est le délaissement de ce joli adjectif : cahoteux (voire du sulfureux cahotique) au profit de ce goinfre de chaotique. Tout est rapidement qualifié de chaotique — un bordel innommable, donc — quand parfois un cahoteux suffirait. Un peu de mesure en toute chose. Pas besoin d’être hyperbolique, excessif, ampoulé, emphatique, enflammé, pompeux au moindre petit pet de travers sur votre bonhomme de chemin.
Ami lecteur, ami burpeur, si tu veux me faire plaisir, utilise le mot cahoteux ou chaotique à bon escient dans une prochaine note et viens-en faire la publicité ici !