[40] Il y a plus d’apprêts…

À Saint-Germain-des-Prés…
J’ai choisi un banc libre, encore baigné des rayons du soleil de cette journée finissante. L’air était tiède, j’imaginais que cette lumière sècherait les larmes qui coulaient encore sur mes joues. Je sortais de mon premier rendez-vous avec elle. Premier rendez-vous depuis notre séparation, on avait des choses à se dire, voyez-vous. Un joli passé derrière nous et un futur à imaginer.

J’ai tenté un moment de lui donner le change, je n’étais pas à l’aise, il y avait mes silences, mon regard qui fuyait, on dressait un peu le constat… J’essayais d’évoquer les discussions qu’on n’avait pas eues, les chemins différents que nous aurions pu tenter d’emprunter… Les mots s’accumulaient, devenaient chacun de plus en plus lourds, et la digue a bien entendu fini par péter, larmes, répit, puis un flot violent qui m’empêchait de penser à quoi que ce soit hormis l’abîme dans lequel son départ m’avait précipité. Quelque chose de pas très constructif, donc. Il fallait couper court.

 

 

J’étais donc assis sur mon banc, hésitant à lire le journal que je m’étais mis sous le nez, pensant que ça pouvait être une diversion, mais elle était trop grossière. J’ai plutôt choisi de faire confiance au soleil comme cicatrisant. Je levai la tête, regardai les gens passer – je les regardais sans les voir, je cherchais en moi l’apaisement – et puis j’ai vu passer cette femme devant moi, et elle, je l’ai regardée. Elle devait avoir dans les quarante ans, un peu moins, un peu plus. Elle portait une ample robe, légère, claire, qui ondulait harmonieusement au rythme de ses pas déterminés. Elle avait un sourire plein de confiance, qui disait « je suis belle » ou peut-être « je suis heureuse »,  « il fait drôlement beau », « je viens de me faire baiser comme une déesse » ou encore « je ne vais pas tarder à me faire baiser comme une déesse »… Elle marchait d’une allure altière, le port droit, la tête regardant droit devant, le torse bombé. J’ai pensé un instant qu’elle avait une allure de cowgirl, je n’aurais pas été étonné d’entendre le tintement de ses éperons scander ses pas. Sa tenue aurait pu avoir le ridicule de l’extravagance, elle était belle.

Je l’ai regardée, et elle aussi m’a regardé. Elle souriait toujours, voyant pourtant mes yeux rougis de larmes – d’autres auraient plus rapidement détourné le regard – ma bouche fermée et mon air de chien battu. Nos regards se quittèrent, puis, un instant plus tard, nous nous fixâmes à nouveau. Et là, son sourire me fut communicatif. Je lui ai souri alors que d’ordinaire, quand une femme me sourit sans que je m’y attende (dans le métro par exemple), je me fige, je détourne le regard, honteux et rougissant d’imaginer que je pourrais avoir l’audace de lui rendre un sourire.

L’histoire s’arrête là. Son pas n’a pas ralenti. Je ne me suis pas précipité sur elle « ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ».

Non, juste, son sourire avait été comme une piqûre de rappel que le bonheur peut exister. Un signal que la vie reprendrait tôt ou tard le dessus.

[39] Film X (soyons racoleur)

X-men 3, l’ultime affrontement est le troisième volet d’une série qui, so far, m’avait plutôt séduite dans le genre risqué de la transposition cinématographique d’un comic.
Pas la peine d’énumérer ici tous les précédents, les réussis, les inégaux, les foireux, “il y a des maisons pour ça” (de Première aux Cahiers du Cinéma, en passant par Positif, Studio et UGC-Magazine) et toi, ami lecteur, tu n’es pas là pour ça, tu es là pour lire ce que moi j’en pense (si un burp ne peut pas être égocentré, alors à quoi bon ?).

medium_JeanX3.jpgLa série des X-men vaut surtout pour le sex appeal redoutable de deux de ses principaux protagonistes : Wolverine (toi et moi c’est quand tu veux mon loup) et Jean Grey (pas besoin d’être grand clerc pour lire mes pensées). Pour ça et également pour quelques scènes d’une beauté graphique époustouflante (la scène d’ouverture de l’épisode 2, avec Diablo s’introduisant à la Maison Blanche, ou encore la séquence d’évasion de Magneto dans ce même épisode 2, pour ne citer que ces deux exemples parmi les plus éloquents).

Je me rends donc pour visionner ce troisième épisode, ayant entendu quelques bonnes critiques, plusieurs moins enthousiastes (ce qui m’inquiétait d’autant plus qu’elles venaient de personnes prétendant avoir aimé les deux premiers), mais l’envie de me faire ma propre opinion n’allait pas s’évanouir pour si peu.

medium_WolverinePose.jpgAlors bon, j’en pense quoi de ce numéro 3 ?
Humm… D’abord que le scénario est un peu moins bien branlé que les précédents.
Que la réapparition de Jean Grey, censée être morte à la fin de l’épisode 2, est un peu tirée par les cheveux rouges. Je n’allais pas particulièrement m’en plaindre, vu ce que je viens d’écrire plus haut. Même si la Famke Janssen a pris un léger coup de vieux, elle reste quand même délicieusement bandante (bien plus que Hal Berry mais ça n’engage que moi). Que Wolverine est lui aussi toujours aussi … roaaaarrrr

Que le manichéisme forces du bien/force du mal est décrit avec la lourdeur pataude des films américains s’adressant à un public abruti (toi bon : blancheur angélique [le petit garçon enfermé, Angel…], toi méchant : tatoué tribal, dans une église mal éclairée, regard torve).

Que la prétendue schizophrénie de Jean soigneusement dissimulée dans les deux premiers épisodes (même pas une allusion, ou j’ai rêvé ?) surgit comme un deus ex machina et que, comme c’est bizarre, quand elle devient méchante, elle devient vilaine, avec ces vilaines veines qui la défigurent. Quand télépathe en colère, télépathe toujours faire ça.

Sinon, le final avec ce je t’aime, je te tue, que voulez-vous, ça m’a tiré quelques larmes, évidemment.

 

En conclusion : à voir si vous avez vraiment aimé les deux premiers épisodes et que votre niveau d’exigence n’est pas au plus haut. Ou éventuellement si vous n’avez pas vus les deux premiers, ça pourrait vous donner envie de les voir. 

 

En exclusivité mondiale pour vous, le logo du prochain
X-Men 4, le définitif dernier extrême final

medium_Fourchette.jpg

… parce que si, comme moi, vous n’êtes pas du genre à vous lever avant la toute dernière note de musique et le tout dernier mot du générique de fin, vous verrez qu’une petite surprise vous attend.

Tu parles, Charles. 

[35] La vie, la vraie (coôôôt ?)

medium_poulet.jpgDéniché dans un prospectus Auchan© cette alléchante publicité pour un poulet végétal qui n’est pas sans m’évoquer une célèbre séquence du film de Claude Zidi L’aile ou la cuisse.


Je précise à l’attention des documentalistes qui passeraient par ici que le prospectus en question date de 2004 et que je le conservais depuis précieusement dans l’attente de la naissance de mon burp, heureux événement survenu le 24 mai dernier.

[34] Connaissance du monde (un rebond)

Je suis tombé vraiment par hasard sur le burpzine de Frantico (à propos d’une histoire d’oiseaux qui gazouillaient, pour tout vous dire), et je me suis rendu compte que son mystérieux auteur (mais sur ce sujet-là, je reviendrai, je n’en dis donc pas plus) s’était préoccupé de questions proches des miennes.

Je vous laisse donc vous-même juger ici et encore .

Un jour où je serai dans de meilleures dispositions, je vous raconterai ma méthode alternative à celle présentée par Frantico, et qui me semble à la fois plus efficace et plus hygiénique – encore que ce dernier point soit probablement sujet à controverse.

[29] Connaissance du monde

Prologue

La première fois que je suis allé en Bretagne, c’était avec mes grands-parents. Ils m’emmenèrent, ma sœur et moi, dans leur Peugeot©, au Village Vacances Famille de Beg Meil.
Vous imaginez un Paris-Beg Meil en Peugeot ©1974, avec des gamins, un pur bonheur que mes grands-parents devaient savourer, pas mécontents d’enfin être à la retraite pour bien profiter de leur petits-enfants.

— C’est bientôt qu’on arrive en Bretagne ?
— Pas encore les enfants, un peu de patience…
— Ça y est, on est en Bretagne ?
— On est encore sur le périphérique, les enfants…
(Quelques heures plus tard…)
— Quand est-ce qu’on arrive en Bretagne ?
— Ben on est en Bretagne déjà !
— Ah bon ? Et pourtant, les publicités sont toujours en français !

Voilà, j’avais 7 ans, et allant à Beg Meil, je pensais que les Bretons parlaient breton.

Propos

Ceci n’est qu’un préambule au sujet que je voulais vraiment évoquer. J’aurais pu titrer cette note « Les voyages forment la jeunesse » ou encore « qu’est-ce qu’on peut croire comme conneries sur l’Étranger » – et je mets une majuscule sur Étranger pas seulement pour souligner mon penchant maniaque pour les majuscules accentuées mais aussi pour signifier que mon Étranger recouvre tant les personnes que les lieux, de manière générale : ce qu’on ne connaît pas, qui est étrange(r).

Toilettes à la TurqueAinsi, lorsqu’à 20 ans, j’allais avec ma chérie d’alors en voyage en Turquie, j’avais un peu mûri, et je devais en principe être mieux armé pour appréhender l’étranger, sans trop d’idées préconçues idiotes. Pour autant, si je n’harcelais pas le conducteur de notre charter en faisant régulièrement demander à l’hôtesse si c’était bientôt qu’on décollait (question pourtant fort à propos vu qu’on est arrivés avec 5 heures de retard, et qu’on s’est retrouvés dans la merde pour trouver un hôtel – mais n’anticipons pas trop !), pour autant, j’étais persuadé que pendant ces trois semaines en Turquie, j’allais devoir me résoudre à déféquer systématiquement sur des toilettes à la turque.

Et bien figurez-vous que je fus doublement surpris. Même doublement agréablement surpris.

D’abord, parce que la plupart des WC sont à l’européenne, voilà, avec lunette et tout le tralala. On peut s’asseoir tranquillement et lire Le Guide du Routard – Turquie pépère, pour apprendre à compter en turc (fastoche), comme en France.
Je ne dis pas qu’on ne tombe pas parfois dans certains lieux sur les fameux WC à la turque, mais ma foi, cela arrive aussi en France et on s’en accommode.

Ma deuxième surprise fut de constater que ces WC différaient toutefois légèrement de ceux que j’avais la coutume d’utiliser dans mon pays natal, en cela qu’ils étaient munis d’un petit tuyau en plastique relié au réservoir et dotés d’un petit robinet. Je me suis d’abord interrogé sur l’usage de ce bitoniau : machin pour la vidange ? système anti-débordement ? avant de comprendre (ou d’apprendre) que les musulmans utilisaient de l’eau pour se laver le cul après avoir déféqué, plutôt que du papier, et que le bitoniau bricolé était donc une petite douchette de fortune prévue à cet effet.
(Pour info, un bon musulman se torche avec la main gauche et n’utilise donc la droite pour manger ou serrer la main. Je n’ai pas d’info sur les tolérances accordées aux manchots. Je recommande également de malgré tout se laver la main gauche après l’opération, ne serait-ce que pour manger des kebabs de la main droite et des frites simultanément de la main gauche. Burp.)

Il y eut donc la phase de découverte.
La phase de compréhension.
Puis vint donc la phase d’expérimentation : voyons donc voir ce que ça donne.

On prend le tuyau, on ouvre son robinet (faut se tortiller un peu pour ne pas foutre de l’eau partout) et puis on vise (à l’aveugle, précisé-je à l’attention des personnes ayant une mauvaise perception tridimensionnelle et des contorsionnistes) le trou du cul. Ouhhh c’est froid !
Bon… comme le jet n’a rien d’un Kärcher©, on est obligé d’y mettre du sien. En clair : se mettre le doigt dans le cul pour nettoyer. La toute première sensation du doigt rencontrant un peu de caca mou n’est pas forcément ragoutante, mais après tout, tant qu’à essayer, autant faire les choses jusqu’au bout, et ne pas tergiverser. Figurez-vous qu’une fois le gros de la merde enlevé (NB : les choses se passent probablement différemment selon qu’on fait plutôt caca mou – vous mangez trop gras – ou caca dur – vous ne mangez pas assez de fibre), l’anus étant une zone érogène, la pratique n’est pas désagréable – au contraire. Et puis reconnaissons également que quand on se lave sérieusement, le cul est bien propre, et le risque de marques jaunâtres au fond du slip est réduit à quasi nul, sauf si la nourriture turque vous file la tourista, mais c’est une autre histoire.

Le papier toilettes, fourni, ne sert plus qu’à se sécher les fesses, plus la peine d’en utiliser des tonnes, c’est écologique.

L’essayer, c’était donc l’adopter, et jusqu’à la fin de mon voyage en Turquie, je profitais donc pleinement des toilettes turques (les vraies), avec la satisfaction très bobo d’avoir, en touriste évolué, su adopter une coutume locale.

De retour en France, il m’arrive fréquemment de ne pas avoir à ma disposition cette petite douchette. Ayant eu l’occasion d’acheter pour mon chez-moi un nouveau chiotte, j’ai cherché à trouver un modèle similaire. Et bien si on recherche via Google des WC avec douchette, on ne tombe que sur des bolides japonais truffés de technologies qui soufflent de l’air frais, diffusent un programme radio, et calculent votre espérance de vie par IRM de votre étron.

Vous comprendrez dans ces conditions que je sois un farouche partisan de l’entrée de la Turquie dans la Communauté Européenne.

Épilogue – I

rouleau de papier toilettesMa connaissance sur l’art subtil de l’after-défécation a fait un progrès inattendu en lisant le résultat d’un étrange sondage dans un magazine, concernant la façon dont chacun avait l’usage de se torcher le cul. Une large majorité des sondés procèdent en allant de bas en haut (c’est d’ailleurs la méthode fortement recommandée pour toutes les femmes, afin d’éviter d’approcher de vilains germes de leur proche muqueuse vaginale, NDLR), puis se répartissaient – je n’ai plus les chiffres en tête – ceux qui procédaient dans les deux sens et ceux qui allaient de haut en bas.
Moi, à cet époque, je faisais justement partie de cette dernière catégorie, et un océan de possibilités s’est ouvert devant moi en un instant. Depuis, j’appartiens à la deuxième catégorie. Je me torche bi(-directionnel).

Épilogue – II

Sur mon lieu de travail, il y a quelques mois, se sont mises à apparaître dans les toilettes collectives de l’étage des bouteilles d’eau vides. Enfin, une bouteille d’eau vide. Je me suis d’abord dit « Tiens, la femme de ménage a laissé par inadvertance une bouteille de produit d’entretien » (mais c’était j’en conviens une hypothèse absurde) puis « Ça doit être quelqu’un qui était venu remplir sa bouteille au robinet qui l’aura oubliée » et puis un jour, la bouteille ne fut plus vide et ce n’est qu’alors que j’ai compris (je suis un peu dur de la comprenette, ami lecteur, toi tu auras sûrement déjà deviné de quoi il était question vu que mon billet ne parle que de ça) qu’il devait y avoir parmi nous un bon musulman qui tenait à se laver les fesses comme il est de coutume, et que faute de bitoniau, une bouteille faisait l’affaire.

Décidément, moi habituellement si imaginatif, il fallait vraiment qu’on me mette le nez dedans pour que je progresse dans ce domaine. J’ai donc à nouveau adopté l’usage de la bouteille d’eau, même si ce n’est qu’occasionnellement. Parce que je n’y pense souvent que trop tard. Si la bouteille est moins pratique que le petit tuyau, elle a l’avantage de pouvoir être préalablement remplie d’eau tiède, ce qui rend le contact sur les fesses assez plaisant.

J’ai notamment pris l’habitude de procéder ainsi tous les jours où je vais rejoindre mon amante, afin que mon cul soit propre si l’envie lui vient de vouloir l’embrasser. Et l’envie lui prend plutôt souvent. Et je m’en réjouis à chaque fois ostensiblement.

[28] Ketchdown

Lu récemment un article sur Heinz qui va procéder prochainement à la fermeture de 20 usines et licencier dans la foulée environ 2 700 personnes, poussée dans cette charmante direction sous la pression d’un puissant actionnaire qui voudrait qu’augmentent encore la marge, les bénéfices, le rendement.

 

medium_bottle1024_2.jpg

Ainsi va notre monde, sous la pression de certains hommes obnubilés par le pouvoir et la puissance. Cet actionnaire a probablement déjà dû gagner plus d’argent qu’il ne pourrait jamais en dépenser (j’entends : pour en profiter personnellement, se payer de chouettes vacances au Groënland, faire dorer à l’or fin son porte brosse-à-dents, acheter un berlingot d’adoucissant Fraîcheur de pommier parce que l’autre va être bientôt vide, etc.), mais il en veut encore, et tant pis si pour un homme plus riche, on en fait 2 700 plus pauvres. Qui devront probablement faire quelques restrictions sur le ketchup, mais c’est probablement quantité négligeable.

 

Jusqu’à quand ?

PS1 : Le visuel défend une toute autre cause que celle qui transparait dans ce message mais je me suis qu’après tout peu importait.

PS2 : en cherchant cette image, je suis tombé sur une autre qui me rappelait que John Kerry, candidat démocrate malheureux aux E.U., était marié avec madame Heinz. Démocrate (de demos, le peuple, et crate, le pouvoir).