[192] Et un enterrement, un !

Trois acteurs de MariagesJ’ai regardé hier soir sur France 2 le film Mariages.
J’ai raté les dix premières minutes, qui furent peut-être l’occasion, pendant que l’on posait le cadre, de fournir de nombreuses précisions qui m’auraient permises de mieux comprendre certains personnages mais qu’importe : ce film était d’une médiocrité inepte assez déconcertante.

On avait l’impression que la réalisatrice scénariste dialoguiste (autrement dit : la coupable) Valérie Guignabodet a tenté de faire une compilation de bons mots mais n’est pas Guitry qui veut (et encore, je ne porte pas spécialement Guitry dans mon cœur mais il savait faire preuve d’esprit).
Déjà, pour le personnage incarné par Jean-Pierre Dujardin, il a suffi d’aller faucher sur citations.com l’intégralité des citations, proverbes et dictons parlant du mariage.
Pour les autres personnages, il a suffi d’aller piocher dans le dictionnaire des idées reçues toutes les autres banalités qu’on peut entendre ou lire à propos du mariage.

On prend un grand shaker, on agite un grand coup, et il en sort une bouillie indigeste où la cohérence, ou plutôt la véracité des personnages nous échappe totalement.

C’est bien simple, il n’y en a pas un auquel on croit.

Et je préfère ne pas trop parler des acteurs qui ont du mal à sauver le film (même la très professionnelle Miou Miou ou le sobre Antoine Duléry) quand ils ne l’enfoncent pas (je pense notamment aux deux jeunes premiers). 

Ce qui est assez merveilleux, c’est que l’essentiel du film est consacré à pilonner le mariage (voire « le couple » de manière plus générale) entre cocufiages multiples et croisés, abandon de la cellule familiale, mensonges, absence d’engagement, etc. pour finir par un happy-end improbable où tout le monde finit par aimer tout le monde (palme du beurk décerné au père atteint d’un cancer à pronostic sombre qui reviendrait crever chez son ex) à commencer par les jeunes mariés qui ont l’air de s’aimer comme moi j’aime le roquefort (i.e. le plus éloigné de moi possible) sauf le personnage incarné par Lio, genre ravie de la crèche, qui se barre.

Je notais récemment que l’envoûtante musique d’Exotica signée par Mychael Danna servait grandement le film, eh bien dans le cas présent, la scie pondue par Fabrice Aboulker (je trouvais que ça ressemblait au thème du Parking des Anges de Marc Lavoine, Google me confirme que j’ai ouï juste) conforte également Mariages dans sa médiocrité.

Valérie, j’ai regardé ton film avec patience, jusqu’au bout, mais je ne peux pas faire plus : je demande le divorce.

[190] Encore une cochonnerie

Vous vous souvenez peut-être, amis lecteurs, fidèles parmi les fidèles, de cette note où je vous faisais part de mon désarroi vis-à-vis de mon principal fournisseur en jambon, Fleury-Michon.

Depuis que j’ai déménagé, je fréquente désormais, quand l’appel du caddie™ est plus fort que moi, un centre commercial E.Leclerc, qui propose dans sa marque « repère » lui aussi un jambon Label Rouge. Moi je dis cool. Si la qualité peut s’acheter à un prix dégraissé d’une partie du coût de la publicité, je dis banco. Banco, pas Benco.

Tradilège

En offre spéciale en plus !  C’est la fête !

D’ailleurs, Leclerc fait aussi du saumon fumé en Label Rouge, et il est très bien aussi, je vous le recommande. Y’a vraiment une différence entre du Label Rouge et du tout venant.

 

₪ ₪ ₪ 

Or, donc, E.Leclerc — ou un cerveau fumeux des équipes marketing — a eu la curieuse idée de baptiser sa gamme de produit charcuterie de la marque Tradilège (on appelle ça une M.D., Marque de Distributeur — j’ai longtemps eu des cahiers scolaires Country™, pas vous ?).

Tradilège, à la rencontre de la tradition et du privilège, sans doute. 

Mais c’est drôle comme, à moi, ce n’est pas du tout ce à quoi je pense en tout premier lieu. Non, moi le tout premier truc auquel j’ai pensé en voyant cette marque, c’est Sacrilège

Si vous voyez un gars en train de ricaner au rayon charcuterie sous-vide du Leclerc de C***, vous pouvez lui demander un autographe. Je vous le signerai avec plaisir. 

 

[189] Exotica

Mia Kirshner n'est pas le moindre des atouts d'ExoticaProbablement stimulé par la jaquette de Sam (ami lecteur, garde ton esprit bien tourné je t’en prie), je décidai hier soir de revoir le film d’Atom Egoyan Exotica. À mon avis, bien que je n’ai pas vu l’intégralité de son œuvre (mais tout de même une bonne partie), son film le plus réussi.

Épaulé par la musique ciselée de Mychael Danna dont je t’offre, ami lecteur, un titre en écoute (mais n’hésite pas à acheter le CD en entier ; je pense que ce pourrait être une excellente B.O. pour tes nuits blanches), le film nous entraîne dans une atmosphère étrange, des personnages qui ne se livrent pas, dont on comprend l’histoire, et ce qui les relient les uns aux autres, très progressivement.

Découvert en salle à sa sortie en 1994 ou 1995 (ouais, ça ne nous rajeunit pas), je l’ai revu plusieurs fois avec plaisir, plaisir renouvelé hier soir encore ; le film n’a pas pris une ride. La musique non plus (je pense qu’il s’agit de ma B.O.F. préférée, une que j’écoute et réécoute fréquemment — après quoi je placerai Peter Gabriel qui a signé deux très belles BOF pour Birdy et La Dernière Tentation du Christ).

Alors, ami lecteur qui, par extraordinaire, n’aurait pas encore vu ce petit bijou cinématographique, qu’attends tu pour te précipiter à ton vidéoclub préféré pour l’emprunter et t’offrir une belle soirée devant ta télé ?

 

Bon, ok, pas ce soir. Ce soir, y’a Urgences (22h35, sur France 2 : DO NOT DISTURB).

 

Dr. Greene.

[185] À côté de la plaque

Je suis allé sur le burp de Pascal Cherki.

Drôle d’idée, me direz-vous. Pascal Cherki est conseiller PS de Paris, adjoint aux sports, et il fait partie du courant NPS du PS.

NPS, c’était (enfin pardon, c’est) un courant animé par des jeunes (enfin, des « quadra ») qui en ont ras-le-bol (parfois à juste titre) des éléphants, et puis de quelques autres choses : la dérive centriste du P.S., la cinquième ripoublique, etc.

Sauf que le NPS a explosé (enfin a failli exploser) en vol à l’issue du congrès du Mans quand le fringant Arnaud Montebourg a fait la tête parce que la synthèse ne parlait pas de sixième république, etc.

Enfin tout ça on s’en fout un peu, le fait est que le NPS se retrouve, à l’occasion de la primaire au sein du P.S., sans candidat issu de son courant, et que c’est un facteur de déchirement.

Une partie des NPS soutient Laurent Fabius, malgré le peu de sympathie qu’il suscite parce que tout le monde est sceptique sur la sincérité de son rattachement à une ligne politique plus radicalement à gauche, parce que sur le papier en tout cas la ligne politique prônée par Fabius est la plus proche de celle du NPS. Si j’étais NPS, je pense que je soutiendrais Fabius. Sauf que je ne suis pas NPS.

Une autre partie soutient Ségolène Royal, probablement par opportunisme, parce qu’ils se disent que c’est probablement le cheval sur qui miser, de même que beaucoup d’UMP supportent Sarkozy en espérant qui un maroquin, qui un secrétariat d’état, qui une mairie, qui une place dans une HLM des Hauts-de-Seine.

Cherki supporte Fabius ; je le suppose donc cohérent avec ses idées et respectable à ce titre.

Cherki a écrit un billet concernant le débat qui a eu lieu au Zénith, où il rapportait que Fabius s’était fait siffler, et que Royal s’était fait siffler.

Dans un commentaire perfide, je suggérais que puisque Fabius et Royal était l’un et l’autre l’objet de crispations au seins des militants PS, et que semble-t-il ce n’était pas le cas de Strauss-Kahn, ne fallait-il pas faire le choix du compromis DSK pour aller unis à la bataille de la présidentielle.

Ce commentaire a été supprimé. Alors j’ai écrit à ce cher Cherki ma façon de penser. En privé, parce que je ne voulais pas jouer la provoc sur son site (pas de polémique stérile).

Je lui ai dit que lorsqu’on ouvrait un burp, la première chose était d’avoir un esprit de dialogue. Sinon, c’est rien que de la propagande.

Avant de l’enflammer définitivement, j’attends de voir ce qu’il me répond.

Mais comme ça m’a énervé, pof, j’ai pondu cette note.

 

[184] Matin bonheur

Ce matin, je m’approche (à vélo) d’un feu rouge à un carrefour.
J’aperçois à l’arrière d’une Vel Satis™ un homme lisant son journal.

Plein de mes préjugés de gauchiste (ou de bobo, comme dirait l’autre), je me rapproche un peu plus pour voir si l’homme lisait Le Figaro, Les Échos ou La Tribune. Non, je crois qu’il lisait en fait Le Monde, je n’ai pas eu le temps de voir le titre du journal car mon œil fut accroché, ça ne s’invente pas, sur ce gros titre de la page qu’il lisait :

« Vers la fin des corvées ménagères » 

 -=≡=-

Le temps de tenter de dégainer mon téléphone-appareil photo pour vous immortaliser ce grand moment de poésie urbaine, le feu était passé au vert.

Je ne serai jamais un Elliott Erwitt.

Eliott Erwitt - Coney Island - 1975
Elliott Erwitt
Coney Island, New York, 1975