[170] En voiture !

C’est l’histoire de Lapin et de Renard.
Lapin et Renard sont copains comme cochons. Dès qu’ils en ont l’occasion, ils sortent ensemble, dansent, se biturent tout en refaisant le monde. Un samedi soir, Lapin qui avait particulièrement poussé sur le Ti Punch est dans un état pas possible. Renard lui dit : « Écoute Lapin, tu es dans un état lamentable, tu ne ferais pas la différence entre un bigorneau et un hamster, tu seras incapable de retrouver ton terrier. Accroche-toi à ma queue, je te ramène chez toi ». Lapin est incapable d’argumenter, répond une sorte de oui, trouve suffisamment de force pour s’accrocher à la queue de Renard et arrive chez lui bon gré, mal gré.
La semaine suivante, nos deux compères repartent pour une tournée rue de la Soif. Et, par un juste retour des choses, cette fois-ci c’est Renard qui a dépassé la dose. Lapin lui dit : « Renard, mon copain, mon pote, mon ami, tu es complètement cuit. Jamais dans cet état tu ne retrouveras ta tanière. Monte dans ma voiture, je te ramène chez toi. » Moralité : quand on a une petite queue, il vaut mieux avoir une grosse bagnole.

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VW Polo
Une polo

C’est avec H*** que, pour la première fois, j’ai « eu du sexe » dans une voiture. H*** était — est — mon premier grand amour. Elle avait une Polo blanche. Une Polo v1. C’est une vieille histoire que celle-ci, une histoire du temps où les Nouvelles Polo, ça n’existait pas encore. Du temps où les noms de voiture étaient toujours au féminin. Désormais, on entend « un espace ». C’est affreux. N’importe quel typographe vous dira qu’il faut dire une espace. Mais je m’égare.

Nous étions donc sur la route des vacances, direction chez ses parents. Et peut avant d’arriver, on s’était promis une escale pornographique. Dont acte. Nous avons coïté comme on coïte dans une voiture : de façon assez inconfortable. Il faut bien avouer que le fantasme de faire l’amour dans une bagnole, aussi banal soit-il, est assez inconfortable dans la vie réelle. Ce qui ne doit pas rebuter pour autant. Il faut savoir se sacrifier dans la vie : un peu de confort sur l’autel des bons souvenirs.

L’histoire est assez ancienne. Pardonne-moi, ami lecteur, pour l’absence de détails dont je ne régale pas ton œil avide : je les ai moi-même un peu oubliés. Ai-je joui ? A-t-elle joui ? Avons-nous stoppé nos activités borderline (je me souviens d’une petite route de campagne, champs de blé aux alentours) rassasiés, pressés par le temps ou las de sentir le levier de vitesse dans les côtes (ne pas oublier l’accent).

Deux ans de vie commune. Pas de post-scriptum.

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Une Peugeot 205
Un sacré numéro

N*** passa rapidement dans ma vie à un moment où j’en avais grand besoin (traversée du désert sexuel, pour ceux qui n’auraient pas compris). Elle habitait O***. Moi je vivais entre Paris et C***. On s’était rencontré à l’occasion d’une soirée parisienne. Une soirée de minitellistes ! Elle n’était pas minitelliste, elle était venue invitée par une copine, C***, minitelliste, elle, que je connaissais, moi-même minitelliste en ces temps préhistorique où l’on n’imaginait même pas pouvoir draguer à l’aide d’un logiciel Microsoft (le Tout p’tit mou, ça vous tente, vous ?).

N*** était une belle brune. N*** était une belle beurette. Ça n’a pas duré très longtemps entre le moment où l’on s’est vus elle et moi et celui où l’on se roulait de grosses pelles sur le capot d’une voiture (et pourtant, la drague en direct, ça n’a jamais été mon fort). Malheureusement, ce soir-là, je devais rentrer chez papa-maman, elle je ne sais plus où, il fallut remettre nos ébats à plus tard.

L’occasion nous fut donnée par une excellente initiative de C*** de nous proposer un week-end en région bordelaise, à quatre. Elle, son copain du moment, N*** et moi. Nous avons emprunté la voiture de N***, une 205 rouge qui nous fit une mauvaise surprise au retour : cardan qui lâche, retour à vitesse réduite (pas de garage ouvert le week-end pour nous tirer d’affaire) avec de grands clac clac clac clac à chaque virage (et un rayon de braquage qui augmentait au fil du temps, nous obligeant à bloquer les carrefours pour tourner de 90°).

Mais c’est à l’aller que la 205 de N*** allait nous offrir un joli souvenir. C*** et son ami étaient à l’avant. N*** et moi discutions à l’arrière. Discussion qui se transforma en flirt. Flirt qui se mua en caresses tandis que la voiture filait sur l’autoroute. Je branlais N*** qui me le rendait bien. Nous avions trouvé un plaid pour masquer un minimum nos ébats. Les deux à l’avant eurent le tact de faire comme si de rien n’était, discutant entre eux sans nous interpeller.
Notre excitation grandissant, l’envie de la pénétrer se fit pressante. Je me tordais comme je pouvais, allongé le dos sur la banquette, le bassin projeté en avant. Elle présentant ses fesses et s’enfourchant sur ma queue. Était-ce l’excitation de la situation, les sensations particulièrement intenses ou la trop longue abstinence qui avait précédé, toujours est-il que je jouis trop rapidement au bout de quelques minutes, trop vite pour qu’elle puisse jouir également. Je m’en suis un peu voulu de cette jouissance prématurée, culpabilisant pour ce plaisir, ce souvenir intense qu’elle m’avait donné et que je n’avais pas pu lui rendre en retour. Le week-end, heureusement, ne faisait que commencer. Mais de la suite, je ne me souviens absolument pas. Seul ce moment brille encore (mais avec un vif éclat) dans mes souvenirs.

À toi, N*** que j’ai perdue de vue (tu t’es mariée je crois, tu es allée t’installer à Strasbourg), un grand merci pour ce moment offert il y a quinze ans (et les quelques autres).

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Une Peugeot 106
Une 106

Je n’ai passé qu’une nuit, enfin, une longue partie d’une nuit, avec L***. Dans ma voiture, cette fois. J’étais heureux de cette érotisation de ce véhicule familial. On peut y voir une volonté transgressive. Ou simplement l’érotisation de ce qui manque d’érotisation (de même que l’on se parfume alors que notre propre odeur corporelle n’est pas forcément désagréable). Nous nous sommes garés à l’ombre de la Préfecture de Police de Paris, c’était calme. Ça a démarré comme ça démarre toujours : par de longs baisers, des caresses de plus en plus appuyées, l’urgence qui se fait ressentir, des mains qui dénudent pièce par pièce le corps de l’autre, en se limitant généralement aux vêtements dont l’absence est indispensable à notre envie. Elle m’ôte ma chemise pour caresser mon torse, j’ôte son pantalon car elle n’a pas de jupe pour atteindre son sexe, etc. Et l’on jette occasionnellement un œil dehors pour vérifier que personne ne se rince le sien (d’œil) de manière inélégante. Comme il fait froid dehors, les vitres se couvrent peu à peu de notre buée, notre habitacle se transforme en hammam.

Je me suis agenouillé pour lécher L***, elle me branle quand ma position le permet. Enfin je la pénètre. Nous prenons notre temps, mais ni l’un ni l’autre ne jouira. Pas assez confortable, ma p’tite voiture. Je me souviens que nous avons ensuite longuement discuté, tendrement, elle, radieuse, simplement vêtue de son soutien gorge et de ses petites chaussettes, moi, ravi, en chaussettes. Nous parlions comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Le lendemain, je remarquais sur le siège droit une tache de cyprine que je décidai de laisser telle quelle, anodine pour autrui, délicieux souvenir pour moi.

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Le temps que je passais avec J*** offrit à ma voiture de nombreuses occasions de nourrir ma mémoire érotique. Ça commence tout simplement par le trajet que je faisais avec elle (ma voiture, pas J***) pour la rejoindre (J***, pas ma voiture) chez elle. Porte d’Orléans → Porte de Clignancourt. Chaque fois que j’entrais sur le périphérique, que ce soit pour aller travailler ou aller chez elle, j’avais le réflexe pavlovien de penser à elle. Pensées souvent accompagnées d’actes ; je l’appelais au téléphone, ou je lui envoyais des SMS. Quand J*** m’a quitté, j’ai pensé que ce trajet me serait à chaque fois un pincement, le souvenir d’un bonheur enfoui.

Avec J***, nous avons souvent déambulé dans les rues de Paris. Nous nous embrassions aux feux rouges. Sa main fréquemment s’aventurait entre mes jambes, la mienne délaissait le levier de vitesse pour glisser entre ses cuisses (merci à ma main gauche pour son soutien occasionnel — aucun accrochage à déplorer). Ma voiture était tout simplement une antichambre de nos ébats.

Une fois, je me garais sur le petit parking qui se niche derrière la gare des Invalides. C’était l’hiver, c’était déjà la nuit. J’allais chercher J*** qui travaillait à deux pas. Enfermés dans le véhicule, nous nous sommes jetés l’un sur l’autre. Sa bouche eut rapidement la bonne idée de venir goûter ma queue. Et je me laissais faire. Est-ce qu’une voiture est un meilleur endroit qu’un autre pour se faire sucer ? La réponse est évidemment non. Ni meilleur, ni moins bon. Tous les endroits sont bons.
Je m’occupais ensuite de lécher J*** parce que je ne suis pas chien. Parce que j’aime ça, aussi. Parce que j’adore ça (j’en fais pas trop, dans le genre auto-promo, amie lectrice, humm ?). Même si – en toute impartialité – il est objectivement plus commode dans l’habitacle de sucer une queue que de lécher une chatte.
Ensuite, nous avons essayé différentes positions, pour voir ce qui était le plus pratique, le plus agréable, le plus rigolo. Les vitres étaient couvertes de buée et le lendemain je me demandais si les traces de nos mains, qui s’étaient collés dessus, ne seraient pas visibles. Je passais aussi un certain temps à chercher où avait bien pu se nicher un de mes préservatifs (c’était sur le tableau de bord, et pas sous les sièges, canaille !).

J***, je me souviens aussi de nos traversées de Paris où tu me guidais, de nos stationnements du côté de Pigalle ou à côté de la guérite. Je me souviens aussi du trajet que nous n’avons pas fait pour aller en forêt trouver un terrain pour nos ébats.

[159] Crush

NB : Ami lecteur, tu (re)trouveras dans cette note-ci un billet abordant sensiblement les mêmes thèmes, avec un angle différent. Malgré quelques répétitions, ils ne sont pas redondants.

Je crois que, me mentant à moi-même, je mens aux autres, en leur refourguant le laïus dont je m’autoconvaincs. Mais depuis quelque temps, mes certitudes se craquellent et j’attends que, sans surprise, la digue cède.

Le contrat (avec moi-même, suite au constat que j’avais fait sur la situation et après plusieurs discussions avec ma femme pour tenter en vain de faire changer la situation) était pourtant simple : je m’ennuyais au sein de mon couple et il me fallait des extras. Je les trouvais auprès de femmes mariées, elles aussi à la recherche d’une sexualité plus solaire, nous nous rencontrions deux à trois fois par mois ; entre deux séances de baise furieuse, nous nous échangions des messages pour nous maintenir en appétit et au bout de quelques mois, nous passions chacun au partenaire suivant une fois épuisé le plaisir de la nouveauté. On ne risquait donc pas de s’attacher, la variété était au programme, le libertinage était homologué NF.

•♦•

Le premier coup de semonce se fit entendre à l’occasion de ma rencontre avec P***. Non contente d’être une amante très douce et très lubrique, P*** ajoutait à cela une conversation plus qu’agréable : je retrouvais avec elle une complicité intellectuelle proche de celle que je trouvais avec ma femme. Non que les amantes précédentes fussent inintéressantes, encore moins stupides, non, simplement avec elles c’était surtout côté cul que ça collait. Avec P***, ça collait en bas et ça collait en haut [ceci n’est pas une publicité pirate pour SuperGlue™].

Ma belle théorie comme quoi on ne pouvait pas trouver dans une femme tout ce que je recherchais s’en trouva légèrement ébranlée. Je m’enflammais un peu, lui fis part avec tact de mes doutes ; elle me recadra vite fait bien fait et nous poursuivîmes notre relation sur le mode léger & libertin sans accroc. Relation qui dure toujours, d’ailleurs, presque trois ans plus tard, même si désormais nous nous voyons assez peu.

•♦•

Le deuxième assaut apporta à mon code de conduite une secousse autrement plus dévastatrice. J’avais enfreint avec J*** la règle « femmes mariées only » (en réalité, plus qu’une règle, c’était plutôt une adaptation aux réalités du marché : l’homme marié et qui annonce franc jeu ne pas souhaiter changer cette situation et rechercher une liaison durable n’a guère la cote chez les célibataires, sauf dans certaines circonstances notamment post-ruptures). J*** étant simultanément une femme seule et monogame (j’avais donc d’une certaine manière la lourde responsabilité d’être pour elle un partenaire épanouissant) et une amante hors pair (ce qui constitue une excellente motivation pour assumer la responsabilité évoquée ci-devant), je me suis retrouvé dans une situation où elle était la seule à qui je voulais donner du plaisir, elle était la seule avec qui je prenais du plaisir.
Autrement dit, quand, avec S***, I*** ou P***, les émois sexuels que je vivais servaient à booster ma vie sexuelle conjugale (je retrouvais avec ma femme l’énergie d’être imaginatif pour deux), avec J***, ma vie de couple se trouvait asséchée. Je n’avais plus guère envie de faire l’amour avec ma femme, et quand je le faisais avec l’impression d’accomplir mon devoir conjugal, pour donner le change, je m’ennuyais. Gestes répétés machinalement, oui mon Amour, je sais te faire jouir, et toi aussi tu sais me faire jouir. Et vite ! En vingt ou trente minutes, la question est réglée. Bonne nuit et à la semaine prochaine.
Pour la première fois, avec J***, je commençais à me poser sérieusement la question : « Et si je quittais ma femme ? ». Se poser la question, ça ne veut pas dire y répondre, mais c’est déjà un début. Il y a une formulation rapide qui permet d’éviter de trop gamberger qui dit « on sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne ». Un peu comme à l’armée où l’on s’amusait à nous répéter « réfléchir, c’est commencer à désobéir » (il faut dire qu’on était une bande de Bac+4 et Bac+5, avec quelques normaliens qui posaient des questions aux adjudants que même nous avions parfois du mal à comprendre, mais je ne suis pas là pour vous raconter mes souvenirs de troufion). Réfléchir à se séparer, c’est déjà cesser d’imaginer que ce n’est pas possible. Que l’engagement que j’avais pris en faisant des enfants avec elle pouvait être rompu (que je me renierai, en somme – ce ne serait pas la première fois), que je pouvais, après avoir fait la promesse inverse, faire le même choix que des centaines de milliers d’autres personnes (dont mon frère et une de mes sœurs).
Pour rire, je m’étais dit que ma mère ne survivrait pas à une troisième séparation d’un de ses parfaits enfants et que j’attendrais donc sa mort comme préalable à la prise d’une telle décision.
Pour ne pas rire, je me disais qu’on était avec ma femme dans un projet (les travaux, l’emménagement dans notre nouvelle maison qu’on venait d’acheter cet hiver), que ma femme était également dans une phase importante de sa vie professionnelle et que je devais lui laisser la sérénité nécessaire pour la mener à bien, bref qu’il valait mieux attendre que ces deux échéances soient dernière nous pour prendre une telle décision.

Pour pleurer, je me disais que ma plus petite fille n’avait que quatre ans et demi et qu’elle ne comprendrait pas très bien que papa la quitte et que ma grande fille comprendrait mieux mais n’en serait pas moins triste, et que ce serait triste également pour moi de choisir de ne plus les voir grandir au quotidien parce que je pense pouvoir être plus heureux ailleurs ; de faire passer mon bonheur personnel devant le leur.

•♦•

Le troisième assaut, je suis en plein dedans et je vous écris au cœur du cyclone. Sa si grande proximité avec le coup d’avant (doublé en 2006 – lire aussi ici) est probablement révélatrice des dégâts causés à l’ouvrage. Une rencontre qui me bouleverse à tel point qu’en regardant vendredi, sur mon magnétoscope, les épisodes d’Urgences diffusés le dimanche qui précédait, je voyais dans les yeux de Juliette Goglia, guest star de dix ans (!) une ressemblance avec ceux de la femme avec qui j’avais joui dimanche et compatis (au strict sens étymologique) jeudi.

•♦•

Que ce soit avec J*** que j’ai perdue, ou avec M*** que j’attends (et qui à juste titre peut m’en vouloir de gamberger ainsi), ou avec une prochaine rencontre qui saura m’ébranler, je ne suis plus sûr de ne plus vouloir me contenter de cet équilibre que j’avais trouvé acceptable il y a quelques années.

Accepter de me priver de ces autres instants de la vie à deux que ne partagent pas les amants.

Continuer de ne vivre pleinement ma sexualité que sur des créneaux planifiés généralement avec une semaine d’avance (merci de prévenir par SMS avec accusé de réception).

Ne jamais, ou quasiment jamais, dormir avec celle qui aura illuminé ma soirée (sentir nos deux corps collés l’un contre l’autre sans regarder ma montre, m’endormir, me réveiller pour la caresser et lui refaire l’amour, à moins que ça ne soit justement elle qui viennent de me tirer des songes avec sa bouche érectophère).

Ne pas faire la cuisine pour elle, en racontant ma journée de merde et dire du mal de Ségolène Royal. Ce soir, je mets de l’ail dans la sauce, on ne s’embrassera pas ! Et en repoussant les vampires, la nuit venue, nous nous embrasserons quand même.

 

[157] Comme un éclair

Il était autour de 20 heures. Deux coups frappés sur la porte. Nous voilà elle et moi au pied du mur.

J’enclenchai sur mon lecteur L’hôtel, la reprise par Michaël Stipe du morceau de Gainsbourg L’hôtel particulier de l’album Monsieur Gainsbourg Revisited. Les autres morceaux qui s’enchaîneront seront ceux que j’ai réussi à mettre en file dans la fébrilité des derniers préparatifs, pris par le temps alors qu’elle m’avait annoncé son arrivée.

Au cinquante-six, sept, huit, peu importe
De la rue X, si vous frappez à la porte
D’abord un coup, puis trois autres, on vous laisse entrer
Seul(e) et parfois même accompagné(e).

J’étais chargé de m’occuper de l’ambiance musicale, et elle « du reste ». J’ai un peu empiété sur mes prérogatives, j’ai aussi arrangé l’éclairage (qu’elle voulait feutré) et prévu de quoi nous désaltérer (une bouteille au frais) et de quoi la pénétrer (préservatifs & gel sur une tablette). Tout devait être en place, car voyez-vous, moi je n’allais plus y voir grand chose. Depuis le matin, je transpirais. Je transpirais d’angoisse, de stress, de tous les « et si… » que mon cerveau envisageait, « et si… » qui conduiraient à l’échec de cette rencontre. La nuit qui avait précédé, déjà, n’avait pas été bonne. Je ne trouvais pas le sommeil, je me tournais et retournais dans mon lit. J’avais anticipée cette insomnie, j’avais tenté de la désamorcer en faisant l’amour avec ma femme, mais ce soir-là, comme beaucoup d’autres, elle n’avait simplement pas envie. J’ai tant d’amour et de désir à donner, elle en accepte si peu… J’arrivais à sauver 5 heures de sommeil dans cette nuit. Depuis le matin se secrétait donc sous mes aisselles l’odeur âcre de la peur que je tentai de dissimuler avec un peu de parfum et un rapide coup d’eau savonneuse arrivé dans la chambre de l’hôtel. La transpiration des préparatifs a changé de nature. Je transpirais d’émotion. Je n’avais plus le temps d’avoir peur. Mon visage était rouge et mon cœur palpitait.

Deux coups frappés à la porte, c’était elle. Je plaçai sur mes yeux le foulard que j’avais choisi pour bandeau. Il cacherait un peu de mon émotion, finalement.
Aveugle. D’un pas peu assuré, j’entrouvris la porte et me rassis comme il avait été convenu, entièrement habillé, sur la chaise, immobile.

Une servante, sans vous dire un mot, vous précède
Des escaliers, des couloirs sans fin se succèdent
Décorés de bronzes baroques, d’anges dorés,
D’Aphrodites et de Salomés.

On peut rire des craintes que je formulais à ce moment. La première, qu’elle ne vienne tout simplement pas, était repoussée (crainte qui n’avait rien d’absurde : dans le passé j’ai hélas eu droit à un lapin dans un hôtel, d’une femme qui avait eu peur). Elle était là. La seconde, que ce soit une imposteuse (autour de cette crainte, des tas de variantes : qu’elle soit plus vieille, difforme, moqueuse, violente…) et la troisième, qu’elle soit simplement déçue et tourne les talons… ces deux-là s’évanouirent quand j’entendis le premier son qu’elle prononça. C’était un grand soupir ou un Oh ! qui ne dissimulait pas sa propre émotion de se retrouver à mes côtés, dans la même situation. Elle aussi avait mal dormi. Elle aussi avait eu son cœur agité toute la journée, l’esprit tout entier tourné vers son rendez-vous clandestin du soir avec moi.

S’il est libre, dites que vous voulez le quarante-quatre
C’est la chambre qu’ils appellent ici de Cléopâtre
Dont les colonnes du lit de style rococo
Sont des nègres portant des flambeaux.

Je n’ai pas contrôlé le premier geste que j’ai eu, je n’imaginais pas que ce serait celui-là : j’ai tendu ma main vers elle, comme si j’allais me noyer. Je me noie si je ne te touche pas. Je suis perdu dans le noir et j’ai besoin de ton contact. Les effleurements auraient pu durer longtemps. Nous avions du temps devant nous. Nous découvrions chacun ce jeu pour la première fois. Elle aurait pu lentement me supplicier, faire monter son désir, éprouver le mien. J’étais à sa merci, vous disais-je. Mais le désir ne s’est pas fait attendre, il nous a bien vite emporté l’un contre l’autre.

Entre ces esclaves nus taillés dans l’ébène
Qui seront les témoins muets de cette scène
Tandis que là-haut un miroir nous réfléchit,
Lentement j’enlace Melody.

 

 

J’ai revu M*** quelques jours après.

Frappée par un éclair, un autre, vacillante, au bord du vide.

Un sourire triste, mais un sourire tout de même, passait de temps à autre sur son visage.
Ses yeux, magnifiques, me faisaient baisser les miens. Je souhaitais qu’ils me dévorent encore.
Que notre rencontre ne se résume pas à ces deux éclairs.

Premier éclair de plaisir — qui nous emporte.
Second éclair de destruction — qui punit au prix fort les amants adultères.

 

Merde merde merde ! La vie doit l’emporter. La vie devrait toujours l’emporter.

Et moi, pour la deuxième fois cette année, condamné à voir souffrir une femme à laquelle je tiens sans pouvoir vraiment l’aider.

[156] J’ai niqué

ma montre au concert de Peaches.

La soirée aurait tout à fait pu prendre une autre tournure. Je me serais installé quelque part, dans la salle, plutôt au fond, et j’aurais apprécié le rock tonique de Peaches qui porte terriblement bien son nom (quelle pêche !), j’aurais dansé sur les morceaux les plus entraînants et montré ma joie sur les autres en gigotant des mains.

J’aurais bu une deuxième bière (la première, prise à mon arrivée, 3€50 le demi de Kronenbourg, c’est plus pour perpétuer la tradition des concerts que j’en ai pris une).

Seulement voilà, je suis arrivé tôt (c’est à dire à l’heure), je me suis assis à côté de ceux qui étaient assis, au centre, à peu près au cinquième rang… Et là, tout était différent…

medium_montre.jpgAmi lecteur, je t’informe que moi, Comme une image, burpeur pré-quarantenaire, j’ai pogoté. Si, si. J’ai retiré ma chemise car la chaleur était vive, me retrouvant alors en marcel gris (eh oui carrément, avec même pas un truc rigolo écrit dessus genre « I fucked your girlfriend », trop drôle) entouré de quelques autres fous furieux (un peu plus fous et un peu plus furieux, pour certains ayant abusé de substances prohibées — je ne fais pas référence ici à la Kronenbourg pression) et on bougeait dans tous les sens au rythme des accords de guitare.

La transpiration aidant, le bracelet de la montre que je portais au poignet (comme la plupart des gens) commençait à glisser. Et ce qui devait arriver arriva, il a fini par s’ouvrir, montre tombée à terre, écrabouillée, aiguille des minutes ayant « repris sa liberté » (cf. notre photo du jour).

Je précise au passage que la montre continue de fonctionner et que je dispose de l’heure désormais à 15 minutes près, environ. Ma montre étant devenu une montre gousset au passage.

Ahhhh mais c’était un putain de bon concert.

Parmi les messages forts et à haute portée philosophique diffusé par Mzelle Peaches, je retiens ceux-ci :
— 2 boys 4 every girl
— I don’t want to choose between boys and girls

Au rayon déception, je signalerai juste que la chanteuse a gardé jusqu’à la fin sa culotte et son soutien-gorge. Petite joueuse ! (Alors qu’un groupie a réussi à venir montrer ses fesses une demie seconde).

₪ ₪ ₪ ₪

Une pensée pour M*** qui n’avait pas la pêche, elle.

[154] Dis papa ?

medium_Eurostar.jpgLa dernière publicité Eurostar, que tu n’as pas pu louper, ami lecteur, à moins de rester terré dans une cave depuis 8 ans comme Natascha Kampuch, vu qu’elle fleurit dans tous les abribus et 4×3 de la région parisienne (ami lecteur de province, c’est pareil chez toi ?) est visuellement assez géniale.

Un œuf au plat et quelques haricots forment une composante standard de l’english breakfast.

La légende dit :

LONDRES EN AMOUREUX
100 € A/R POUR DEUX°

Puis une astérisque renvoie sur les conditions écrites en tout petit en bas de l’affiche.

 

La grande réussite de cette image, c’est son pouvoir évocateur. Ma petite fille voit un œuf au plat et des haricots en sauce.

Et nous autres, nous y voyons … euh… une ôde à une alternative pour qui n’est pas fanatique de gastronomie anglaise.

 

Chapeau aux pubards qui ont pondu ce visuel pour leur esprit … fécond ! 

[150] Baiser, c’est facile. Baiser, c’est difficile.

medium_1.jpg

Selon les périodes, selon l’humeur, je suis étonné de la difficulté inouïe ou de la simplicité biblique que j’ai à trouver une partenaire pour faire l’amour.

Au moment même où cette note sera publiée, par le truchement de la mise en ligne programmée, je devrais être à la merci d’une femme que j’aurais désirée, qui m’aura désiré, sur la simple promesse d’une possibilité de plaisir que nous aurions à prendre ensemble. Aucune garantie de part et d’autre, bien évidemment. J’ai lu ses mots, et j’y ai vu cette possibilité. Nous ne nous sommes jamais vus avant ce moment où elle entrera dans la chambre d’hôtel où je l’attendrai, et c’est à peine si nous nous serons parlés. Nous faisons chacun le pari doublement fou suivant : que nous avons mutuellement été honnêtes dans nos expressions sur ce que nous étions et que le désir ne sera pas coupé net par la réalité de nos corps. Appelons ça du sexe facile. Pour moi, l’enjeu n’est pas plus mince que si cette rencontre était le fruit d’une cour assidue de plusieurs semaines ou plusieurs mois (qu’on pourrait appeler sexe difficile). Notre dialogue pourrait se résumer ainsi :
— J’aime beaucoup ce que vous faites.
— Oh moi aussi j’aime beaucoup ce que vous faites.
— Je dirais même plus : vous m’excitez !
— Que puis-je répondre, sinon que c’est réciproque, le savez-vous ?
— Bon, on baise ?
— D’acc. Quand ça ?

▪♦▪

Imaginons la même rencontre qui aurait lieu sur une plage. Ce serait comme la fameuse bédé de Reiser, avec le gars qui passe de fille en fille en leur proposant : « Dites, ça vous dirait d’aller tirer un petit coup avec moi à l’hôtel ? ». Le gars se fait rudoyer par des dizaines de filles jusqu’à ce que l’une d’elles accepte. La première femme que l’on avait vue refuser se met alors à regretter « Pfff ! Y’en a une qui a finalement accepté, mais c’est dingue !!! puis Mais elle est nettement moins bien que moi celle-là, et puis il n’était pas si mal que ça ce type, et puis il était franc, direct, pas comme ces dragueurs à deux balles [là, elle se fait accoster par un gars qui lui sort un pathétique Alors, on bronze ? ] » etc.

Non, soyons sérieux. Imaginons la même rencontre sur une plage, pour le pathétique dragueur que je suis. Alors ça me demande un effort d’imagination sérieux parce que je n’ai jamais réussi à draguer quiconque sur une plage. Bon, ça commencerait par de longs échanges de regards. Et puis si j’ai la certitude que c’est bien moi qu’elle me regarde, je trouve un stratagème pour passer à côté d’elle, puis faire une remarque sur ce qu’elle lit (à supposer qu’elle lise quelque chose, un bouquin, un magazine, le mode d’emploi de sa crème solaire, qu’importe).
« Wahou, Kundera, mais j’adôôôre ! Vous avez lu La Plaisanterie ? (ici le titre d’un bouquin lu il y a une vingtaine d’année) et sinon vous faites quoi ce soir ? »
ou alors
« Bigre ! 200 nouvelles grilles de Sudoku niveau 9 ! Terribeul. Vous connaissez l’algorithme de l’espadon ? Je peux vous montrer ça sous ma tente si vous voulez… »

Une fois ce gigantesque premier pas fait, il faut en ajouter quelques dizaines d’autres ; il faudra qu’elle soit disposée à me découvrir, qu’en nous découvrant l’un l’autre on ne se dise pas au bout de dix minutes qu’elle/il était mignon(ne) mais qu’est-ce qu’elle/il est cruche, etc.

Et puis qu’à un moment, quand l’éclairage et l’alcoolémie seront favorables, qu’un des deux se lance et embrasse l’autre, et puis tout ce qui s’en suit.

Il y a des gens qui sont plus à l’aise avec une première approche physique et qui découvrent s’il y a compatibilité intellectuelle par la suite. D’autres pour qui le chemin inverse est plus facile (j’en fais partie, Internet est du pain béni pour moi). Dans un cas comme dans l’autre, on a toujours le risque de commencer sur une bonne impression et de finir sur une mauvaise.

On a également le risque inverse de s’arrêter à une première impression en demi-teinte et de perdre l’occasion de découvrir, si l’on avait un peu plus gratté, un accord moins manifeste.

▪♦▪

Baiser, c’est facile.
Il y a des moments où l’on ne se pose pas trente six questions. On a un désir et on souhaite le vivre, sans trop de calcul, en espérant juste ne pas faire une connerie.

Baiser, c’est difficile.
La plupart du temps, on s’en pose trop, de questions. On tergiverse. On oui-mais. Que va-t-il/elle penser de moi ? Et est-ce qu’il/elle est si bien que ça ? Est-ce qu’il/elle me mérite ? Et puis je ne suis pas si en manque que ça pour baiser avec n’importe qui. Et puis c’est quelque chose de magique, faut pas le galvauder.

Oui, c’est quelque chose de magique.
Baiser, c’est rien du tout.
Baiser, c’est l’infini (on est prié de ne pas citer Céline).